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"Je le jure, je n’ai jamais couché avec un autre homme que Dauda. Il a promis de m’épouser", sanglote Hajara Ibrahim. Mercredi, cette Nigériane de 18 ans comparaît devant un tribunal islamique du nord du pays pour faire appel d’une condamnation à la lapidation à mort pour adultère. Le cas de Hajara est le dernier en date dans les Etats fédéraux du nord du Nigeria à avoir instauré la charia (loi islamique). Quand elle raconte son histoire, des larmes coulent sur ses joues, marquées des traditionnelles scarifications peules. Depuis le début de ce processus en 1999, aucune lapidation n’a encore été appliquée, mais dans le seul Etat de Bauchi, dont Hajara est originaire, cinq condamnés à mort -- hommes et femmes -- sont en instance d’appel. Pour l’heure, la charia affecte surtout la vie des plus faibles parmi les plus démunis, jeunes femmes et filles de familles pauvres vivant dans des hameaux de cases de boue perdus au milieu de champs de maïs a demi desséché comme Sidai, celui de Hajara, à 120 kilomètres de la capitale de l’Etat. Dans son malheur, Hajara a eu de la chance. Avocats et militants des droits de l’Homme se sont intéressés à son cas et son appel est juridiquement argumenté : son mariage, arrangé, n’ayant jamais été consommé, sa relation avec son petit ami Dauda ne saurait être adultère. Mercredi, elle fera les 60 kilomètres jusqu’à la localité de Dass, pour l’appel devant la haute cour de la Charia de sa condamnation à mort prononcée le 8 octobre. Dauda a lui aussi été convoqué pour cet appel, selon le greffier du tribunal islamique. "Je suis heureuse que des avocats se battent pour moi. J’ai l’espoir qu’ils pourront me sauver de l’exécution", dit Hajara, qui s’essuie les yeux d’un coin de son voile. Mariée à un homme de Lafia, une ville d’un autre Etat à quelque 220 kilomètres, elle tombe amoureuse de Dauda Sani, un garçon du village. "J’étais mariée à cet homme de Lafia, mais avant que je m’installe chez lui Dauda a promis de m’épouser donc j’ai insisté pour divorcer. Après sa promesse de m’épouser, je me suis donnée à lui et voici le résultat", dit- elle en caressant son ventre rebondi. Une histoire de grossesse non-désirée comme en subissent tant d’adolescentes dans le monde, mais au Nigeria l’ordre des événements et leur interprétation sera pour Hajara une question de vie ou de mort. Si la Cour décide qu’elle a bien été mariée à l’homme de Lafia avant sa relation avec Dauda, elle sera coupable d’adultère -- qu’elle soit divorcée ou non -- et passible de lapidation. Si au contraire, elle peut être considérée comme non mariée, elle sera coupable du seul crime de fornication, passible de 100 coups de fouet. "Etre marié ne suffit pas. Il faut que le mariage ait été consommé pour qu’une relation extra-conjugale soit adultère. C’est ce que dit l’islam", assure le père de Hajara, Ibrahim Auta Iman, professeur d’arabe de 44 ans. Quand à Dauda, il ne risque rien. Devant le tribunal de la charia de première instance, il a fermement nié avoir eu des relations sexuelles avec Hajara. Or, si les tribunaux coraniques nigérians considèrent la grossesse d’une femme comme la preuve de son "crime", quatre témoins sont nécessaires pour condamner un homme. Et faute de témoins, Dauda fut acquitté. "J’ai été sidéré par la façon dont Dauda a été relaxé alors qu’il avait reconnu devant le chef du village être responsable de la grossesse. Une femme ne tombe pas enceinte par hasard, quelqu’un doit bien être responsable", s’indigne le père de Hajara. Adama Haruna, 32 ans, la mère de Hajara, aimerait aussi voir la responsabilité de Dauda reconnue, mais elle s’inquiète surtout de la santé de sa fille et du bébé. "Nous n’avons pas l’argent pour payer (les visites médicales), à peine de quoi nous nourrir", soupire-t-elle, serrant dans ses bras son propre nourrisson de 10 mois.
Agence France-Presse 26 - 10 - 2004 |