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Algérie : La société civile lance un appel citoyen
A l’instar de la dynamique de la société civile marocaine, la société civile algérienne lance un appel citoyen pour la défense des libertés publiques. C’est une initiative courageuse pour la défense des libertés en Algérie, lancée par la société civile algérienne le 14 juin dernier dans un appel adressé à tous les défenseurs de la liberté d’expression en Algérie et dans le monde.

« Les Algériens libres, les intellectuels, les artistes, les travailleurs, les chômeurs et les associations citoyennes au réveil, vital pour sauver l’Algérie du déclin et du danger totalitaire et s’impliquer dans la vie publique et créer un sursaut démocratique national ». Ce sont là les consignes du Comité pour les libertés qui a lancé une campagne nationale de collecte de signatures et prend à témoin l’opinion internationale, les partisans de la liberté et les démocrates dans le monde pour soutenir les luttes citoyennes pour le respect des libertés en Algérie.

Rappelons que les autorités algériennes n’ont pas à leur actif seulement la répression contre les journalistes algériens indépendants, mais également les journalistes étrangers et parmi eux une délégation de journalistes marocains qui a été empêchée récemment de quitter l’aéroport d’Alger pour effectuer son travail et refoulée vers Rome (Italie) après avoir subi un interrogatoire digne d’un Etat sécuritaire. Ce comportement des autorités algériennes a été dénoncé unanimement par la presse marocaine et les organisations internationales défendant la liberté de la presse, la liberté d’expression et le droit d’accès à l’information.

Le message du Comité pour les libertés est porteur d’espoir et d’optimisme quant à la mobilisation de la société civile algérienne contre la pensée unique ou pour ne pas dire la pensée cynique du Pouvoir algérien. L’appel citoyen pour la défense de la liberté, lancé le 14 juin dernier par le collectif Benchicou pour les libertés, est adressé en premier lieu au Président A.Bouteflika pour libérer le directeur du Matin ainsi que les autres citoyens algériens détenus arbitrairement. Les signataires de cet appel rappellent les autorités algériennes à leur obligation quant au respect du pluralisme politique, syndical et médiatique garanti théoriquement par la nouvelle version de la Constitution algérienne.

Le directeur du quotidien algérien indépendant « Le Matin » est depuis le 14 juin 2004 incarcéré à la prison d’El Harrach à Alger. Lors d’un procès sommaire et expéditionnaire, le directeur du quotidien Le Matin a été condamné à deux ans de prison ferme assortie d’un mandat de dépôt. D’après le collectif, ce procès par son iniquité et ses contradictions a révélé les calculs politiciens et la volonté du Pouvoir algérien de donner un avertissement à la « presse indépendante ou privée ». Le collectif du Matin est mobilisé prioritairement dans son action pour faire libérer Mohamed Benchicou et prend à témoin l’opinion algérienne et internationale contre cette grave atteinte à la liberté d’expression et contre la décision arbitraire et scandaleuse qui vient de frapper la presse « indépendante ou privée » à travers la condamnation du directeur du Matin.

Lors d’une conférence de presse organisée à l’hôtel Es Safir à Alger concernant les résultats préliminaires de la mission effectuée dans ce pays du 12 au 23 juin, l’Organisation des droits de l’homme, Human Rights Watch, a qualifié les « accusations (des autorités algériennes) peu fondées et politiquement orientées ». Une première pour cette organisation américaine des droits de l’homme dont le dernier séjour en Algérie remonte à 2002. M. Eric Goldstein, Président de la délégation de Human Rights Watch, qui vient de séjourner en Algérie, affirme qu’« il est clair que Mohamed Benchicou a été châtié pour son livre et ses écrits, sa condamnation pour les bons de caisse est un prétexte fallacieux.... ». L’Organisation constate que « les journalistes sont devenus les victimes “privilégiées” d’un appareil judiciaire de plus en plus politisé ». Invité à donner une appréciation de la situation de la presse en Algérie à travers le cas Benchicou, Eric Goldstein affirme que « ce cas est révélateur d’une volonté de réprimer les journalistes ... ».

La presse algérienne a lancé un débat sans précédent dans le pays sur l’éthique et la déontologie de la profession du journalisme. Les journalistes indépendants accusent le Pouvoir de « donneur de leçons » et estiment que le jour où il apprendra à gérer le pays dans l’intérêt du peuple, les journalistes exerceront leur métier avec honnêteté et professionnalisme.

