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Latifa El Amrani Lot 77, La Colline Sidi Maârouf Casablanca
Casablanca, le 22 octobre 2004
A l’attention de M. Habib El Malki Ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse - Rabat
Objet : Manuels d’éducation islamique de l’enseignement fondamental
Monsieur le ministre
Mère d’un petit garçon âgé de 8 ans et d’une petite fille âgée de 5 ans, nous avons, mon mari et moi, fait le choix d’un enseignement bilingue arabe et français (éventuellement trilingue avec le tamazight), avec un ancrage sur les valeurs identitaires qui font le substrat de notre culture et les valeurs universelles de tolérance et d’ouverture d’esprit. L’éducation islamique enseignée à nos enfants est censée contribuer à forger nos citoyens de demain, imprégnés de ces valeurs-là. Forte de cette conviction, j’ai été profondément choquée en feuilletant le manuel d’éducation islamique* de ma fille, inscrite en première année d’enseignement fondamental, manuel figurant sur la liste des fournitures scolaires demandées par l’école (et comme je l’ai appris par la suite, imposé par l’académie dont relève l’établissement alors qu’il existe trois autres manuels plus convenables), de constater l’orientation manifestement tendancieuse induite par ses illustrations. En effet, toutes les photographies représentant des petites filles dans des scènes de la vie quotidienne, les montrent voilées, alors que leur âge ne dépasse pas 6 ans ! Veut-on par là faire comprendre à nos enfants, que pour être de bonnes musulmanes, les petites filles doivent ressembler aux personnages de leur manuel scolaire ? Arborer de telles tenues ne devrait être que l’expression du choix volontaire et réfléchi de personnes adultes. Encore plus grave, en consultant le manuel de la deuxième année, rédigé par les mêmes auteurs, je constate page 80, deux images en contradiction flagrante avec la nouvelle charte de l’enseignement, supposée supprimer la vision sexiste prévalant par le passé dans les manuels scolaires nationaux. Ces images représentent d’un côté et en bas de page, une petite fille (voilée) en train d’essuyer la vaisselle avec la légende : « Meriem aide sa maman dans la cuisine », alors qu’en haut de page, on voit Oussama qui aide son père à ranger les livres dans la bibliothèque. Je signale au passage que ce manuel de deuxième année présente de façon encore plus accentuée la même caractéristique que celle citée plus haut du manuel de première année. La question que je me pose est la suivante : Ces choix iconographiques, loin d’être innocents, sont-ils l’expression d’une volonté politique et la vision officielle de la religion par l’État, ou n’engagent-ils que leurs auteurs ? Si la réponse est cette dernière éventualité, cela veut dire que nos enfants sont en danger car les manuels scolaires prescrits par le ministère de l’Éducation nationale n’obéissent à aucun contrôle, ni à aucune méthodologie rationnelle de validation de contenu. Dans ce cas, je vous prie, Monsieur le ministre, de bien vouloir donner vos instructions pour que cette série de manuels soit retirée de la liste des livres scolaires et que le contrôle de validation soit, d’une manière générale, appliqué de façon plus déontologique. S’il s’agit par contre d’une stratégie délibérée de l’État, nous avons le droit d’en connaître les tenants et les aboutissants, afin de savoir clairement quel avenir on réserve à nos enfants. Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Monsieur le ministre, l’expression de ma considération distinguée.
Latifa El Amrani
* Fi Rihab Attarbiya Al Islamiya. Edité par Addar Al Alamiya Lil Kitab, Maktabate Assalam Al Jadida et Maktabate Atourath Al Arabi. |