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AFP - lundi 5 septembre 2005
TUNIS - La justice tunisienne a suspendu lundi la tenue du congrès national de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), prévu du 9 au 11 septembre et interdit toutes activités préparatoires, a-t-on appris de sources concordantes.
Ce jugement a été prononcé par le tribunal de première instance de Tunis en procédure d’urgence suite à un recours en référé contre le Comité directeur de la Ligue par des militants proches du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, au pouvoir).
Ces contestataires réclamaient la suspension du congrès pour "violation des statuts et du règlement intérieur de la LTDH" par son comité directeur.
Le verdict "exige aussi l’arrêt de toutes activités préliminaires ou préparatoires au congrès à la date prévue" et "à toute autre date ultérieure" jusqu’au jugement final d’une deuxième affaire en cours sur le fond du litige, a-t-on précisé de source officielle.
Le président de la Ligue, Me Mokhtar Trifi, s’est insurgé contre ce jugement, qualifiant l’annulation du congrès de "décision politique dans un habillage judiciaire".
"Nous continuons de préparer notre congrès en dénonçant l’injustice", a-t-il déclaré à l’AFP, dénonçant un recours "abusif" à l’institution judiciaire pour faire capoter le congrès.
"Le pouvoir serre encore la vis, au moment où tout le monde s’attendait à une libéralisation de la vie politique, conformément aux engagements pris par la Tunisie dans la perspective du Sommet mondial de la société de l’information", prévu en novembre prochain à Tunis, a-t-il dit.
Me Trifi a lancé un appel à la solidarité avec la Ligue "objet d’attaque frontale, en même temps que les autres représentants de la société civile démocratique", selon lui.
Un chef de file des plaignants, Me Chedly Ben Younes, a exprimé sa satisfaction après le verdict. "Je suis satisfait et je le serai réellement après l’exécution de la sentence", a-t-il dit à l’AFP.
"Le verdict sera communiqué aux dirigeants de la Ligue par un huissier notaire, et celui-ci devrait faire appel à la force publique pour empêcher la tenue du congrès", a-t-il indiqué.
Ce congrès "se tiendra seulement lorsque les décisions de justice annulant la restructuration interne de la Ligue seront exécutées", objet de la deuxième affaire en cours.
Me Ben Younes a de nouveau accusé les dirigeants de la Ligue d’avoir procédé à des dissolution-fusions de certaines sections pour en exclure des adhérents appartenant ou proches du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, au pouvoir). "C’est un complot", a-t-il dénoncé.
Pour un autre plaignant, le sénateur Ridha Mallouli, la Ligue est coupable d’"exclusion délibérée" de membres du RCD, l’organisaton ayant, selon lui, "dévié de sa mission pour rejoindre les rangs de l’opposition".
La direction de la LTDH accuse le pouvoir d’avoir provoqué la contestation dans ses rangs, mais les autorités ont affirmé n’avoir "rien à voir avec les affaires intérieures" de la Ligue.
Créée en 1977, la LTDH est la plus ancienne organisation de ce type dans le monde arabe et en Afrique et joue un rôle de contre-pouvoir aux côtés d’une opposition politique affaiblie. |