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L’armée américaine s’est déclarée mercredi en mesure de contrôler Falloujah sous 48 heures, au troisième jour d’une vaste offensive, alors que le couvre-feu a été imposé à Baïji et à Mossoul, dans le nord de l’Irak et la fermeture de l’aéroport de Bagdad prolongée de 24 heures. Par ailleurs, trois membres de la famille du Premier ministre irakien Iyad Allaoui ont été enlevés à Bagdad par un groupe armé qui menace de les tuer si l’offensive contre Falloujah n’est pas stoppée. "Si tout se passe comme prévu, nous prendrons le contrôle total de la ville dans les 48 heures", a déclaré à l’AFP un officier américain se trouvant à Falloujah, le bastion sunnite pris d’assaut depuis lundi par les troupes américaines et irakiennes qui entendent la reprendre aux rebelles. Un porte-parole des forces américano-irakiennes a affirmé que des soldats irakiens avaient découvert à Falloujah des maisons où des otages étrangers ont été égorgés. Plus de 30 otages ont été assassinés en Irak depuis avril. Depuis le début de l’offensive, onze soldats américains et deux soldats irakiens ont été tués, selon un bilan de l’armée américaine. Un commandant américain a fait état de 20 rebelles tués. Les rebelles qui combattent à Falloujah se déplacent à l’aveugle, sans pouvoir communiquer entre eux, a affirmé le général américain John Sattler qui commande les forces sur place. La chaîne de télévision Al-Jazira a diffusé de son côté une vidéo dans laquelle un groupe armé affirme avoir capturé 20 membres de la Garde nationale irakienne à Falloujah. Les soldats américains et irakiens ont par ailleurs capturé 127 insurgés dans un hôpital de Falloujah au cours de leur assaut, a déclaré à Ankara le ministre irakien des Affaires provinciales Wael Abdellatif. Côté irakien, la principale organisation religieuse sunnite a annoncé qu’un membre du comité des oulémas irakiens, cheikh Abdel Wahab Ismaïl al-Janabi, avait été tué dans l’assaut contre Falloujah. L’offensive contre Falloujah semble être à l’origine de l’enlèvement du cousin du Premier ministre, ainsi que de son épouse et de leur belle-fille, à leur domicile à Bagdad. Un groupe armée jusqu’alors inconnu, le "Groupe des partisans du Jihad" (Jamaat Ansar al-Jihad) a revendiqué ces enlèvements sur un site internet, menaçant de tuer ses trois otages sous 48 heures si tous les détenus irakiens n’étaient pas libérés et si l’assaut contre Falloujah ne prenait pas fin. A l’étranger, la Syrie, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Farouk al-Chareh, s’est déclarée opposée au "pilonnage de Falloujah qui sème la mort et la destruction parmi les civils". De son côté l’Indonésie, premier pays musulman (sunnite) du monde, a estimé que l’offensive contre Falloujah ne servirait qu’à "s’aliéner" les sunnites et à "rendre plus complexe" le processus politique chancelant. A Londres, l’ancien ministre britannique des Relations avec le Parlement Robin Cook a jugé que l’attaque américaine sur Falloujah serait un succès tactique mais un échec stratégique car elle va accroître la résistance à l’occupation de l’Irak. M. Cook avait démissionné en mars 2003 en raison de son opposition à la guerre en Irak. Le reste de l’Irak n’a guère connu de répit. Un soldat américain et deux assaillants ont été tués mardi lorsque des rebelles ont attaqué un convoi américain qui a riposté, a affirmé mercredi l’armée américaine. Ce décès porte à 1.147 le nombre de militaires américains morts en Irak depuis l’invasion du pays en mars 2003, selon les chiffres du Pentagone. Au moins quatre personnes ont été tuées mercredi vers 19H00 (16H00 gmt) par