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Des centaines de personnes ont assisté mardi à Amsterdam aux funérailles du réalisateur controversé Theo van Gogh, dont l’assassin présumé aurait agi au nom de l’islam radical, alors que les tensions inter-communautaires s’accroissent aux Pays-Bas. Le réalisateur et polémiste Theo van Gogh, connu pour ses critiques virulentes contre l’islam et la société multiculturelle, a été incinéré mardi dans un crématorium à l’est d’Amsterdam, près de son domicile. Seuls sa famille et ses amis les plus proches ont assisté à la cérémonie dans le crématorium, mais des centaines de personnes s’étaient rassemblées à l’extérieur des grilles pour lui rendre hommage. "Je suis venu pour exprimer ma frustration et ma colère", confie Sietse, un entrepreneur venu de Groningen, une ville située à plus de 200 km d’Amsterdam. Plusieurs milliers de Néerlandais ont également suivi en direct la cérémonie retransmise par la télévision publique. "Nous sommes ici car notre fils est mort, assassiné", a rappelé la mère du cinéaste en exprimant sa haine et sa colère face au "barbare" qui l’a tué. Ses soeurs ont rappelé l’attachement de Theo van Gogh à la liberté d’expression. Sur les bancs, les amis et personnalités, dont le vice-Premier ministre Gerrit Zalm, applaudissent et rient parfois à l’évocation d’anecdotes. Theo van Gogh, 47 ans, un arrière petit neveu de Vincent Van Gogh, a été assassiné le 2 novembre à Amsterdam, en pleine rue, alors qu’il faisait du vélo. Son assassin présumé, Mohammed Bouyeri, est un Néerlandais possédant également la nationalité marocaine. La police estime qu’il a agi au nom de l’islam radical après avoir trouvé un pamphlet sur le cadavre, rédigé dans une prose islamiste et menaçant de mort d’autres personnalités néerlandaises. Les enquêteurs s’orientent vers la piste d’une conspiration terroriste. Quatre Marocains et un Algérien, dont aucun ne possède la nationalité néerlandaise, ont été arrêtés dans le cadre de l’enquête et accusés aux côtés de M. Bouyeri de "conspiration terroriste". La police n’exclut pas qu’ils aient appartenu à un réseau plus vaste et recherche un Syrien, selon la presse néerlandaise. L’apparition violente du terrorisme islamiste dans un pays jusque là épargné par des attentats a suscité une vague d’émotion aux Pays-Bas et un sentiment de peur. 90% des Néerlandais souhaitent un renforcement de la lutte contre le terrorisme, même au détriment des libertés individuelles, selon un sondage publié mardi par plusieurs quotidiens régionaux. En dépit des appels de nombreux hommes politiques et de la condamnation de l’assassinat par les représentants de la communauté marocaine et musulmane, les réactions de rejet à l’égard des musulmans se sont multipliées. Selon le même sondage, 40% des personnes interrogées souhaitent que les musulmans --environ 900.000 personnes sur les 16 millions d’habitants des Pays-Bas-- ne se sentent plus chez eux dans le royaume. Au cours du week-end, plusieurs mosquées ont été profanées ou visées par des tentatives d’incendie, et un attentat à la bombe a été perpétré contre une école islamique d’Eindhoven lundi. Le Premier ministre Jan Peter Balkenende a appelé ses concitoyens à mettre fin à la spirale de la violence tandis que plusieurs hommes politiques et représentants religieux demandaient d’éviter les amalgames entre le meurtrier et toute une communauté. Dans la nuit de lundi à mardi, quatre églises ont été visées par des tentatives d’incendie, faisant craindre une nouvelle montée des tensions. A Amsterdam, quelques dizaines de jeunes Néerlandais de souche et d’origine marocaine ont défilé à vélo pour "la tolérance et la cohésion". "J’ai peur d’une montée des extrêmes, aussi bien de l’extrême droite raciste que des radicaux musulmans et c’est pour cela que je défile, pour protester contre l’assassinat de Theo van Gogh mais aussi contre les attaques de mosquées", déclarait Mohamed Azahaf, un jeune Néerlandais de 21 ans.
