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« L’action des pouvoirs publics doit chercher à optimiser les opportunités offertes à ceux qui se font le moins entendre et qui ont le moins de ressources et de capacités .Il importe de procéder de façon à respecter et à renforcer les libertés individuelles et le rôle des marchés dans l’affectation des ressources », écrit le président de la Banque mondiale Paul Wolfowitz (ancien numéro deux du Pentagone) en avant-propos du rapport. Cet appel lancé en faveur de l’égalité des chances dans les domaines politique et économique des pays en développement permet d’intégrer les deux grands axes d’action de la Banque mondiale :
instaurer un climat institutionnel porteur pour l’investissement
donner aux pauvres les moyens de se prendre en charge
La Banque mondiale plaide, non seulement pour un meilleur accès pour les pauvres aux soins de santé, à l’éducation, aux emplois, aux capitaux et aux droits fonciers, mais aussi pour une plus grande égalité d’accès au pouvoir et aux libertés politiques. « Renforcer l’équité dans les pays en développement passe par des politiques ayant pour effet de rectifier les inégalités persistances des chances en appliquant les mêmes règles du jeu à tous au niveau économique et politique... » « Des institutions inéquitables imposent des coûts économiques. Elles tendent à protéger les intérêts des personnes aisés et influentes au plan politiques, souvent au détriment du grand nombre. Il s’en suit une société moins efficace dans son ensemble... », a déclaré l’économiste Francisco Ferreira, l’un des principaux auteurs du rapport Le rapport souligne que l’emprise des élites sur les institutions, contraire à l’équité, réduit le potentiel de croissance d’un pays et l’espoir de réduction de la pauvreté. En effet, une société qui se prive des talents des classes défavorisées perd des possibilités d’innovation et d’investissement et compromet « la poursuite de la prospérité à long terme ».
Pour étayer ses propos, la Banque mondiale, fournit plusieurs exemples de situations inéquitables générant un cercle vicieux qui se traduit de la manière suivantes : l’inégalité entraîne une baisse de la productivité et le manque de productivité entraînant une situation d’inégalité et ainsi de suite. Ce schéma présent dans différents pays d’Afrique et d’Asie, l’est en fait dans tous les pays en développement où la liberté d’expression, l’accès au pouvoir et, par conséquent à l’investissement, est entre les mains d’un segment limité de la population.
L’absence de démocratie entretient l’injustice sociale et la pauvreté. Des trappes à inégalité apparaissent lorsque les inégalités entre individus et groupes d’individus se perpétuent au fil du temps, d’une génération à l’autre et au niveau d’une même génération...les pratiques discriminatoires liés aux considérations de race, d’origine ethnique, de sexe et de classe sociale, entretiennent cette situation. Pour aider les pays à sortir de ces trappes à inégalité, le rapport de la Banque mondiale insiste sur l’importance de renforcer l’« agence » des pauvres et des groupes marginalisés, c’est à dire leur aptitude à imposer la mise en place de moyens plus forts pour faire entendre leur voix et obliger les hommes politiques à rendre des comptes. En insistant pour un surcroît de contrôles sur les abus de pouvoir économique et politique des groupes dominants, les pauvres et les exclus peuvent forger des alliances avec les classes moyennes à l’appui de stratégies destinées à opérer un changement au profit d’une grande équité.
De telles stratégies permettraient de contrer la domination de certaines oligarchies et d’uniformiser les règles du jeu sur le terrain politique, sans avoir recours aux types de politiques populistes qui ont échoué dans le passé. Il convient de noter que, cette année, le thème du Rapport de la Banque mondiale est de même nature que celui présenté par le Rapport sur le développement humain du Programme des Nations Unis pour le développement. Ces deux organismes parviendront-ils à infléchir la domination des oligarchies solidement installées à la barre des pouvoirs politiques et économiques et qui gèrent le court terme sans se soucier de l’avenir de leurs pays et encore moins de l’avenir des laissés- pour- compte ?
La Banque mondiale, bailleur de fonds de ces oligarchies, aura-t-elle la volonté de faire infléchir leur comportement spoliateur, irresponsable ? Mais ceci est une autre question. |