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Intervention de Mohamed-Lakhdar Ellala Membre de Commission politique du Mouvement Ettajdid à la table ronde organisée par le CRLDHT, le 16-10-04 à Paris
Il arrive des moments dans la vie des individus comme aussi des nations et des peuples, des opportunités qui pourraient permettre la réalisation ou à la rigueur ouvrir des chantiers et commencer à construire réellement un projet, à changer un rapport de force. Si on rate ces opportunités, on ne peut que retarder, parfois, un changement possible si ce n’est pas probable. Comme vous le savez, le Mouvement Ettajdid a répondu favorablement à l’appel pour la constitution d’une plate forme entre les forces démocratiques et progressistes parce que nous croyons depuis longtemps que c’est la seule façon, dans l’état actuel des forces de l’opposition, et en particulier celui des forces de la démocratie et du progrès pour s’opposer efficacement et sortir de la logique boutiquière et groupusculaires. En effet, depuis notre 1er congrès en 2001, nous n’avons cessé d’appeler à la construction d’un pôle démocratique et progressiste. Multiples rencontres et débats ont eu lieu avec les autres organisations politiques, la société civile et les militantes et militants démocrates. Il est apparu qu’il existe dans la mouvance dite démocratique, un désaccord fondamental sur la définition des critères qui précisent le contenu du pôle démocratique. Pour nous et pour beaucoup d’autres militants, nous sommes très attachés au caractère progressiste de tout rassemblement. Nous ne pouvons imaginer qu’au nom de la lutte contre l’autoritarisme, le non-respect du droit du peuple tunisien à décider lui-même de son présent et de son avenir, de la lutte contre le non-respect des principes élémentaires de la démocratie et des droits de l’Homme, luttes aux quelles nous sommes si attachés et que nous considérons fondamentales pour que la Tunisie accède à la démocratie, qu’existe une seule alternative, l’alliance de toutes les composantes de l’opposition indépendamment du projet sociétal à proposer au peuple tunisien. Nous pensons que ces luttes peuvent être vidées de leur sens si nous acceptons le compromis avec les forces conservatrices et/ ou intégristes qui mettent en cause les acquis réalisés par notre peuple plus de 50 ans. C’est pour cela qu’Ettajdid a refusé toute alliance politique avec les mouvances et mouvements islamistes. Comment peut-on imaginer qu’on puisse construire une démocratie digne de ce nom si une partie de cette alliance cherche à mettre la vie politique sous la tutelle d’un quelconque centre théologique ou religieux qui subordonne la politique ou religieux. Comment peut-on construire une démocratie réelle en excluant la moitié de la population de la gestion de la cité en minorant et en infantilisant les femmes. Si l’initiative démocratique a existé c’est pour trois raisons : - L’I.D. est un premier pas sur le chemin de la construction du pôle démocratique et progressiste. - L’I.D., nous permet de construire et de proposer ensemble une alternative démocratique et progressiste et faire sortir le débat de la fausse alternative RCD - Ennahdha. - L’I.D. permettra aux démocrates de refuser le chantage, de libérer la parole des Tunisiennes et des Tunisiens et les affranchir de la PEUR. En s’engageant dans la construction de l’I. D., le mouvement « Ettajdid » a accepté, malgré le non-respect de la démocratie, de la liberté de la presse et des médias et sans illusion aucune, de s’engager dans cette bataille. En dépit des risques encourus, le mouvement « Ettajdid » a présenté un candidat aux élections présidentielles dans le cadre de l’initiative démocratique c’est à dire avec d’autres groupes et militants démocrates sur la base d’une plate forme commune. Comme l’avait dit Halouani notre objectif n’a jamais été électoraliste, il est plutôt politique. Nous voulons « provoquer une secousse dans l’opinion publique ». Nous voulons que le peuple tunisien puisse rencontrer un candidat réellement opposé à Ben Ali. Pour nous les élections sont un moment privilégié pour nouer un contact direct avec le peuple. Nous avons ouvert une brèche dans le monopole de la vie politique par le pouvoir. Nous avons refusé le boycott parce que le boycott est un non événement comme le prouve l’actualité. Pourquoi la participation ? ayant choisi la réforme comme stratégie et vu l’état des rapports de force en Tunisie et dans le Maghreb, nous préférons agir pour changer le rapport des forces dans le pays à partir de nos propres forces tout en s’appuyant sur la solidarité internationale du mouvement démocratique et progressiste.
J’ai entendu un intervenant appeler au rassemblement des forces démocratiques au lendemain du 24 octobre, je ne peux que souscrire à cette proposition. Donnons nous Rendez vous dès le 25 - 10 - 2004 pour préparer ensemble les prochaines élections municipales en 2005 ainsi que pour mener ensemble d’autres batailles pour la démocratie et le progrès. Certains ont dit « L’opposition tunisienne est absente », nous répondons qu’une opposition est absente, celle qui a prôné le boycott, tandis que nous, ceux qui sommes dans l’initiative démocratique, nous sommes présents sur le terrain et entrain de créer l’évènement politique. Le premier responsable du PDP a proféré des invectives contre Ettajdid et l’Initiative Démocratique et a entretenu des soupçons sur la sincérité du Mouvement Ettajdid. Nous récusons ces invectives. Nous ne permettons à personne de semer le doute dans nos engagements. Depuis son congrès de 2001, le Mouvement Ettajdid a établi une nouvelle ligne politique et il s’y tient. Il n’a de leçon à recevoir de personne. Nous ne permettons à personne de qualifier la candidature de Halouani de candidature de décor. Chaque jour montre que Halouani est un vrai candidat et un opposant réel au président sortant. Il suffit de voir ce que le pouvoir emploie comme énergie pour l’empêcher de faire parvenir son message aux Tunisiennes et aux Tunisiens. Malgré le pouvoir, l’Initiative Démocratique et le mouvement Ettajdid, se créent les moyens chaque jour pour passer un message d’espoir et proposer au peuple tunisien une alternative démocratique et progressiste. Certains intervenants posent la question sur la possibilité de mener une lutte démocratique dans le cadre d’un régime « dictatorial », notre réponse est oui. La preuve est que le mouvement démocratique tunisien a pu arracher des espaces de liberté et entamer un début de changement des rapports de force dans le pays. La campagne menée par l’Initiative Démocratique marque des points malgré les obstacles. Elle fait tomber chaque jour des interdits, des tabous et la peur. En fin, comme l’ont remarqué Sihem Ben Sedrine et Omar Mestiri dans leur communiqué l’essentiel est que « le succès que rencontre l’Initiative aujourd’hui en Tunisie démontre que ce ne sont pas toujours les discours les plus radicaux qui sont les plus porteurs et que dans un système aussi verrouillé que le système politique tunisien, une initiative semblable peut mettre en difficulté un pouvoir autoritaire... ».
Paris - France 16 - 10 - 2004 |