|
 Le risque de tsunami existe en Méditerranée, où le phénomène a déjà été observé par le passé, selon les spécialistes qui, sans être alarmistes, regrettent l’absence d’un système d’alerte. "A partir du moment où l’on a une activité sismique, et un plan d’eau, le risque de tsunami existe et il n’est pas négligeable", explique Michel Villeneuve, géologue français à l’Université de Provence. En Méditerranée, "le moteur sismique est la zone de subduction entre la plaque africaine et la plaque eurasienne, qui se situe sous l’Atlas nord-africain, du Maroc jusqu’en Tunisie et se prolonge en mer jusqu’au nord de la Sicile", précise M. Villeneuve. En 2000 ans, près d’une vingtaine de tsunamis ont été recensés en Méditerranée, dont certains meurtriers comme en 551 le long de la côte libano-syrienne, en Egypte au 4e et 14ème siècles ou à Messine (Italie) en 1908, "ce qui ne fait quand même pas beaucoup", estime Paul Tapponnier, géologue à l’Institut Physique du Globe de Paris (IPG). La Méditerranée est parsemée de failles, comme en Grèce, où l’on en trouve une "semblable à celle de Sumatra, qui va de la mer ionienne jusqu’à Rhodes", à l’origine en 365 d’un tsunami jusqu’en Sicile et en Egypte faisant des dizaines de milliers de morts, selon un sismologue grec, Vassilis Papazahos. Selon les experts, 80% des tsunamis sont observés dans le Pacifique, 10% dans l’Océan Indien, et entre 5 et 10% en Méditerranée, où l’intensité est en moyenne "plus faible", tempère Philippe Lognonné, directeur du département de géophysique spatiale et planétaire à l’IPG. A cela deux raisons : en Méditerranée, la magnitude moyenne des séismes est moins importante et le plan d’eau est plus petit, ce qui ne permettrait pas à la vague de prendre une ampleur telle que celle observée en Asie. Mais, en théorie, un tsunami touchant les côtes françaises au niveau de la plaine de la Camargue "un scénario à ne pas exclure, pourrait aller jusqu’à la ville d’Arles", à 25 km des côtes, prévient M. Villeneuve. Le dernier "petit" tsunami, généré par le tremblement de terre de Boumerdes (Algérie) en mai 2003, avait touché, sans faire de victimes, les Baléares et les côtes françaises où le niveau d’eau était momentanément descendu d’1,50 m par endroits. La mer de Marmara, en Turquie, pourrait "probablement" être le prochain théâtre d’un tsunami, "plus petit qu’en Asie, mais la grande densité de population pourrait le rendre meurtrier", pronostique M. Tapponnier. Le fait que ces phénomènes "ne reviennent que tous les 10 ou 50 ans" atténue la perception du risque par les autorités et la population, selon M. Lognonné. Alors que le Pacifique est doté d’un système d’alerte, auquel participent 26 pays, ni la Méditerranée, ni l’Océan Indien n’en possèdent. "Ce qui vient de se passer en Asie va peut-être nous amener à réfléchir, même si ce n’est pas une priorité pour les pays, et on ne peut que le regretter", estime M. Tapponnier. "Ce qui compliquerait l’alerte, c’est que la Méditerranée ne faisant que 1.000 km de large, un tsunami la traverse en un peu plus d’une heure", explique Patrick Simon, chef du bureau des risques naturels au ministère français de l’Environnement, faisant valoir que la France a lancé une étude pour "cerner la fréquence d’occurrence de risque de tsunami". En Grèce, pays le plus sismique d’Europe, les sismologues "font les premiers pas pour cartographier les menaces de tsunami et à terme mettre en place un système d’alerte", assure Gérassimos Papadopulos, de l’institut géodynamique de l’observatoire d’Athènes.
Agence France-Presse Marseille - 28 - 12 - 2004 |