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« Nous appuyons le Président sur ce point précis » Fayçal Oukaci - L’Expression, 04 novembre 2004
La paix civile est un credo auquel s’accroche la mouvance islamiste depuis l’investiture de Bouteflika en 1999. « Abassi Madani a réagi favorablement à l’idée d’une amnistie générale formulée par le président de la République à la veille du 1er novembre », nous a confirmé une source proche de leader exilé dans les pays du Golfe. « C’est une option à laquelle nous avions appelé depuis 1997 et qui reste une mesure incitative importante pour amener les derniers récalcitrants des groupes armés à déposer les armes. La poursuite des hostilités n’est pas bénéfique à l’Algérie et sur ce point précis nous pouvons appuyer le président à fond », ajoute notre source, un des leaders algérois du FIS dissous. Le président avait surpris tout son monde en retenant l’option « après une consultation référendaire », d’une amnistie générale. Choix politique invraisemblable il y a quelques mois, eu égard à l’influence des généraux hostiles à tout nouveau compromis, avec les islamistes, l’amnistie générale pour ceux qui ont pris les armes reste une autre étape dans l’élaboration d’une stratégie de sortie de crise. Adoptée par les pays qui ont été confrontés à une guerre civile intense, elle reste en Algérie une option flottante, douloureuse et, en tout cas, controversée. Le long processus de changement de la politique sécuritaire introduit par le président de la République, par petites touches, depuis sa première investiture, a eu l’effet de mettre en minorité la politique d’exclusion-éradication adoptée à l’égard des islamistes depuis 1992. La stratégie d’intégration-réconciliation, mise en marche depuis 1999, avait permis la récupération de plusieurs milliers d’islamistes armés et de groupes situés à la périphérie de l’insurrection armée. De ce fait, nous avons assisté, depuis le départ « précipité » du général de corps d’armée, Mohamed Lamari, à un brusque retour des initiateurs de la plate-forme de Sant’Egidio, partisans résolus d’une paix définitive entre l’État et les islamistes de l’ex-FIS. Le retour sur la scène politique de leaders comme Mouloud Hamrouche, Abdelhamid Mehri, Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella, etc. semble être déjà une tendance de l’avenir, une projection de ce que sera le second quinquennat du président de la République. Abassi Madani avait, rappelons-le, rédigé une lettre très appuyée en avril, dans laquelle il considérait l’élection de Bouteflika comme un « bienfait ». Par la suite, les relations ont été souvent houleuses, jusqu’en 2003, année au cours de laquelle l’ancien chef du FIS partit pour la Malaisie et commença à lacérer la politique « douteuse » du président. En matière de « politique sécuritaire », il semble bien que le président Bouteflika va définir de nouvelles orientations. Les changements survenus à la tête de la hiérarchie militaire sonnent déjà comme des signes annonçant la fin de la politique dite du « tout-sécuritaire ».
Bouteflika brise le tabou des tabous
Nefla B. - 02 - 11 - 2004 Le Jeune Indépendant
Le ton ferme et libéré de toutes les contraintes, Bouteflika a choisi l’ hémicycle du palais des Nations pour expliciter, pour la première fois, son idée, du moins une partie, de réconciliation nationale et globale. Un concept demeuré vague et indéfini, ayant suscité des interprétations empressées pour les uns et perfides pour les autres. De la tribune du palais des Nations, où il s’adressait à la nation à l’ occasion du cinquantième anniversaire de la révolution de novembre, le président de la République s’est montré clair, : « Je suis pour l’amnistie générale « , a-t-il déclaré sans ambages et surtout sans tabous depuis son élection. Toutefois, la conditionnant à l’aval du peuple, par voie référendaire, soulevant un tonnerre d’applaudissements au sein de l’assistance nombreuse où figurait Ahmed Ouyahia, chef de gouvernement et secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), qui n’a pas jugé utile de joindre les deux mains. Un parti qui a, de tout temps, affiché sa désapprobation, pis encore, son animosité à une telle démarche. « Même si la Constitution me confère cette attribution, je ne le dirai pas avant le peuple (...), le grand taux lors des élections n’est pas un chèque en blanc », a déclaré le président de la République. Se revendiquant promoteur de la réconciliation dans ce pays, Bouteflika a enchaîné en disant qu’il n’entraînerait pas le peuple dans des tiraillements, laissant entendre par-là qu’en aucun cas il ne serait l’ initiateur de cette amnistie générale si elle n’émane pas de ce peuple. Il n’en dit pas plus. Et il ne donne aucune échéance quant à l’aboutissement de cette réconciliation nationale et par ricochet ce référendum sur l’ amnistie générale. Il s’est contenté de dire que le cas échéant, et concernant « les questions sensibles », il consultera le peuple et qu’il voulait une réconciliation sincère et non pas imposée par des décisions individuelles. L’utilisation de la phrase « questions sensibles », à plusieurs reprises et « les voix récoltées et les prérogatives attribuées par la Constitution ne sont pas suffisantes » par deux fois ont donné libre cours aux interprétations au palais des Nations. D’aucun parmi les présents ont estimé que le Président faisait également allusion à sa volonté de procéder à une révision constitutionnelle. S’ assurer d’abord de larges prérogatives dans une nouvelle mouture de la loi fondamentale du pays et passer ensuite à sa démarche de réconciliation nationale globale telle qu’il la conçoit. Ou bien proposera-t-il au peuple algérien deux consultations à la fois ? Difficile à dire. Bouteflika s’est érigé seul maître à bord après s’être affranchi d’un obstacle nommé « les décideurs ». D’ailleurs, par la même occasion, la parenthèse de l’amnistie générale fermée, il a enchaîné sans transition sur l’ANP, lui rendant, certes hommage mais lui rappelant aussi de « se contenter » de ses missions constitutionnelles et de sa neutralité. Chose sur laquelle il a insisté trois fois. Un discours qui a vite reçu l’ écho escompté puisqu’il a réussi à faire rallier à sa cause ceux qu’on comptait parmi ses détracteurs. A sa sortie de la salle, l’ancien président de la République, Ahmed Benbella, a déclaré à certains représentants de la presse que « l’Algérie est entre de bonnes mains ».
Algeria Watch 11 - 11 - 2004 |