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28-10-2004
Ahmed Cheniki - La conscience tragique des intellectuels arabes

Dernièrement, la romancière Ahlam Mostaghanemi que l’on n’a pas hésité à traîner dans la boue après la parution de son roman, « La mémoire du corps » (1), n’a pas hésité le moins du monde dans une émission d’Al-Jazira à réclamer la mise en place d’une police chargée de châtrer la littérature pour freiner toute parole et toute écriture différente.

Ce discours trop conformiste traverse les contrées de certains territoires et se situe du côté des espaces officiels qui, de tout temps, ont dangereusement mis à mort la pensée libre et les paysages littéraires et artistiques engendrant exils, morts subites et renoncements. Depuis longtemps, les lettrés arabes ont souffert de l’intolérance ambiante et des agressions continuelles les poussant parfois à de graves situations d’automutilation. Déjà, vivant, d’ailleurs comme leurs compatriotes, une sorte de schizophrénie avancée due à cette rencontre tragique avec un certain « Occident » trop arrogant, ils produisent un discours traversé par les lieux obligés de l’emprunt à l’Autre et les réminiscences d’un ancrage autochtone. Les choses sont dès lors biaisées dans un univers arabe où toute parole différente est suspectée de subversion. Ainsi, depuis trop longtemps, les intellectuels autonomes sont chassés, mis au ban de la société quand ils ne sont pas tout simplement liquidés.

Certes, les pouvoirs en place ont leurs scribes qui n’arrêtent pas de faire les éloges des chefs successifs. Ainsi, la censure marquait la culture de l’ordinaire. Toute parole différente était considérée comme subversive, à tel point que les journaux étrangers étaient souvent interdits d’entrée parce que considérés comme peu recommandables. Les gouvernements freinaient toute voix autonome. Des pièces étaient interdites, des livres édités à l’étranger n’étaient même pas en vente à Alger, au Caire, à Damas. En Arabie Saoudite, les intellectuels de ce pays subissent un enterrement de troisième classe, souvent avec l’assentiment d’un certain Occident et de lettrés arabes.

La pensée libre est souvent matraquée au nom de jugements moraux condamnant à la disparition toute littérature porteuse de renouveau. La peur côtoie l’impuissance. La presse a toujours connu des moments difficiles, même si commence à s’amorcer un dégel trop relatif. Toute velléité d’autonomie semblait bloquée. Ce qui avait condamné beaucoup de journalistes au silence ou au départ. Mais malgré cette dure situation, des plumes, quelque peu libres, arrivaient à s’exprimer alors que la grande partie des journalistes, souvent sans titres, se prenaient pour des militants politiques reproduisant à longueur de colonnes le discours politique officiel chantant d’improbables réalisations et délaissant royalement la fonction sacrée du journalisme : informer. Même au Caire où sévissait une presse trop marquée par sa trop grande proximité avec le pouvoir, des noms comme Ahmed Baha’Edine ou Hassanein Heykal n’arrivaient pas à faire la distinction entre leur fonction de journaliste et leur rôle trop peu innocent de conseiller du roi. Mais paradoxalement, des journalistes trop peu connus à Damas, au Caire à Tunis ou à Alger qui, même marginalisés, arrivaient à exercer leur métier avec tous les risques possibles. A Alger également, les choses étaient difficiles et le sont toujours pour des journalistes véritablement libres évoluant dans un environnement politique hostile et travaillant dans des entreprises de presse fonctionnant comme les épiceries du coin, privées d’une véritable culture journalistique. Dans ce climat délétère, existaient et existent encore quelques journalistes qui tentaient/tentent, malgré les ravages de l’autocensure, de parler autrement. Ce fut le cas de l’expérience algérienne de l’équipe de la page culturelle d’Echaab et de La République qui, grâce à un directeur sérieux et à quelques plumes talentueuses, réussit à confectionner un journal qu’attendaient chaque matin de trop nombreux lecteurs avant que la censure ne frappe durement la composante de la culturelle d’Echaab et du quotidien oranais.(2)

