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TUNIS, 20 oct (AFP) - Le régime du président Zine El Abidine Ben Ali a multiplié les assurances que les élections de dimanche en Tunisie seraient "transparentes" et promis des avancées démocratiques, sans parvenir à convaincre les opposants et défenseurs des libertés incrédules.
La campagne électorale a donné l’occasion à plusieurs d’entre eux de dénoncer de nouvelles atteintes aux libertés et la main-mise du pouvoir sur les médias.
Le chef d’un parti d’opposition non reconnu s’est plaint d’avoir été agressé par des policiers en civil, tandis qu’un autre était interrogé à l’aéroport de Tunis-Carthage avant son départ pour Paris. Les deux frères activistes du journaliste dissident Taoufik Ben Brick ont été incarcérés pour être jugés après le scrutin du 24 octobre.
Un candidat de l’opposition légale à la présidence, Mohamed Ali Halouani, d’Ettajdid, a dénoncé le "verrouillage du système politique par le pouvoir", son Manifeste électoral, jugé trop critique, ayant été censuré.
Le régime du président Ben Ali, au pouvoir depuis 17 ans et qui devrait se succéder à lui-même, est périodiquement dénoncé pour les atteintes aux libertés, tandis que le pouvoir fait état d’avancées "à rythme soutenu".
Le rapport 2003 de la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH), rendu public avant les élections, est pourtant accablant pour le pouvoir.
"La situation des libertés a empiré en 2003 avec l’adoption d’une loi anti-terroriste portant atteinte à des droits essentiels du citoyen, de la société civile et des partis politiques et à la liberté de la presse", a affirmé Me Mokhtar Trifi, président de la LTDH.
Il a estimé à "environ 600 le nombre de prisonniers d’opinion" dans le pays, les autorités tunisiennes affirmant qu’il n’y a aucun prisonnier d’opinion et que tous sont des détenus de droit commun.
Dans un rapport sur les prisons, intitulé : "Les murs du silence", Me Trifi a affirmé que malgré l’annonce de mesures pour améliorer les conditions de détention, celles-ci se "détériorent et font l’objet d’un black-out total".
Il a dénoncé la "torture, la promiscuité, les négligences sanitaires" et un "traitement spécial des prisonniers politiques", dont une quarantaine vivent "en isolement continu depuis plusieurs années", a-t-il dit.
Ces détenus sont principalement des partisans du parti islamiste Ennahda interdit, et l’appel à une "amnistie générale" est une demande récurrente de l’opposition dite "démocratique" en lice pour les élections du 24 octobre.
La Ligue a réclamé en vain de superviser "librement" ces élections et dénoncé l’absence de conditions permettant un scrutin "crédible et honnête", estimant que l’organisation matérielle "laisse la porte ouverte à une fraude à grande échelle".
Selon elle, la composition et la mission d’un "Observatoire national des élections", créé par le président Zine El Abidine Ben Ali, ne répondent pas aux critères internationaux de contrôle.
La Ligue critique le code électoral et le climat politique "ne permettant pas d’élections démocratiques", selon elle, et dénonce un contrôle "absolu" du parti au pouvoir sur la presse et les médias.
Le président Ben Ali a annoncé fin 2003 l’ouverture de l’audiovisuel au secteur privé, et depuis, une radio privée à vocation musicale (Radio-Mozaïque) a vu le jour, une chaîne de télévision privée étant en chantier pour 2005.
A ses détracteurs, le pouvoir affirme que les avancées "sont réelles et se se poursuivront au rythme approprié" à la Tunisie et selon son approche dite "globale" des droits de l’Homme tenant compte de droits économiques et sociaux. |