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 Embusqués dans une maison, les rebelles tirent à la kalachnikov et à la roquette antichar, puis changent aussitôt d’immeuble pour ne pas être repérés par l’aviation ou l’artillerie des forces américano-irakiennes qui déversent un déluge de feu sur la ville. Face à une puissance de feu très supérieure, la guérilla n’a d’autre choix que la mobilité. Quand les obus pleuvent, ils se mettent à l’abri, mais dès qu’il y a une minute de répit, ils avancent par petits groupes, se mettent en position de combats et ouvrent le feu. Des francs-tireurs sont postés en haut des immeubles pour tenter d’entraver la marche des fantassins américains et tirer sur les hélicoptères qui volent à basse altitude. Ne pouvant empêcher frontalement la progression des chars américains, les combattants embusqués les laissent avancer avant de les attaquer. Dans la rue du 7 avril, qui rejoint l’avenue principale au nord de la ville, des tireurs embusqués ont ouvert le feu sur une colonne de blindés en début d’après-midi, selon des témoins. Une attaque similaire a eu lieu dans le quartier Chouhada au sud-est de Falloujah. Les Moujahidine déclarent que des combats de rue se déroulaient toujours en milieu d’après-midi dans trois secteurs du nord de la ville, dont la chute aux mains des forces américaines a été annoncée. Ces combats et la progression des forces américaines ont poussé les familles résidant dans le nord de la ville à fuir mardi vers les quartiers du centre et centre-ouest plus sûrs, notamment Nazal et Jouhouriya. Pour les combattants, il n’y a pas de répit. Pour s’alimenter, ils s’approvisionnent dans les maisons abandonnées ou reçoivent des produits en conserve d’autres combattants postés sur les lignes arrières. Un officier supérieur américain a annoncé en début de l’après-midi que les forces américaines contrôlaient un tiers de la ville, mais la guérilla affirme que de violents combats se déroulent toujours à la lisière nord et sud de Falloujah. Marcher dans la rue est devenu dangereux et seuls les combattants osent le faire. Les habitants sont terrés chez eux, sans eau, ni électricité. La population de la ville était de 300.000 habitants, mais il est très difficile de dire combien sont restés, car beaucoup ont fui ces dernières semaines en raison des combats. Les forces américaines ont affirmé qu’il ne reste que 30.000 habitants, mais des responsables irakiens estiment qu’ils sont encore plus de 100.000. Quand une maison est touchée par un obus de char ou l’aviation, les combattants aident à évacuer les survivants vers un lieu plus sûr. Les mosquées qui disposent de générateurs électriques lancent des appels à "la résistance" par haut-parleurs. Un correspondant de l’AFP a reçu un appel de l’imam Abdel Hamid Farhan, de la mosquée Abdel Aziz dans le centre de Falloujah, affirmant qu’il était "assiégé avec des civils entre la mosquée Abou Oubeyda et la mosquée Al-Fourqan". "Nous ne pouvons lever la tête en raison de la violence des tirs", dit-il. La situation sanitaire est devenue très difficile. Une clinique a transformé une ancienne salle de cinéma adjacente en bloc opératoire. Son directeur, le Dr Hachem al-Issaoui, lance un appel à l’aide. "Nous avons plus de 30 blessés et sommes contraints d’effectuer des interventions chirurgicales, des amputations de jambes et de mains" or "nous ne sommes pas des chirurgiens", dit-il. "Nous n’avons pas assez de médicaments et manquons d’électricité, d’eau et de carburant et la plupart du temps la clinique est plongée dans l’obscurité. Nous lançons un appel aux organisations internationales pour qu’elles interviennent, sinon ce sera une catastrophe", ajoute-t-il. Il précise que la grande majorité des médicaments ont été stockés dans l’hôpital général de Falloujah, à la lisière ouest de la ville, qui a été pris dans la nuit de dimanche à lundi par les forces américaines et irakiennes. Un autre dispensaire, celui de l’association islamique Hazra Mohammadiyah installé dans une mosquée du centre de la ville, dit avoir plus de chance. Il dispose d’une ambulance pour transporter les blessés, indique un de ses responsables. Falloujah compte deux autres établissements hospitaliers. Le premier, l’hôpital Taleb al-Janabi n’est pas accessible car situé à proximité d’une position américaine à l’entrée est de la ville, tandis que le deuxième, créé grâce à des dons bahreïnis, n’est pas encore équipé.
Agence France-Presse Falloujah - 09 - 11 - 2004 |