L’autocensure caractérisait le paysage. Des directeurs et des rédacteurs en chef, trop zélés, firent les frais de situations absurdes comme ce rédacteur en chef d’El Moudjahid, qui se fit suspendre parce qu’il avait laissé passer une image d’un « regard » où buvaient des jeunes à tel point que, par la suite, il censura même la météo qui prétendait qu’il faisait trop chaud le 5 octobre 1988. A Tunis et à Damas, la presse, trop médiocre, reproduit tout simplement le discours gouvernemental.

Encore une fois, des plumes courageuses, certes rares, ont toujours marqué le paysage culturel arabe. Malgré une féroce censure et des risques considérables, ils arrivent à produire un savoir autonome. Nous ne pouvons que citer les travaux de Hichem Djaït, Abdellah Laroui, El Jabiri, Arkoun, Berrada par exemple. La lecture de ces textes va au-delà du constat pour interroger les fondements de la culture arabe et les réalités souvent ambiguës de la rencontre avec l’Europe. Cette manière de voir, marquée par la formation des intellectuels du Maghreb et les relations continues entretenues avec les « élites » du Machreq, permet un regard plus libre, moins contraignant. La rencontre avec la France reste le point commun de la découverte de l’altérité. Certes, les conditions d’émergence des formes de représentation sont différentes, mais partent du même point. Ainsi, si les « élites » du Machreq, trop séduites et fascinées par la culture française et par la France (d’où d’ailleurs, ce sentiment francophile des élites moyen-orientales), les « lettrés » du Maghreb n’adoptèrent les représentations européennes que par nécessité et surtout, paradoxalement, après la rencontre avec les « intellectuels » du Machreq qui constituèrent ainsi un espace de légitimation.

Les intellectuels, tout en les marginalisant, on veut faire d’eux des soldats de quelque cause perdue d’avance. Héritage absurde d’une culture rurale qui confond Etat et individu. L’universitaire et l’ »intellectuel » (notion dont il reste à définir les contours) sont restés prisonniers d’un rapport maladif au pouvoir politique qui se conjugue tantôt à la répulsion, tantôt à l’attraction. Ce qui réduit sa marge de manoeuvre. Ce qui pose également la question, toujours d’actualité, de l’autonomie de l’intellectuel qui vit l’assujettissement ou la contestation comme illustration ou opposition au discours officiel et jouant en fin de compte sur le terrain du pouvoir politique qui fournit ainsi les éléments de la discussion et piège donc les différents locuteurs et oriente leurs discours. Les chercheurs en sciences sociales focalisent le plus souvent leurs analyses autour du fonctionnement des appareils, des enjeux idéologiques et des espaces politiques et occultent les mouvements sociaux et culturels. Ce n’est pas un hasard si les rares universitaires-chercheurs ne réussissent pas à cerner les différentes secousses qui agitent la société. Il y a également la question des références qui font du locuteur le producteur privilégié de la parole citée. On « plaque » souvent des grilles sans tenter de les interpréter et de les interroger alors que les sociétés fonctionnent de manière autonome et comportent un certain nombre de particularités. Les questions épistémologiques sont d’une actualité brûlante.

Les travaux de Hocine M’roua, de Tayeb Tzini, Samir Amin, Dowidar, Mahmoud Amin el Alem, Lacheraf, Hassan Hanafi, Laroui, Abed el Jabiri... donnent à voir une pensée libre qui évolue dans un milieu trop contraignant, condamnant le plus souvent ces hommes à se muer en voix trop vagabondes. Leur engagement les situe du côté de Sartre et de Bourdieu. Ainsi, souvent, ils travaillent à partir de réalités concrètes puisant leurs analyses de terrains et de territoires déterminés, contrairement à de très nombreux universitaires qui usent le plus souvent de généralisations et d’escapades « théoriques » plaquant des grilles et des outils « conceptuels » sur des sociétés trop peu connues.(3)