l’explosion d’une voiture piégée près d’un barrage de la police dans un quartier est de Bagdad. Deux soldats britanniques du régiment des Black Watch, dont un pilote d’hélicoptère, ont été blessés dans deux incidents séparés, a annoncé à l’AFP un porte-parole du ministère britannique de la Défense. Cinq personnes ont été tuées à Mossoul (nord) alors que le governorat de la région a annoncé un couvre-feu dans cette ville sunnite à partir de 16H00 locales (13H00 GMT) jusqu’à nouvel ordre. Des affrontements ont éclaté mercredi après-midi à Baïji (200 km au nord de Bagdad) en dépit du couvre-feu imposé quelques heures plus tôt, après des violences qui ont fait depuis la veille onze morts et plus de 30 blessés, selon des sources hospitalière et policière. Le Premier ministre irakien a prolongé de 24 heures la fermeture de l’aéroport international de Bagdad, décidée lundi pour 48 heures dans le cadre des mesures d’urgence prises en raison de l’escalade de la violence. A Tokyo, le Premier ministre conservateur Junichiro Koizumi s’apprête à prolonger d’un an la mission historique des quelque 550 soldats japonais en Irak. Leur mission "non combattante" était censée prendre fin le 14 décembre. A Copenhague, le Premier ministre danois Anders Fog Rasmussen a affirmé que le Danemark maintiendrait ses troupes en Irak. Au total 500 soldats danois sont déployés dans la région de Bassorah (sud) sous commandement britannique. La Roumanie va envoyer 100 militaires supplémentaires en Irak pour participer à des missions de protection pendant les élections prévues en janvier, a indiqué le porte-parole du ministère de la Défense, Gelaledin Nezir. Le ministre irakien des Affaires étrangères Hoshyar Zebari a confirmé au Caire que les élections en Irak auraient lieu en janvier, comme prévu. Sur le plan diplomatique, le président irakien Ghazi al-Yaouar est attendu le 22 novembre à Paris pour une visite officielle de deux jours.
Agence France-Presse 10 - 11 - 2004

Iraq - 11 militaires américains, deux soldats irakiens tués à Falloudja
Les forces américaines et irakiennes ont pris pied dans "la moitié de Falloudja" et tiennent l’hôtel de ville de ce fief de l’insurrection sunnite, a annoncé mercredi l’armée américaine en déclarant la perte de onze soldats américains et de deux militaires irakiens. Mais, parallèlement à cette percée militaire, une organisation islamiste a revendiqué le rapt de trois membres de la famille du Premier ministre Iyad Allaoui en menaçant de les exécuter s’il n’arrêtait pas l’offensive et ne libérait pas les prisonniers irakiens. Ghazi Allaoui, cousin d’Iyad âgé de 75 ans, son épouse et sa belle-fille ont été enlevés mardi près de leur domicile à Bagdad, a dit un porte-parole d’Iyad Allaoui. "Si le gouvernement ne répond pas à nos exigences sous 48 heures, nous les décapiterons", menace le groupe Ansar al Djihad dans un communiqué daté de mercredi et publié sur un site internet utilisé par les islamistes. Le groupe somme Allaoui, "chef des agents irakiens" (des Etats-Unis), de mettre fin à l’offensive et de libérer les détenus. Dans un bref communiqué, les services d’Allaoui dénoncent "un nouvel acte criminel des terroristes (qui) n’entamera pas la détermination du gouvernement à combattre le terrorisme". Raids aériens, tirs de mitrailleuse, de mortier et de roquettes ont secoué la ville sunnite au cours d’affrontements intenses ponctués d’accalmies relatives, a rapporté un journaliste de Reuters présent sur place. L’offensive a pour but d’évincer de Falloudja les insurgés et les islamistes étrangers présumés afin de préparer le terrain aux élections nationales prévues fin janvier.
