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Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l’Homme
Tunis, le 12 octobre 2005
La LTDH exprime sa vive préoccupation face à la situation des prisonniers d’opinion et des prisonniers politiques dans les prisons tunisiennes en cette période.
La Ligue suit la situation du prisonnier d’opinion Ali Ramzi Bettibi qui a commencé une grève de la faim le 16 septembre pour exiger sa libération. Il avait déjà mené une grève de la faim de 20 jours du 15 août 2005 au 5 août 2005 [1] pour la même raison. Ce prisonnier a été arrêté le 15 mars 2005 et a été condamné à 4 ans d’emprisonnement par la Cour d’Appel de Tunis pour avoir supervisé un forum sur un Internet, critique à l’égard des régimes despotiques et dévoilant leurs méthodes, à la suite de la publication d’un communiqué relatif à l’invitation du criminel de guerre Ariel Sharon à se rendre en Tunisie. Les chaînes satellitaires et les agences de presse avaient relayé ce communiqué émanant du site Kalaa et Ali Ramzi Bettibi l’avait repris d’El Jazira. Il a déclaré à la Ligue qu’il avait été soumis à une torture sauvage au ministère de l’Intérieur en présence de responsables de la Sûreté.
La Ligue suit également la situation des prisonniers du mouvement En Nahdha dont la majorité sont enfermés depuis une quinzaine d’années dans des conditions pénibles et inhumaines à la suite de procès inéquitables ; ils ont alors été en butte à la torture et n’ont pas eu accès aux moyens de la défense tels que garantis par la Constitution tunisienne et les conventions internationales. Ils exigent leur libération, notamment : Mohammed Akrout, Hamadi Jebali, Abdelhamid Jelassi, Bouraoui Makhlouf, Hedi Ghali, Mohammed Salah Gsouma, Chedly Naccache, Zine El Abidine Snoussi, Mohammed Habib Ayachi, Mohammed Bouazza, Ajmi Lourimi, Mokdad Arbaoui, Ridha Boukadi, Abderraouf Tounakti, Maher Khalsi, Sahbi Atig, Sadok Arfaoui, Daniel Zarrouk, Nejib Gharbi et Ridha Saïdi.
La ligue suit également avec une profonde inquiétude la situation de dizaines de prisonniers déférés devant le tribunal de première instance de Tunis, en vertu de la loi antiterroriste. Récemment, nombre d’entre eux ont mené des grèves de la faim pour réclamer l’amélioration de leurs conditions de détention, pour disposer de lits et recevoir un traitement pour des maladies gastriques ou contagieuses comme la gale, pour que leur dignité soit respectée par les agents et les prisonniers proches de l’administration. La ligue a appris que certains d’entre eux avaient été torturés (falaka) par le directeur de la prison civile de Tunis, Faiçal Rommani et des agents pénitentiaires, après les avoir avertis qu’il détenait un pouvoir absolu sur eux.
La Ligue dénonce ces pratiques inhumaines, qui une fois avérées, relèvent du crime de torture et appelle les autorités à diligenter une enquête sérieuse et impartiale à ce sujet, à poursuivre ceux qui s’en seraient rendus coupables, et que soient prises les sanctions prescrites.
La LTDH rappelle au pouvoir la nécessité de libérer tous les prisonniers politiques et de promulguer une loi d’amnistie générale. Elle demande que priorité soit donnée à ce dossier qui constitue une atteinte grave et permanente à la dignité humaine et une violation des droits fondamentaux, ainsi qu’une infraction à la loi et aux conventions internationales ratifiées par l’Etat tunisien. Elle leur fait porter la responsabilité des conséquences qu’engendrerait le maintien de cet état de fait.
Pour le comité directeur
Le Président
Mokhtar Trifi
(Traduction ni revue ni corrigée par les auteurs de la version originale, LT) |