Ce qui caractérise justement les travaux de ces intellectuels, c’est leur plongée dans les espaces ontologiques et épistémologiques et leur désir constant d’interroger les lieux concrets de l’événement tout en n’évacuant pas les acquis de différents savoirs. Ouverts à toute entreprise d’investigation et d’interrogation du réel, ils allient leur savoir théorique à un certain engagement pratique. Ne cédant pas facilement aux appels confortables et trop compromettants des pouvoirs dominants ni aux schémas préétablis de batailles tracées d’avance, ils exercent une sorte de mise en questionnement continu d’événements apparemment évidents. Ainsi, la position de nombreux intellectuels arabes dans la question irakienne est justement travaillée par une grande méfiance du discours « occidental » et une lecture réaliste des faits à partir de paramètres historiques et stratégiques. Mais cela ne veut nullement dire que les grands intellectuels arabes, c’est-à-dire ceux qui ne fonctionnent pas comme les clercs des gouvernements en place, rejettent tout l’héritage culturel « occidental », mais entreprennent une introspection critique de ce « butin ».(4)

Les situations difficiles et trop contraignantes de censure et de répression n’empêchent pas quelques rares écrivains, des cinéastes, des dramaturges et des penseurs d’aborder des sujets trop tabous. Ces derniers temps, surtout avec les crises successives vécues par les Arabes, la parole se libère quelque peu et les gouvernements, sous la pression internationale, tentent de ménager quelques espaces de liberté. La contestation gronde dans toutes les sociétés arabes. Dans des pays comme la Mauritanie, la Tunisie, l’Arabie Saoudite, la Syrie ou Bahreïn, les choses commencent à changer, des intellectuels, longtemps enchaînés, s’expriment tout en s’exposant encore aux pires exactions.

Même les thèmes de la littérature, du théâtre et du cinéma prennent une tournure politique où le désenchantement et la critique des moeurs politiques ne sont pas absents. Dans des pays où l’expression est souvent bâillonnée, le théâtre peut également servir, dans certaines conditions, d’espace privilégié pour détourner la censure. Les problèmes de censure et de manque de liberté d’expression poussèrent de nombreux auteurs arabes à recourir à l’allusion et aux espaces métaphoriques et paraboliques. Quand les faits ne sont pas précis, ils « convoquent » des espaces spatio-temporels indéterminés. La mise en branle d’un espace et d’un temps mythiques prémunit parfois contre certaines désagréables surprises. Ainsi, pour dire un présent décevant et insupportable, il est fait allusion à des événements qui peuvent éventuellement susciter la réflexion du spectateur autour du présent. La « convocation » du passé sert à montrer un présent caractérisé par la corruption, l’opportunisme, la mauvaise gestion politique et la répression. La pièce, Soirée de gala à l’occasion du 5 juin (Haflat Samar min ajli khamsa houzairane) de Saadallah Wannous, interdite juste après sa sortie, critique sévèrement, à travers la représentation d’une pièce de théâtre sur le 5 juin les véritables responsables de cette catastrophe qui sont incarnés par les hommes du pouvoir qui n’agissent que par l’usage de l’arme de la répression contre leur peuple. El Massamir (Les clous) de Saadeddine Wahba mettait la lutte contre les Anglais en 1919, mais c’est surtout une acerbe critique contre les responsables égyptiens qui ne surent pas mener la guerre contre Israël. D’ailleurs, les autorités égyptiennes censurèrent cette pièce pendant une certaine période. Une autre question importante souvent liée au problème du pouvoir est abordée par certains dramaturges, romanciers et cinéastes. Il s’agit de la place de l’intellectuel dans la société et des relations, souvent conflictuelles, avec les dirigeants politiques. Le personnage d’El Hallaj inspira quelques auteurs arabes comme Salah Abdessabour, Azzedine Madani et Abdelkrim Berchid. Salah Abdessabour, usant d’un style poétique, inaugure sa pièce par la crucifixion de l’intellectuel sur un arbre et dévoile clairement les relations conflictuelles des dirigeants avec cet homme qui les dérange parce qu’il réfléchit autrement et se libère de sa solitude pour appeler à une sorte de résurrection sociale (Ma’sat el Hallaj ou tragédie d’El Hallaj).

