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LOME (Reuters) - Les Togolais ont voté dimanche à l’occasion d’une élection présidentielle à haut risque censée régler la délicate succession du général-président Gnassingbé Eyadéma, décédé le 5 février au terme d’un règne sans partage de 38 ans.
Le fils du président défunt, Faure Gnassinbgé, 39 ans, partait favori d’un scrutin dénoncé à l’avance par l’opposition dite radicale, qui redoute un nouveau "coup d’état électoral".
Le fils Eyédéma avait été porté par l’armée à la tête du pays au lendemain de la mort subite de son père mais devant les protestations de la rue et les pressions internationales, il avait dû reculer et démissionner fin février.
Dimanche, il se présentait sous les couleurs du Rassemblement du peuple togolais, l’ancien parti unique fondé par son père, qui est majoritaire au Parlement.
"La majorité des Togolais veulent le calme et avant tout la paix", a commenté Faure Gnassingbé après avoir voté dans une école proche de la caserne de Lomé où son père, un ancien sergent de la Coloniale, avait l’habitude de dormir.
Par la suite, il s’est dit confiant en sa victoire tout en affirmant ne pas vouloir rester longtemps aux commandes. "Aujourd’hui, je ne veux pas m’éterniser au pouvoir", a-t-il dit lors d’une conférence de presse au domicile privé de son père. "Je me suis engagé à former un gouvernement d’ouverture, avec les représentants de tous les partis politiques".
PARTICIPATION ELEVEE
"(...) Je suis convaincu que je vais gagner mais je respecterai le choix du peuple. (...) L’opposition a déjà dit que si elle ne gagnait pas, il y avait fraude. S’il parlent de fraude, c’est peut-être parce qu’ils savent qu’ils vont perdre", a-t-il ajouté.
De longues file d’attente étaient visibles dimanche matin devant les bureaux de vote de la capitale, tout particulièrement dans le quartier de Bé, bastion de l’opposition, où l’arrivée tardive des urnes a parfois retardé l’ouverture des opérations de vote.
Un certain énervement était perceptible dans quelques bureaux de vote à Bé, où des partisans de l’opposition ont affirmé ne pas avoir pu voter en raison de la l’absence de leurs noms sur les listes.
Selon le ministre de l’Intérieur par intérim, Katari Folly-Bazi, le taux de participation s’élevait à 51% à 13h00 locales (13h00 GMT). Les bureaux de vote doivent fermer à 18h00 heure de Paris .
Après une matinée calme et très pluvieuse, les esprits se sont quelque peu échauffés dans certains quartiers de l’opposition à la suite de rumeurs faisant état de bourrages d’urnes.
Dans le faubourg d’Aguia Komé, une voiture transportant selon de jeunes opposants des urnes falsifiées a été incendiée. "Ca suffit comme ca. On veut un changement. Si le RPT déclare le victoire, il va y a avoir des dégâts", a affirmé Théodore Téva, un chômeur de 27 ans, devant l’épave en flammes.
"C’est un gouvernement de voleurs !", s’est de son côté emporté Tony, un coiffeur, après avoir essuyé un refus à son bureau de vote. "Un dinosaure est tombé et nous ne voulons pas d’autres dinosaures", a commenté Christian Yenkey, un chirurgien de 49 ans, en faisant allusion au chef de l’Etat défunt et à son clan.
MINISTRE DE L’INTERIEUR LIMOGE
Une coalition formée par six partis d’opposition, qui présente un candidat commun face à Eyadéma Jr, Emmanuel Akitani-Bob, 74 ans, affirme pouvoir encore l’emporter malgré les accusations de fraudes formulées à l’encontre du RPT.
"Le peuple togolais veut à 90% le changement parce qu’il a subi pendant près de 40 ans un régime intolérable", a déclaré aux journalistes Akitani-Bob après avoir voté.
Les manifestations organisées depuis plusieurs semaines par l’opposition, qui réclamait un report du scrutin, et des affrontements sanglants à la machette entre partisans de formations rivales ont fait craindre une explosion de violence lors du scrutin, surtout si Faure Gnassingbé est déclaré vainqueur cette semaine.
Le président par intérim Abass Bonfoh, qui assure cette fonction en sa qualité de président de l’Assemblée nationale, a lancé un appel au calme, estimant que le scrutin devait avoir lieu pour éviter une vacance de pouvoir potentiellement dangereuse.
A deux jours du scrutin, le ministre de l’Intérieur, François Boko, un militaire chargé d’organiser l’élection, a été limogé pour avoir appelé à un report du scrutin sur lequel pèse, selon lui, la menace d’un bain de sang.
"Je crains qu’il n’y ait des fraudes, que le résultat soit truqué, que la force soit utilisée par les deux camps et que la rue l’emporte sur les institutions", avait-il déclaré samedi. |