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La justice belge a confirmé mardi la condamnation pour incitation à la haine raciale de satellites du Vlaams Blok flamand, ce qui obligera ce parti d’extrême-droite et indépendantiste à changer de nom. La Cour de cassation a refusé de casser le jugement de la cour d’appel de Gand qui, en avril dernier, avait condamné trois associations sans but lucratif (ASBL) à une amende de 12.394 euros chacune pour infraction à la loi sur le racisme de 1981. "La Cour a rejeté l’appel (présenté par le parti flamand)", a déclaré Edouard Forier, le président de la plus haute juridiction du royaume, devant une salle bondée dont la moitié a applaudi la décision tandis que l’autre moitié la huait. Alors que les "Blokkers" estiment être victimes d’une "Inquisition", le magistrat a cité la Convention européenne des droits de l’homme, qui donne selon lui le droit droit de limiter la liberté d’expression pour protéger l’ordre public. Le président du parti, Frank Vanhecke, s’est déclaré "choqué" par la décision de la Cour suprême de Belgique. "Il a été confirmé aujourd’hui qu’au sein de l’Etat belge, la démocratie et la liberté d’expression sont menacées", a-t-il déclaré en envisageant un recours en annulation devant la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg. Le Blok qui, selon les derniers sondages, serait le premier parti de Belgique, avec 26,9% des voix flamandes, n’a pas souffert de sa première condamnation, puisqu’il gagnerait neuf points par rapport au dernier scrutin législatif de juin 2003.
"Vlaams Belang" ?
Le mouvement a déjà pris ses précautions pour éviter d’être privé des subventions publiques, les seules autorisées en Belgique, une sanction qui frappe les partis jugés racistes. Sans attendre la décision de la Cour de cassation, ce parti qui prône l’indépendance totale de la Flandre - son slogan est "België barst !" ("Belgique, crève !") - avait adopté samedi dernier une nouvelle ligne moins anti-immigrés. Son "livre orange", où était fixée sa doctrine depuis 1978, date de sa première participation aux élections, a été lissée et l’on n’y trouve plus par exemple le renvoi de tous les immigrés dans leur pays, mais seulement de ceux qui ne respectent pas les lois et les règles en vigueur dans leur pays d’accueil. Si les étrangers "s’adaptent à notre culture, nos normes et valeurs et aux principes tels que la séparation de l’Église et de l’État, la démocratie, la libre expression et l’égalité des chances entre hommes et femmes", ils pourront rester. Dans le quotidien belge Le Soir, Lieven De Winter, un politologue de l’Université catholique de Louvain (UCL), estime qu’il sera sur cette base impossible de poursuivre le Blok. "Le programme du Blok n’est aujourd’hui plus très différent de certains discours de libéraux flamands (le parti du premier ministre belge Guy Verhofstadt)", a-t-il déclaré. En outre, le parti devrait changer de nom dès dimanche lors d’un Congrès qui se déroulera à Anvers pour compléter sa mue et devenir le "Vlaams Belang" ("Intérêt Flamand"). Paradoxalement, la décision de la Cour de cassation, point final d’une saga judiciaire entamée il y a plusieurs années par le Centre pour l’égalité des chances et la Ligue flamande des droits de l’homme, pourrait donc aboutir à briser le "cordon sanitaire" patiemment construit autour du parti flamand.
Le cordon sanitaire serait rompu
"Le cordon sanitaire sera rompu en 2006", prédit De Winter, en référence aux élections municipales qui auront alors lieu. Plusieurs dirigeants flamands de partis "démocratiques", notamment du côté libéral, prônent en effet une alliance avec le Vlaams Blok afin de l’associer au pouvoir par exemple à Anvers, deuxième ville du pays où il représente 33% des voix. De plus en plus de Flamands, et notamment des notables susceptibles d’accroître encore la respectabilité d’un parti totalement banalisé en Flandre, sont séduits par un mouvement qui n’a jamais été mêlé à la gestion quotidienne. Mais de l’autre côté de la frontière linguistique, les partis francophones excluent totalement de gouverner au niveau fédéral avec des ministres issus du Blok, ce qui rendrait toute coalition impossible si les Flamands en décidaient autrement. S’il a adouci son programme sur le volet de l’immigration, les cadres du parti restent les mêmes et le discours sur l’indépendance de la Flandre ne change pas non plus. Dans l’esprit des membres du Vlaams Blok, cette sécession des six millions d’habitants sur les dix que compte le royaume se ferait avec Bruxelles, ville à plus de 80% francophone. Dans une interview accordée à la télévision flamande, Filip Dewinter, chef de groupe du Vlaams Blok au parlement flamand, estimait qu’il serait aisé de "mettre Bruxelles à genoux", dans la mesure où la capitale est incapable de se financer seule. "Bruxelles pliera", a-t-il ajouté en précisant qu’il accorderait des "facilités" aux francophones, qui pourront continuer à utiliser leur langue dans leur ville.
Reuters - Bruxelles 09 - 11 - 2004 |