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Tunis - TNA - Nabih Gouja est un génie précoce. Il a appris à lire et écrire à l’âge de quatre ans et a commis son premier éditorial le jour de son cinquième anniversaire ! Certes, le texte ne comportait qu’une seule phrase, mais cet exploit fût suffisant pour attirer l’attention des son talentueux père, le célèbre éditorialiste Moncef Gouja [1]. Le rejeton de ce dernier écrivit sans commettre la moindre faute d’orthographe : "La République de Demain, fruit du Changement du 7 Novembre, est une uvre grandiose digne d’entrer dans la légende millénaire de Carthage et de Kairouan."
Il faut rappeler que depuis qu’il avait appris à lire, Nabih lisait et relisait quotidiennement les éditoriaux de tous les grands journaux de Tunis. Un fait troublant l’avait toujours fasciné et intrigué : les éditoriaux émanaient de personnes disparates mais ils semblaient tous sortir du même moule. Le jour de son septième anniversaire, Nabih a dit à son père : "Je vais créer un logiciel d’écriture d’éditoriaux." Son père, qui ne lisait jamais les éditoriaux, même ceux qu’il avait lui-même écrit, a éclaté de rire puis a dit : "Seul un cerveau humain est capable de produire de telles perles stylistiques et linguistiques".
N’ayant pas les connaissances scientfiiques nécessaires pour réaliser son projet ambitieux, Nabih a dû attendre plus de dix ans pour se lancer dans la conception d’un "générateur d’éditoriaux". Il était encore à la recherche de l’algorithme de base lorsqu’il était tombé sur une dépêche de l’agence Reuters [2]. Cette info précieuse lui avait démontré qu’il était sur la bonne voie. L’agence rapportait qu’ "Un charabia incohérent entièrement créé par un ordinateur et présenté comme un travail universitaire par trois étudiants du MIT (Institut de technologie du Massachusetts) a été accepté pour une présentation lors d’une conférence scientifique." En fait, ce que Nabih voulait générer par ordinateur était plutôt un "charabia cohérent" tel qu’il avait été imaginé par un internaute anonyme (Astrubal) [3].
Le jour oû Nabih a présentée son chef-d’oeuvre à son père, ce dernier était on ne peut plus sceptique. Il a prié son fils de modérer son enthousiasme. Nabih s’est contenté de lui répondre : "Tu n’as qu’a l’essayer !". Moncef était dans l’embarras, mais il s’est dit qu’en fin de compte il n’avait rien à perdre. En plus, la manipulation de ce logiciel était un jeu d’enfants. Avant qu’il te redige l’éditorial, il te demande seulement d’entrer le leitmotiv. Par exemple : Fête de l’Indépendance, Changement du 7 Novembre, Fête de la Femme etc. Le logiciel se chargera du reste. Le célèbrissime éditorialiste d’Al-Hourrya (Liberté), qui devait soumettre à son journal un éditorial à l’occasion de la Fête du Travail, a choisi le mot-clef "Fête du 1er Mai". En moins d’une minute l’éditorial magistral était fin prêt ! Et quel éditorial ! Il était capable à lui-seul de faire taire les syndicalistes les plus volubiles jusqu’au 1er Mai 2006 !
Le programme informatique élaboré par cet enfant de la "La Génération Ben Ali" démontre que "les Tunisiens sont à l’avant-garde de la Société Mondiale de l’Information", selon un autre texte généré par ce "Goujiciel". "La classe ouvrière tunisienne, éclairée par les sages directives de l’Artisan du Changement, est fière de participer à l’élan productif de l’économie prospère de ce tigre d’Afrique à la pointe du progrès économique, social, culturel et virtuel." Ainsi parlait le logiciel de Gouja Junior. Mais Gouja Senior n’était qu’à 94,48% satisfait du résultat :
C’est quoi ce progrès virtuel ? a-t-il demandé, en interpellant son fils.
C’est un bogue, papa ! |