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L’effervescence qui précède souvent les grands rendez-vous électoraux n’est pas encore perceptible dans les principales rues de Tunis. Quatre candidats, dont les dossiers ont été validés par le Conseil constitutionnel, vont se disputer à compter d’aujourd’hui, date du lancement officiel de la campagne électorale, les faveurs de près de 5 millions d’électeurs en prévision de l’élection présidentielle du 24 octobre prochain. Face au président sortant Zine El Abidine Ben Ali, président du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), parti majoritaire au pouvoir, qui brigue un autre mandat - rendu possible grâce à la révision constitutionnelle de 2002 -, trois candidats des partis de l’opposition vont postuler à la magistrature suprême : Mohamed Bouchiha, secrétaire général du Parti de l’unité populaire (PUP), Mounir El Beji, président du Parti social libéral (PSL) et enfin Mohamed Ali Halouani, membre du bureau politique du mouvement "Ettadjdid". Parallèlement à la course au fauteuil présidentiel, plus de 1000 candidats représentant 7 formations politiques et des indépendants vont se disputer la course aux 189 sièges du Parlement et dont 37 sont réservés exclusivement, selon la loi en vigueur, aux listes qui n’auront pas la majorité. Mais d’ores et déjà, on peut affirmer, sans risque de se tromper, que Zine El Abidine Ben Ali est bien parti pour s’assurer un quatrième mandat. Au regard de nombreux indices, nul doute, en effet, que le prochain scrutin s’apparente beaucoup plus à une formalité pour le candidat du RCD. Outre le soutien du principal parti d’opposition, le Mouvement des démocrates socialistes (MDS) et la fameuse "moubayaia" des principales organisations de masse - le pays compte près de 8 000 associations -, une similitude à s’y méprendre avec la pratique politique en Algérie, il y a également ces écrits panégyriques dans les colonnes des journaux. "Pourquoi je vote Ben Ali", écrit un éditorialiste en relevant les multiples réalisations du président sortant. Sur un autre registre, des meetings sont organisés par des ministres comme celle de la Famille devant un rassemblement de femmes où elle n’a pas manqué de louer tous les efforts consentis par Ben Ali pour l’émancipation de la femme tunisienne. Bref, la victoire est tellement "annoncée" que le scrutin ne semble pas emballer l’électorat, ici à Tunis. Rien d’ostentatoire d’ailleurs ne semble indiquer que le pays s’apprête à vivre un grand rendez-vous électoral. Si, bien entendu pour les mauvaises langues, "le scrutin est joué d’avance", pour d’autres en revanche, le crédit dont jouit Ben Ali est dû essentiellement au travail colossal réalisé lors de ses précédents mandats. Et sur ce registre, force est de constater que la Tunisie a fait un bond spectaculaire. Selon des chiffres officiels, 80% de la population sont classés dans la catégorie de la "classe moyenne". Le volume de l’investissement étranger, par exemple pour l’année en cours, est évalué à 221,3 millions de dinars tunisiens (1euro= 1,5 DT). Rien que dans le secteur du tourisme, la Tunisie est une destination très prisée par les touristes (5 millions chaque année) en raison de la sécurité. Ce pays compte près de 800 hôtels répartis à travers 11 régions et dont l’architecture et les prestations n’ont rien à envier aux grandes villes touristiques de par le monde. Les recettes représentent 18 % des devises engrangées, soit environ 6 % du PIB. Cependant, et comme dans le reste des pays arabes d’ailleurs, à côté du développement économique et social, beaucoup reste à faire en matière des libertés et des droits de l’homme.
Karim Kebir Liberté Algérie 11 - 10 - 2004 |