Vers un quadrillage du quartier de Djolan
Selon un communiqué de l’US Army, les forces américaines et irakiennes ont traversé "la moitié de la ville, y compris le quartier de Djolan, que l’on soupçonne d’être l’épicentre des activités insurrectionnelles dans la ville". Elles ont rencontré une résistance limitée de la part de "petites poches de combattants" en progressant dans la ville, précise l’armée. Les assaillants ont pris plusieurs mosquées, des ponts ainsi que des bâtiments militaires et autres, découvrant plusieurs caches d’armes et d’explosifs. Les troupes ont repris des bâtiments publics clés tels que les services municipaux, dit encore le communiqué militaire. "Des bastions renforcés par des insurgés dans la ville et ses environs ont été détruits, notamment des positions défensives insurrectionnelles à la périphérie de la ville." Selon des habitants, les troupes américaines contrôleraient environ 40% de Falloudja mais n’auraient pris qu’une partie de Djolan, quartier situé au nord-ouest de cette ville de 300.000 habitants aujourd’hui désertée par la population civile. Les insurgés s’étaient lontemps retranchés dans Djolan. En annonçant un peu plus tôt que les forces américaines et irakiennes avaient "atteint le coeur de Djolan", le commandant Clark Watson avait dit : "Nous nous sommes emparés d’un secteur de quatre km2, mais il est trop tôt pour affirmer que nous contrôlons (Djolan) car il y a toujours des poches de résistance." Des hélicoptères ont ensuite procédé à des tirs de missiles sur divers objectifs dans Djolan, puis des "marines" et des soldats irakiens sont retournés dans le quartier. "Il y a encore beaucoup de tireurs isolés dans Djolan", a déclaré à Reuters un soldat irakien de retour de ce secteur.
Onze américains tués
Le bilan de l’assaut lancé depuis lundi contre Falloudja s’établit dans le camp gouvernemental à onze morts côté américain et à deux tués dans les rangs de la nouvelle armée irakienne. Neuf soldats irakiens ont en outre été blessés ces dernières 24 heures. Le déluge de feu qui s’est abattu sur Falloudja a certainement fait des victimes civiles, mais aucun chiffre sûr n’a encore émergé à cet égard. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s’est dit "très préoccupé" par le sort des blessés à Falloudja. Un porte-parole du CICR a déclaré que des milliers de civils fuyant la ville avaient besoin d’eau, de soins médicaux et d’abris. Il a précisé que les réfugiés étaient en grande partie regroupés dans les villages d’Habbania, d’Amiria et de Saklaouia, où leur nombre total s’élève à 20.000 environ. "Il y a des milliers de personnes âgées, de femmes et d’enfants qui ont besoin d’aide", a dit le porte-parole. "Il faut qu’ils puissent rentrer chez eux dès que possible." Ailleurs en Irak, des tirs et des explosions ont retenti à Mossoul (nord), où les autorités ont décrété un couvre-feu et fermé des ponts pour empêcher les violences de s’étendre. Selon des témoins, des hommes armés avaient attaqué un convoi de véhicules 4x4 utilisés par des sociétés de sécurité étrangères. Le convoi s’est rendu à un poste de police de Mossoul, puis des tirs ont opposé des insurgés qui encerclaient le bâtiment à des soldats irakiens et américains. Cinq civils irakiens ont été tués et 20 autres blessés mardi soir lors de violents combats entre forces de sécurité irakiennes et insurgés à Baïdji, à 180 km au nord de Bagdad. Près de Baïdji, un camionneur turc a été tué mercredi par des insurgés qui ont brûlé son véhicule, a dit la police. C’est le quatrième chauffeur de camion turc tué cette semaine dans le secteur. Des hommes armés sont intervenus dans un quartier ouest de la capitale, Ghazalia, interrompant le trafic automobile et bloquant un pont. Des accrochages ont été signalés ensuite. Un Humvee américain a percuté un obstacle à Bagdad après que son conducteur eut été la cible d’un coup de feu. Le véhicule s’est renversé sur le côté et un porte-parole militaire a dit que l’on enquêtait sur l’incident. Au nord de la capitale, un soldat américain a été tué et un autre blessé par l’explosion d’une mine au passage de leur véhicule. Le Premier ministre irakien a par ailleurs prolongé mercredi de 24 heures la fermeture de l’aéroport international de Bagdad dans le cadre de l’état d’urgence imposé avant l’assaut contre Falloudja. "Le Premier ministre a décidé de prolonger de 24 heures supplémentaires la fermeture de l’aéroport international de Bagdad", déclare son porte-parole, Thaer al Nakib, dans un communiqué. "Comme précédemment, ceci ne s’applique qu’à l’aviation civile", ajoute-t-il. Allaoui avait annoncé lundi la fermeture pour 48 heures de l’aéroport de Bagdad.
Michael Georgy et Fadel al Badrani Reuters - Bagdad - 10 - 11 - 2004 |