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Djamel Beghal, jugé pour un projet d’attentat contre l’ambassade américaine à Paris, a affirmé lundi avoir été contraint sous la torture à de fausses déclarations aux Emirats arabes unis, puis avoir été menacé en France par le juge Jean-Louis Bruguière. A la quatrième audience du procès devant le tribunal correctionnel de Paris, où il comparaît avec cinq autres islamistes présumés, ce Franco-Algérien de 39 ans a dit avoir été frappé, privé de nourriture et de sommeil, humilié et sodomisé "des dizaines de fois" par la police des Emirats. "Je n’entendais plus, je ne pouvais plus raisonner. J’ai perdu toute notion d’espace et de temps. J’en suis arrivé à demander la mort", a-t-il dit à propos de son incarcération aux Emirats, où il a été détenu de juillet à septembre 2001 avant d’être remis à la France. Au retour de Beghal à Paris, le 30 septembre 2001, le juge d’instruction Jean-Louis Bruguière lui aurait proposé un marché pour qu’il confirme ses premières déclarations. "Le juge m’a dit : ’vous maintenez ce qu’il y a là et il n’y aucun problème pour votre famille. Les Américains sont nos amis, ils ont repéré votre femme et vos enfants en Afghanistan, ils vont les extirper de là’. Puis il a dit : ’si vous retirez vos déclarations, ça ira mal’", a affirmé Djamel Beghal. Ses déclarations aux Emirats, en partie confirmées dans le premier interrogatoire devant le juge Bruguière, sont la pierre angulaire du dossier d’accusation.
Camion d’explosifs

L’épouse de Beghal, réfugiée en fait en Iran, est rentrée en 2002 en France et a été blanchie par la justice après une déclaration à charge contre son mari. Djamel Beghal aurait expliqué avoir conclu en mars 2001 en Afghanistan avec un adjoint d’Oussama ben Laden, Abou Zoubeïda, un projet d’attentat contre l’ambassade des Etats-Unis à Paris pour le printemps 2002. Selon les déclarations des Emirats, Al Qaïda devait consacrer environ 50.000 euros à ce projet. Djamel Beghal devait rentrer en France via le Maroc, faire les repérages, acheter une maison près de Paris et faire transmettre le dossier par internet aux adjoints de Ben Laden, par un complice, Kamel Doaudi, également jugé à Paris. Un ex-footballeur tunisien, Nizar Trabelsi, devait pénétrer dans l’ambassade au volant d’un camion bourré d’explosifs. Selon Djamel Beghal, qui a décrit très longuement les tortures qu’il affirme avoir subies, ce scénario a été inventé par les autorités des Emirats. "On m’a obligé à répéter les propos qu’un responsable me proposait. Ce scénario, c’est le leur, les déclarations qu’il y a dans le dossier, ce sont les leurs", a-t-il dit. Le tribunal devra décider s’il peut fonder une condamnation sur ces déclarations, qui n’ont pas été confirmées par des éléments matériels, même si Djamel Beghal et la plupart des autres prévenus reconnaissent avoir séjourné en Afghanistan. Aucun autre protagoniste n’a avoué. Nizar Trabelsi, arrêté en possession d’explosifs en Belgique, a expliqué lors de son procès en 2003 qu’il visait une base militaire dans ce pays et non l’ambassade américaine de Paris.
Thierry Lévêque Reuters - Paris 10 - 01 - 2005 |