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Décidément rien ne fait fléchir le président tunisien Benali. La justice a décidé, le 6 septembre dernier, la suspension du sixième congrès de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme ainsi que l’interdiction de la poursuite des travaux préparatoires. Le congrès, initialement prévu du 9 au 11 septembre, aurait dû rassembler les délégués régionaux de tout le pays. Pour le président de cette association indépendante, Me Mokhtar Trifi, il s’agit " d’une décision politique dans un habillage judiciaire ". L’affaire doit être examinée au fond par la justice le 1er octobre prochain.
Voilà pour la forme et les faits. Quant aux véritables objectifs que poursuit le maître de Carthage, il faut se replonger dans l’histoire récente pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’un nouvel avatar mais d’une volonté délibérée d’étouffer toute contestation dans le pays. Depuis des années, les militants de la Ligue sont soumis aux pressions, aux tracasseries, aux menaces et même aux agressions physiques du régime de Benali. Dans le désert politique qu’est devenue la Tunisie au fil des ans, la Ligue est le seul signe d’un électroencéphalogramme social désespérément plat.
En réalité la LTDH subit depuis 1987 un harcèlement judiciaire et politique qui ne s’est jamais relâché : à la fois contre l’association et contre ses militants. Et jusqu’à présent le pouvoir n’est pas parvenu à briser la volonté de la Ligue de préserver cet espace de liberté. Ce sont les hommes du parti au pouvoir, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), qui, de l’intérieur de la LTDH, ont cette fois lancé la fronde en déposant un recours devant le tribunal de première instance de Tunis. Cette nouvelle crispation est de mauvais augure pour " le sommet mondial sur la société de l’information " qui doit avoir lieu en novembre prochain à Tunis sous l’égide de l’ONU. Avec cette caution internationale, les autorités tunisiennes n’ont aucune raison de changer de comportement. Ce verrouillage absolu de la société et du champ politique constitue un danger pour la Tunisie qui, sans espace d’expression pluraliste, pourrait être isolée si le régime ne change pas d’attitude. En avril 2005, une équipe de juristes de l’organisation américaine Human Rights Watch s’est rendue en Tunisie pour enquêter sur la situation des prisonniers politiques en présence d’une délégation de l’ambassade américaine qui était la seule mission diplomatique à avoir dépêché ses représentants. Le rapport de HRW est sans équivoque. L’ONG dénonce " la piètre qualité " de la conduite d’un Etat " responsable d’abus graves ".
Depuis plusieurs mois, Washington hausse le ton sur la question des libertés individuelles et collectives en Tunisie, un virage opéré avec le lancement du projet de remodelage du grand Moyen-Orient.
L’effet est plutôt positif car les élites réformistes en Tunisie et ailleurs se sentent encouragées dans leur combat. Mais il ne faut pas non plus surestimer ce changement d’attitude, la petite et prospère Tunisie n’est pas une priorité dans l’agenda arabo-musulman de l’administration Bush, d’autant que cette dernière est un allié dans la lutte anti-terroriste et joue un rôle de modérateur dans le monde arabe.
Le régime du président Benali confond progression graduelle et surplace et cette obstination à ignorer les évolutions internationales pourrait le conduire à des réformes, contraint et forcé, en espérant bien entendu que la Tunisie sera épargnée par la violence qui vient souvent après une période de désespoir mobilisateur.
Kader Abderrahim
Journaliste, chercheur à l’IRIS |