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Des dizaines d’oulémas, théologiens musulmans, de plusieurs pays sont rassemblés cette semaine aux Émirats pour réfuter les accusations selon lesquelles l’islam engendre le terrorisme et dénoncer les groupes radicaux qui déforment l’image de cette religion, notamment en Irak. Leur conférence de six jours, organisée par l’émirat d’Abou Dhabi, a rassemblé quelque 500 personnes, les femmes représentant plus du tiers des participants. Le chef du comité d’organisation a condamné ce qu’il a appelé le "groupe déviant", expression utilisée par les milieux officiels des pays du Golfe pour désigner les militants islamistes radicaux se réclamant du réseau terroriste Al-Qaïda, accusant ce groupe d’avoir "déformé l’image de l’islam (...) par ses destructions et ses tueries". "Il était impératif que les oulémas musulmans montrent que l’islam n’a rien à voir avec cela", a affirmé Hamdan al-Mazrouwei, sous-secrétaire d’État adjoint émirati pour les Affaires religieuses lors de la séance inaugurale de la conférence. En présence de deux religieux chrétiens, dont l’identité n’a pas été révélée, l’imam d’Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, cheikh Mohamed Sayed Tantaoui, a affirmé qu’"en tant que musulmans, nous sommes tenus de serrer la main à quiconque nous tend la main en signe de paix (...) qu’il s’agisse ou non d’un musulman". "Il n’y a pas de coercition dans la religion", a-t-il ajouté en citant le Coran. Et d’avertir que "forcer les gens à épouser notre religion ne créée pas de nouveaux bons musulmans, mais plutôt des hypocrites et des menteurs". Les oulémas prônant la modération ont été mis sur la défensive par les accusations émanant de pays occidentaux selon lesquelles l’islam nourrit l’extrémisme et le terrorisme. Ces accusations se sont intensifiées depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-unis, revendiqués par Al-Qaïda et perpétrés par 19 musulmans, dont 15 originaires d’Arabie saoudite. Les actuelles violences en Irak, où les décapitations d’otages au nom d’Allah par des groupes islamistes radicaux, vidéos à l’appui, se multiplient, ont encore accru ces accusations. Mais certains pays musulmans, comme l’Arabie saoudite, mènent leur propre guerre contre le terrorisme, incarné par des groupes radicaux qui considèrent les régimes locaux comme anti-islamiques. "Ce sont des personnes qui ont dévié par leur comportement. Elles font partie nominalement des adeptes (du prophète) Mohamed, mais elles ne suivent pas ses traces", a expliqué le ministre soudanais du Waqf (biens religieux), Issam Ahmed al-Béchir. "De nombreuses fatwas (décrets religieux) individuelles ont été émises, avec pour seul résultat de donner aux ennemis de l’islam des prétextes pour déformer sa véritable image", a ajouté M. Béchir, dont le pays figure sur la liste américaine des pays soutenant le terrorisme. "Quiconque lit deux versets du Coran se présente comme un imam (leader religieux) qui publie des fatwas", a-t-il poursuivi. "La nation (la communauté des musulmans) paie le prix de ces fatwas", a-t-il encore déclaré. Notant que les musulmans sont divisés sur différentes questions, il a estimé qu’avant de chercher le dialogue avec les autres religions, ils devraient "commencer par un dialogue interne". "Nous devons accepter la diversité des doctrines et des opinions", a ajouté le ministre soudanais, indiquant que les pays musulmans reconnaissaient l’urgence des réformes. "Nous croyons dans les réformes (...) mais cela repose sur notre conviction dans la nécessité des réformes et ne résulte pas de pressions internes ou externes", a-t-il poursuivi. D’autres participants ont repris ce thème. "Quand nous parlons d’une voie médiane de l’islam (...) et du respect de la dignité humaine indépendamment de la couleur ou de la race, nous agissons à partir d’une position de force et non par peur", a ainsi affirmé le ministre jordanien des Affaires religieuses et du Waqf, Ahmad Heleil.
Agence France-Presse 28 - 10 - 2004 |