Agence France-Presse 09 - 11 - 2004
Représailles contre des musulmans après l’assassinat de Theo van Gogh
Attentat à la bombe lundi contre une école islamique, profanation de mosquées, tentatives d’incendie de trois autres, menaces : les musulmans des Pays-Bas, soit quelque 900.000 personnes, sont la cible de représailles après l’assassinat au nom de l’islam radical du réalisateur néerlandais Theo van Gogh. Theo van Gogh, critique virulent de la société multiculturelle et singulièrement de l’islam, a été tué mardi dernier. Son meurtrier présumé, qui a été arrêté et identifié comme Mohammed B, 26 ans, a la double nationalité marocaine et néerlandaise. Il a laissé sur le corps une lettre montrant qu’il agissait au nom de l’islam radical, selon la police. Cinq autres personnes ont été interpellées et toutes doivent être déférées devant la justice, notamment pour "conspiration terroriste". Lundi à l’aube, une bombe a explosé dans une école islamique d’Eindhoven (sud-est), sans faire de victime, a annoncé la mairie. La police n’a pour l’instant pas d’indication sur les responsables, a-t-on ajouté de même source. Lors d’une conférence de presse, le maire de la ville, Alexander Sakkers, a fait le lien entre cet attentat et le meurtre de Theo van Gogh. "Pourquoi un acte aussi horrible (que l’assassinat de Van Gogh) doit-il en plus avoir une conséquence pareille", a-t-il demandé selon l’agence de presse néerlandaise ANP. "Cet acte commis par un idiot doit être condamné par tous". Le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende a condamné cet attentat et appelé à mettre fin à la spirale de la violence. Depuis l’assassinat de Theo van Gogh, tous les lieux de culte musulman ainsi que les écoles islamiques d’Eindhoven faisaient l’objet d’une surveillance policière accrue, a souligné la municipalité. M. Sakkers a précisé avoir demandé un renforcement de cette protection. Cette école avait déjà été visée par un cocktail molotov en juin 2003, et les trois responsables présumés arrêtés en octobre suivant. La surveillance a été renforcée depuis mercredi dans tout le royaume, a assuré lundi Driss el Boujoufi, vice-président de l’association Ummon, qui coiffe quelque 90 mosquées marocaines. "Nous avons demandé à nos fidèles d’être en alerte autour des mosquées et des écoles", a-t-il déclaré à l’ANP. "Mais la plupart des mosquées n’ont pas les moyens d’assurer une garde en permanence". Ce week-end, trois mosquées ont été visées par des tentatives d’incendie. Deux autres ont été recouvertes de textes insultants contre les musulmans tandis que deux étaient visés par des cocktails molotov. Trois incendiaires présumés, âgés d’une vingtaine d’années, ont été interpellés. A Groningen (nord), le maire de la ville, Jacques Wallage, a regretté ces agressions d’extrême-droite. "Nous devons montrer à la population musulmane que nous ne les voyons pas comme un ennemi dans ce conflit", a-t-il déclaré à l’agence de presse ANP. Le site internet de condoléances ouvert pour Theo van Gogh avait dû fermer rapidement, envahi par les messages racistes. Toutefois, des rassemblements d’extrême-droite à Amsterdam, La Haye ou Rotterdam n’ont réuni chaque fois qu’une poignée de manifestants. Lundi, un sondage réalisé par NIPO montre que le parti du député Geert Wilders, qui souhaite priver les musulmans de certains droits civiques, serait en forte progression et obtiendrait 19 sièges si des élections avaient lieu cette semaine au lieu du seul siège détenu dans le parlement actuel. Le Conseil des Eglises d’Amsterdam a tenu à affirmer sa solidarité avec les musulmans dans une publicité publiée lundi par le quotidien local Het Parool. A Amsterdam, un défilé à vélo "pour la tolérance" doit avoir lieu mardi. Les Pays-Bas comptent environ 900.000 musulmans dont 300.000 d’origine marocaine sur une population totale de 16 millions d’habitants.
Agence France-Presse 08 - 11 - 2004 |