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lundi 28 mars 2005, 14h52
LUANDA (AFP) - Le bilan de l’épidémie de fièvre hémorragique de Marburg, qui touche l’Angola, s’est encore aggravé avec un nouveau chiffre de 122 morts, après le décès d’un bébé dimanche soir à l’hôpital provincial de Uige (nord), a déclaré lundi le porte-parole du ministère de la Santé, Carlos Alberto.
La pire épidémie connue à ce jour de fièvre de Marburg, virus apparenté au redoutable Ebola, avait fait 123 morts en République démocratique du Congo (RDC), sur une période de deux ans, entre fin 1998 et fin 2000. M. Alberto a ajouté que le bébé mort dimanche à Uige (environ 300 km au nord de Luanda, province frontalière de la RDC) était une petite fille âgée de moins de deux ans, sans plus de précision.
"Ce bébé était l’enfant d’une jeune femme de 19 ans, qui est morte dimanche, et dont nous avions fait état. La maman est décédée le matin, l’enfant le soir du même jour", a-t-il déclaré. "Généralement, c’est comme ça que cela arrive là à Uige : ou ce sont les enfants qui meurent en premier et les parents qui ont été en contact avec eux suivent. Ou c’est l’inverse", a-t-il ajouté.
La maladie -qui se transmet par contact avec les fluides corporels d’une personne infectée et est apparue en Angola il y a moins de six mois, en octobre dernier- a touché à ses débuts 75% d’enfants de moins de cinq ans, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais l’épidémie s’est aggravée ces trois dernières semaines et se répand à présent parmi les adultes, en particulier les parents et le personnel médical. Une pédiatre italienne et un médecin vietnamien sont décédés cette semaine, ainsi qu’une technicienne de laboratoire et cinq infirmières en moins d’un mois.
Carlos Alberto a ajouté que "beaucoup des malades meurent à la porte de l’hôpital parce qu’ils vont d’abord chez les +kimbandeiros+ (guérisseurs traditionnels) et ne se rendent dans les hôpitaux que lorsque la maladie s’aggrave". "Par exemple, une infirmière qui est morte récemment à Uige, a d’abord été emmenée chez un +kimbandeiro+ et c’est seulement après l’aggravation de la maladie qu’elle a été amenée à l’hôpital où elle est morte", a-t-il ajouté.
Le directeur provincial de la Santé de Luanda, Vita Mvemba a pour sa part indiqué lundi que "la situation est stationaire dans la capitale". "D’ici peu, nous allons nous réunir pour évaluer la situation à Luanda. Nous enverrons une équipe à l’hopital militaire pour savoir l’état de la santé du Portugais interné là-bas dimanche pour le virus Marburg", a-t-il dit. M. Mvemba n’a pas été en mesure de donner des détails sur ce ressortissant portugais, ni de préciser ce qu’il faisait à Uige avant d’être hospitalisé dans la capitale.
Sept cas de Marburg ont jusqu’à présent été répertoriés à Luanda, dont deux morts, la pédiatre italienne et un adolescent de 15 ans, tous deux venus de Uige
Aucun cas de fièvre de Marburg n’a été signalé en République démocratique du Congo (RDC) mais la surveillance épidémiologique a été renforcée dans la région frontalière de l’Angola, a-t-on appris lundi auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
"Il n’y a pour le moment aucun cas de fièvre de Marburg recensé en RDC. Par précaution, un comité de crise a été installé à Matadi", chef-lieu du Bas-Congo (sud-ouest), frontalier de la province angolaise de Uige où sévit l’épidémie, a déclaré à l’AFP à Kinshasa le Dr Florent Ekwenzala, responsable de la surveillance épidémiologique à l’OMS en RDC.
Le comité de crise mis en place dimanche à Matadi regroupe les autorités administratives et sanitaires de la province du Bas-Congo, ainsi que des représentants de l’OMS et d’organisations spécialisées dans l’intervention médicale d’urgence, a-t-il précisé.
"L’objectif est de mettre en état d’alerte les autorités sanitaires et les hôpitaux de référence tout le long de la frontière avec l’Angola, pour contenir rapidement toute éventuelle propagation de l’épidémie en RDC", a expliqué le Dr Ekwenzala.
Le ministre de la Santé de RDC, Emile Bongeli Yekolo, est attendu ce lundi à Matadi, où il doit contrôler le dispositif mis en place.
"Outre la surveillance épidémiologique, ce dispositif préconise un renforcement des mesures d’hygiène en milieu hospitalier et une sensibilisation de la population pour que tout cas suspect soit immédiatement signalé", a précisé le Dr Ekwanzala.
"Nous savons qu’une femme enceinte venue de Uige est décédée samedi à Cabinda (enclave angolaise frontalière de la RDC et du Congo). Elle est forcément passée par la RDC et le risque d’une contamination existe", a-t-il ajouté.
Pour l’OMS, il est impossible d’empêcher les mouvements de population de part et d’autre de la frontière, mais la propagation de l’épidémie peut être évitée si les cas suspects "sont tout de suite isolés". |