Références :

-  Mohamed Benchicou (Février, 2004) : Bouteflika, une imposture algérienne
-  Le quotidien El Watan (Edition 15 juin 2005) : Appel citoyen pour la défense des libertés
-  Le Soir d’Algérie (Edition 23 juin 2005) : Mohamed Benchicou est en prison pour ses écrits

Texte intégral de l’appel :

L’Algérie s’installe dans l’incertitude, l’opacité et la répression. Alors que les grandes inquiétudes ne cessent de croître face à l’aggravation du chômage, du marasme social et de la corruption, la société se voit écartée plus en plus des décisions qui engagent l’avenir du pays et neutralisée au moyen de méthodes répressives, inspirées des grands régimes totalitaires. L’expression populaire est étouffée sauvagement, au profit de l’émergence d’un pouvoir autoritaire qui n’admet aucun contre-pouvoir, ni contradiction :

-  La presse libre est victime d’un harcèlement jamais atteint depuis 15 ans. Aujourd’hui, elle est menacée dans son existence même.

-  Des journalistes parmi lesquels Mohamed Benchicou dont le journal ( Le Matin) a été contraint à la suspension, sont jetés en prison pour avoir révélé des scandales, alors que d’autres risquent de connaître le même sort.

-  Le pluralisme syndical arraché de haute lutte par les travailleurs algériens est remis en question. - Les syndicalistes sont l’objet de poursuites judiciaires.

-  L’opposition politique est muselée, interdite d’accès aux médias publics fermés d’ailleurs à tout débat citoyen et contradictoire. - Aucune manifestation publique n’est tolérée.

-  Les tribunaux sont devenus des lieux de répression des libertés et les administrations publiques un instrument participant à l’intimidation des citoyens. Ce totalitarisme qui ne dit pas son nom, forgé aux dépens des libertés essentielles, inhibe la société algérienne, bloque la création et les réformes, favorise la corruption, accélère la fuite des cerveaux, mine les fondements de la République, détruit la confiance dans l’Etat et dans l’avenir, fragilise la Nation et devient, pour finir, source principale d’instabilité.

-  Nous citoyens algériens, signataires de l’appel du 14 juin, journée nationale des libertés, décidons de briser le silence devant ces graves dérives et devant le déclin national qui se profile. La liberté de dire, d’écrire, le droit de participer à la vie publique sont un précieux acquis de Novembre 1954, réaffirmés par les grands soulèvements démocratiques d’avril 1980, d’octobre 1988 et d’avril 2001. Des Algériens sont morts pour la liberté de penser, de s’exprimer, et pour avoir réclamé leur droit souverain de participer à la conduite des affaires nationales. Nous nous devons de rappeler leurs sacrifices. - Nous appelons le président de la République, gardien des droits et des libertés constitutionnellement garantis, à la cessation immédiate de la répression qui frappe les citoyens, les journalistes, les syndicalistes et les militants des droits de l’Homme.

-  Nous appelons le président de la République à libérer le directeur du Matin, Mohamed Benchicou, ainsi que les citoyens détenus arbitrairement.

-  Nous appelons le président de la République et toutes les institutions au respect des libertés. Toutes les libertés.

-  Nous rappelons énergiquement les pouvoirs publics à leur obligation quant au respect du pluralisme politique, syndical et médiatique, garanti par la Constitution et dont nous serons désormais les défenseurs.

-  Nous appelons à la satisfaction des revendications démocratiques, en particulier l’application de la plateforme d’El-Kseur, seul moyen d’apporter la stabilité, de renforcer l’unité nationale et de concrétiser, par les actes, la citoyenneté.

-  Nous appelons les Algériens libres, les intellectuels, les artistes, les travailleurs, les chômeurs et les associations citoyennes au réveil, vital pour sauver l’Algérie du déclin et du danger totalitaire, à s’impliquer dans la vie publique et à créer le sursaut démocratique national.

-  Nous appelons l’opinion internationale, les partisans de la liberté et les démocrates dans le monde à soutenir les luttes citoyennes pour le respect des libertés en Algérie.

Le Comité Benchicou pour les libertés. Vous pouvez envoyer vos signatures au numéro de fax suivant : 021 65 68 62

Collectif pour la Liberté de la Presse en Algérie :
Portable : 06 78 13 84 79 - de l’étranger 33 6 78 13 84 79
Envoyez vos messages de soutien
à :librepresse_algerie@yahoo.fr
Site : www.libererbenchicou.com

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Mohamed SIHADDOU - Toulouse / FRANCE 03/07/2005


31-07-2005

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