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Les Tunisiens ont voté dimanche à l’occasion d’élections présidentielle et législatives boycottées par plusieurs partis d’opposition et dont beaucoup s’attendent à ce qu’elles reconduisent dans ses fonctions le président Zine al-Abidine Ben Ali.
Au pouvoir depuis 17 ans, celui-ci a qualifié ces élections générales d’équitables et estimé qu’elles constituaient un encouragement pour la démocratie.
Le Rassemblement démocratique constitutionnel (RCD), au pouvoir depuis une quarantaine d’années, devrait lui aussi conserver une majorité confortable au Parlement.
Les détracteurs du régime ont qualifié la consultation de mascarade visant à masquer l’existence, selon eux, d’un Etat policier qui maltraite ses opposants, opère des arrestations arbitraires et contrôle étroitement les médias et la vie politique.
Le gouvernement a rejeté toutes ces accusations, y compris celle selon laquelle quelque 600 prisonniers politiques se trouveraient dans les prisons tunisiennes.
Je souhaite encourager l’opposition à Ben Ali parce que ce n’est pas juste qu’il brigue un quatrième mandat, raconte une professeure d’université de 45 ans qui refuse de divulguer son identité mais admet avoir voté pour Mohamed Ali Halouani, candidat de l’Initiative démocratique, l’un des trois rivaux du chef de l’Etat sortant issus de petites formations.
IRREGULARITES
Ben Ali aurait dû ouvrir la voie à une alternative démocratique, a ajouté cette universitaire devant un bureau de vote de La Marsa, une banlieue huppée de Tunis.
Le principal parti d’opposition, le Parti démocrate progressiste, a retiré vendredi ses 89 candidats aux législatives en dénonçant à l’avance un simulacre d’élection.
Les organisations de défense des droits de l’homme affirment que la Tunisie, qui enregistre la plus forte croissance économique du Maghreb, n’a jamais connu d’élections libres depuis son indépendance de la France en 1956.
Halouani, seul candidat à critiquer ouvertement Ben Ali, âgé de 68 ans, a déclaré que l’élection était jouée d’avance mais estimé que ses efforts stimuleraient la démocratie.
Il a affirmé à Reuters que la participation n’était selon ses informations pas massive et qu’il avait entendu parler d’irrégularités, telles que des pressions sur des électeurs.
Les organisations tunisiennes de défense des droits de l’homme n’ont pas été autorisées à contrôler le bon déroulement du scrutin.
Le gouvernement a affirmé de son côté peu avant la fermeture des bureaux de vote à 16h30 (17h30 heure France) que la presque totalité des 4,6 millions d’inscrits avaient voté.
SECURITE ET STABILITE
J’ai voté pour Ben Ali parce que je lui suis reconnaissante en tant que femme, mais également pour la sécurité et la stabilité, a confié Fatma Moussa, une électrice de 24 ans.
La Tunisie est un des Etats du monde arabe où les droits des femmes sont les mieux pris en considération.
Ben Ali, deuxième président de la Tunisie après le "coup d’Etat médical" d’octobre 1987 qui a écarté du pouvoir pour "sénilité" Habib Bourguiba, le "père de l’indépendance", avait gagné son troisième mandat en 1999 avec 99,5% des voix.
L’ancien général a été élu à trois reprises avec un score supérieur à 99%.
Malgré les critiques des défenseurs des droits de l’homme en Tunisie et à l’étranger et les préoccupations exprimées par les Etats-Unis au sujet des projets de réforme, le président Ben Ali demeure un allié de choix dans la lutte contre le terrorisme après avoir écrasé dans l’oeuf la mouvance islamiste radicale dans son pays.
La Tunisie, destination très prisée des voyagistes européens en mal de soleil et d’exotisme, connaît une croissance économique stable avec l’émergence ces dernières années d’une classe moyenne en rapide expansion.
Le gouvernement a lui-même présenté ces élections, considérées comme un test pour les efforts de l’administration américaine visant à encourager la démocratie dans le "Grand Moyen-Orient" (GMO), comme une nouvelle étape dans la consolidation de la démocratie en Tunisie.
Mais pour des diplomates et des défenseurs des droits de l’homme, un nouveau score de 90% ou plus pour le chef de l’Etat sortant enverrait un mauvais message à l’étranger.
Pour eux, semblable résultat remettrait également en question la politique américaine de consolidation de la démocratie dans la région.
Lamine Ghanmi
Reuters - Tunis
24 - 10 - 2004 |