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LOME (AFP) - samedi 09 avril 2005 - 7h34 - Le Togo est entré vendredi en campagne électorale pour désigner le 24 avril le successeur du président Gnassingbé Eyadéma, sur fond de polémique entre l’opposition et le parti au pouvoir sur la tenue du scrutin et de manifestations émaillée de heurts violents.
Quatre candidats sont en lice pour cette première élection de l’ère post-Eyadéma, décédé le 5 février après avoir dirigé ce petit pays d’Afrique de l’Ouest d’une poigne de fer pendant 38 ans.
Le scrutin devrait être dominé par l’affrontement entre Faure Gnassingbé, 39 ans, un des fils du président, représentant du Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir), le parti fondé par son père, et le candidat de l’opposition radicale, Emmanuel Akitani Bob, 74 ans. Les deux autres candidats sont l’homme d’affaires et président du Parti du renouveau et de la rédemption (PRR, opposition), Nicolas Lawson et qu’Harry Olympio, président du Rassemblement pour le soutien à la démocratie et au développement (RSDD, opposition modérée). Mais ces deux candidats ne semblent pas en mesure de pouvoir s’imposer face aux deux grands pôles dominants du RPT et de l’opposition radicale, une coalition de six partis dominée par l’Union des Forces du changement (UFC, de Gilchrist Olympio).
Le premier jour de la campagne a été endeuillé par la mort d’une personne tuée par balles par les forces de sécurité lors d’une manifestation de l’opposition, à Tabligbo (80 km au nord de Lomé), selon l’opposition. Huit autres personnes, dont un gendarme, ont été blessées et la résidence du préfet et le siège local du RPT ont été saccagés, selon les autorités. A Lomé, des gendarmes ont dispersé à coup de grenades lacrymogènes des milliers de manifestants qui réclamaient la délivrance de cartes d’électeurs, faisant plusieurs blessés, selon l’opposition.
Mercredi, des heurts avaient déjà éclaté alors que l’opposition et le RPT manifestaient dans la capitale. Les deux camps s’opposent sur la tenue du scrutin. L’opposition radicale réclame un report de l’élection, jugeant la date du 24 avril trop rapprochée, et a dénoncé des fraudes dans la révision des listes électorales et la distribution des cartes électorales. Les autorités, ainsi que le RPT, soutiennent que cette date doit être respectée en vertu de la Constitution. La révision des listes et la distribution des cartes d’électeurs se sont déroulées en "toute transparence", selon les autorités.
La campagne a démarré timidement vendredi, et seules des petites affiches de Faure Gnassingbé étaient visibles à Lomé. "Faure" va essayer de retrouver le fauteuil de la présidence qu’il avait brièvement occupé au décès de son père, après avoir été immédiatement désigné par l’armée pour assurer la succession du chef de l’Etat, décédé alors qu’il se rendait à l’étranger pour des soins. Mais son accession au pouvoir, avalisée par une modification expresse de la Constitution, avait suscité une levée de boucliers, et il avait dû se retirer sous la pression internationale, notamment celle de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). "Faure" était ministre des Mines dans le dernier gouvernement, et était le "grand argentier" et conseiller financier de son père.
M. Akitani Bob, numéro deux de l’UFC, avait été désigné par l’opposition radicale, après de longs débats, pour pallier à l’impossibilité pour M. Olympio de se présenter car il vit en exil. Déjà candidat à la présidentielle de juin 2003 contre le président Eyadéma pour cette même raison, M. Akitani, était alors arrivé en tête de l’opposition avec 33,68% des voix. Quatre autres candidats d’opposition avaient recueilli quelque 5% des suffrages. L’opposition togolaise est divisée, et sa composante modérée a contesté le choix de M. Akitani Bob.
Par ailleurs, l’ex Premier ministre togolais, Agbéyomé Kodjo, limogé le 27 juin 2002 par le président défunt Gnassingbé Eyadéma, a été arrêté vendredi dès son retour au Togo après près de trois ans d’exil en France. M. Kodjo avait déclaré soutenir le processus électoral, mais sans se prononcer en faveur d’un des quatre candidats à la présidentielle du 24 avril. Il était sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour détournement de fonds. |