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L’Uruguay a pris un tournant politique historique dimanche en élisant le premier président de gauche de son histoire, donnant même à la coalition de Tabare Vazquez la majorité au Congrès. Après le dépouillement quasi total des urnes lundi matin, Vazquez, un médecin de 64 ans, était crédité de 50,6% des voix, soit un peu plus que la majorité absolue requise pour l’emporter dès le premier tour. Bien qu’il se soit imposé avec une marge plus ténue que prévu à l’occasion de sa troisième tentative d’accession à la fonction suprême, Vazquez s’est déclaré vainqueur quelques heures après la fin du scrutin, ses deux rivaux s’avouant battus. "Nous allons commencer à travailler dès demain matin sur la transition politique car nous n’avons pas de temps à perdre", a-t-il dit à ceux qui l’ont suivi dans son combat pour une redistribution des richesses et une plus grande justice sociale. L’Uruguay rejoint les rangs des nations sud-américaines - le Brésil, l’Argentine, le Chili et le Venezuela - qui ont décidé de confier le pouvoir à la gauche après des décennies de politique ultra-libérale impulsée par les États-unis et le Fonds monétaire international. Le Front élargi-Rencontre progressiste de Vazquez, une coalition de parti allant du centre gauche à l’extrême gauche, a obtenu la majorité dans les deux chambres du Congrès. "Je pense que c’est le début d’un cycle de pouvoir de dix ans ou plus pour la gauche", a indiqué l’analyste politique Gustavo de Armas. Vazquez sera officiellement intronisé le 1er mars prochain pour un mandat de cinq ans. Selon les termes de la loi uruguayenne, il ne pourra prétendre à la réélection.
Misère et croissance
Les jeunes uruguayens, dont les projets d’avenir s’étaient évanouis ces dernières années, sont descendus dans la rue pour chanter leur joie : "Vous voyez, Tabare est désormais président." L’élection de Vazquez met fin à 170 ans de présence au pouvoir des deux partis traditionnels, le Colorado et le Blanco, auxquels les Uruguayens ont fait porter la responsabilité de l’aggravation de la récession des années 1999-2003. Le candidat du Blanco (parti national de centre-droit), Jorge Larranaga, a été crédité de 34,3% des suffrages tandis que Guillermo Stirling, du parti Colorado au pouvoir (centre), n’a recueilli que 10,4 des voix. L’économie uruguayenne est sur une pente ascendante mais la récession a laissé un tiers de la population sous le seuil de pauvreté et a conduit 100.000 jeunes gens à émigrer. Vasquez, cancérologue de profession, a indiqué que sa priorité était de s’attaquer à "l’urgence sociale" dans laquelle vivent les 100.000 personnes les plus pauvres du pays. La relance de la politique de l’emploi et des services sociaux prendra plus de temps en raison du manque de fonds publics. "Tabare aura probablement besoin de deux ans pour recréer des emplois. J’aimerais être employée dans une usine", espère Fabiana Carretto, 37 ans et mère au foyer de trois enfants. Le nouveau gouvernement parie sur la relance de l’investissement pour reconstruire l’industrie uruguayenne. Vazquez a assuré que le pays paierait sa dette à l’étranger de 11 millions de dollars. "La clef pour réduire notre vulnérabilité est la croissance", assure pour sa part Danilo Astori, un partisan de l’économie de marché approché par Vazquez pour être le futur ministre de l’Économie.
Mary Milliken - Montevidio Reuters - 01 - 11 - 2004 |