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 Quatre ans de plus : l’Union européenne se prépare à poursuivre sa cohabitation difficile avec une administration américaine qui s’est ingéniée dans le passé à jouer sur les divisions entre ses pays membres. Les dirigeants européens tiennent sommet jeudi et vendredi à Bruxelles pour tenter de stimuler leur compétitivité économique, relancer leur coopération judiciaire et policière et trouver une solution à la crise de la Commission européenne. Mais ils n’auront que la réélection de George Bush à l’esprit, puisqu’elle déterminera en grande partie leur marge de manoeuvre en matière de politique internationale, notamment au Proche-Orient, et l’unité du Vieux Continent. Deux écoles s’opposaient déjà mercredi. Pour certains pays de l’UE qui représentent en gros la "nouvelle Europe" alliée aux États-unis dans la guerre en Irak, un nouveau mandat de Georges Bush constitue du pain bénit. Le président du Conseil italien Silvio Berlusconi a même déclaré Bush vainqueur avant les autorités américaines. "Le maintien de Bush à la tête de la politique américaine rend les choses plus faciles pour nous", a-t-il déclaré à Moscou lors d’une conférence de presse commune avec le président russe Vladimir Poutine, autre dirigeant à avoir salué l’événement. La Pologne, qui a également envoyé des troupes en Irak à la demande des États-unis après avoir acheté des F-16 américains dès le lendemain de son adhésion à l’Union européenne, a renchéri sur le thème de la "guerre contre le terrorisme".
Une continuité rassurante ?
"Du point de vue de la Pologne, la poursuite de la coopération avec George Bush est vraiment une bonne nouvelle", a estimé son président Aleksander Kwasniewski, qui a estimé que le président américain avait l’avantage d’être "prévisible". Cette évidence est reconnue au sein de l’UE, y compris parmi certains pays de la "vieille Europe" opposée à la guerre. "Pour l’Allemagne et la relation transatlantique, une victoire de Bush signifie avant tout la continuité. Nous savons ce que nous devons attendre, même si les difficultés persistent", a ainsi déclaré Bernhard May, un expert de la Société allemande pour la politique étrangère, un "think tank". Le côté rassurant, pour ces pays, est qu’ils n’auront pas à faire le "cadeau de bienvenue" qu’ils auraient dû consentir à John Kerry s’il avait été élu, par exemple en envoyant des troupes en Irak pour l’aider à se dépêtrer du bourbier. Les plus optimistes prédisent que les Américains auront besoin des Européens pour trouver une solution globale, qui passe par une paix entre Israéliens et Palestiniens. De même, l’administration républicaine s’est montrée plutôt rassurante dans la gestion des dossiers commerciaux, alors que les démocrates se montrent en général plus protectionnistes. Elle a su reculer dans la "guerre de l’acier" en retirant les droits de douanes prohibitifs instaurés sur les importations en provenance d’Europe et a mis fin à une série de conflits. Le récent accès de fièvre sur les subventions à Airbus a d’ailleurs été considéré à Bruxelles comme un phénomène lié à la campagne électorale qui devrait se calmer lorsque les Américains se rendront compte que Boeing risque d’en pâtir durement. Mais l’autre école a pris la défaite de John Kerry comme une véritable catastrophe pour les relations transatlantiques. "Avec le président George Bush, c’est un intégriste qui est probablement réélu. Ce n’est bon ni pour le monde ni pour l’Amérique démocratique. Cela aggrave la polarisation dans le monde au lieu d’augmenter le pouvoir de la démocratie et de la coopération", a dit Michael Müller, le vice-président de la faction sociale démocrate au Bundestag allemand.
"Gueule de bois mondiale"
Pour Nicole Gnesotto, qui dirige l’Institut de sécurité de l’Union européenne basé à Paris, le "pire scénario serait la poursuite de l’impuissance sur le terrain (en Irak) mêlée à une arrogance née d’une victoire électorale". L’ancien ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine s’est montré tout aussi sombre sur Europe 1. "Il y aura sans doute une sorte de gueule de bois dans l’opinion mondiale, puisqu’à peu près tous les peuples, à trois ou quatre exceptions près (...) souhaitaient un changement", a déclaré le responsable socialiste. Pour ce théoricien de l’"hyperpuissance américaine", la réélection probable de Bush met définitivement fin au rêve de voir les États-unis revenir dans le lit du multilatéralisme, puisque Bush a vu ses idées validées par sa réélection. "Ça écarte toute idée d’un retour à une sorte d’Amérique mythique, l’Amérique (...) que le reste du monde aime", a-t-il ajouté. "Ça écarte l’idée d’une reconstitution de la relation transatlantique classique, sur la base des fameuses valeurs communes (...) Il va falloir en tirer les leçons." Pour les partisans d’une unification toujours plus poussée de l’Europe unie, ces leçons sont claires : l’Europe doit désormais prendre ses responsabilités sur la scène mondiale. "Le rôle de l’Union européenne comme contrepoids de la politique américaine sera plus important au cours des quatre prochaines années", a déclaré Daniel Cohn-Bendit, le chef des groupes des Verts au Parlement européen. "Seule une Union Européenne forte et capable d’agir sera en mesure de remplir cette tâche", a-t-il ajouté en plaidant pour une "ratification rapide de la Constitution européenne". Le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, s’est voulu pragmatique avant même l’élection. "Quel que soit le choix du peuple américain, nous allons travailler avec les États-unis et je pense que les États-unis travailleront avec l’Union européenne", a-t-il dit mardi. "Il faudrait faire le pari de la double confiance", a-t-il ajouté, en évoquant la nécessité que les Européens aient confiance "en eux-mêmes, pour faire de la politique, pour que cette union ne soit pas seulement un grand marché." "Et puis il faut que les Américains aient davantage confiance dans l’Union européenne comme un partenaire dans cette alliance, dans cette relation transatlantique, qui doit être plus équilibrée", a-t-il expliqué.
Yves Clarisse Reuters - Bruxelles 03 - 11 - 2004 |