C’est surtout vers les années soixante-dix que cette question de l’intellectuel fut sérieusement traitée d’autant que la défaite de juin 1967 laissa d’indélébiles traces dans le subconscient arabe. Conscience malheureuse. On commençait à s’interroger sur la responsabilité de l’intellectuel dans la situation actuelle. Un sentiment de culpabilité gagna de nombreux hommes de culture qui n’hésitèrent pas à aborder ce sujet comme s’il leur permettait en quelque sorte de se libérer d’un certain embastillement psychologique et social. Rida Qaysar de Ali Akla Arsane décrit le dilemme d’un écrivain romain, Plaute, qui n’arrive pas à se retrouver devant son désir d’exprimer les préoccupations du peuple et de satisfaire César, mais ses hésitations vont le mener à la prison et à la déchéance qui le pousse à trahir le peuple et à accepter de servir de faire-valoir du puissant du jour. Saadallah Wannous ne va pas par trente-six chemins en mettant en scène un directeur de théâtre qui ne fait que servir les dirigeants politiques sans se soucier de sa responsabilité sociale alors que l’écrivain, comme libéré par une sorte de prise de conscience subite, prend position pour le peuple et la vérité. Deux personnages antithétiques et antagoniques qui représentent deux types d’intellectuels possibles dans les sociétés arabes (Soirée de gala à l’occasion du 5 juin). Al Hallaj de Abdessabour se libère de sa solitude quand il se rend compte de la pauvreté et de la misère de son peuple. Il s’oppose ouvertement au pouvoir qui finit par l’assassiner. Mais il savait déjà que sa mort allait enfanter la vie. La parole est dangereuse, c’est pour cette raison qu’elle est combattue depuis des siècles par des régimes qui, s’ils n’arrivent pas à la dompter et à la corrompre, la condamnent au silence. La désillusion et le désenchantement, nés après les indépendances et la défaite de juin 1967 favorisent un discours, parfois nihiliste, lieu de déception et d’impuissance. Les personnages plongent dans le passé pour dire les trahisons présentes et les divers retournements historiques. Mohamed Maghout fait parler dans El Mouharej (Le clown) Abderrahmane Eddakhel qui effectue un voyage dans les pays arabes pour s’enquérir de la situation présente. Déjà, à chaque frontière, il est arrêté, puis, comble de la tragi-comédie, il est remis, après quelques négociations, aux autorités espagnoles comme un criminel contre quelques tonnes de matières alimentaires. Mohamed Dib, Sonallah Ibrahim, Mourad Bourboune, Jamal el Ghittani, Salah Abou Seif, Zakaria Tamer... montrent dans leurs oeuvres ce présent arabe décevant.

Qu’est-ce qui pousse Ahlam Mostaghanemi à vouloir s’ériger en police des moeurs de la littérature et de la pensée ?

1. On a tout simplement accusé cette romancière de se faire écrire son texte par Saadi Youssef qui s’est d’ailleurs empressé de démentir cette information.

2. Si la presse vivait une situation angoissante, le monde de l’édition et de l’art connaissait les mêmes réalités. Ainsi, de nombreux écrivains ont été obligés de quitter le pays pour fuir la censure. D’ailleurs, de nombreux auteurs algériens censurés ne pouvaient pas entrer dans le pays. Les livres édités à l’étranger étaient interdits de vente. La SNED veillait au grain. Certes, Tahar Djaout et Mimouni publièrent leurs premiers romans dans cette maison mais finirent par la quitter. Le livre de Mimouni « Le Fleuve détourné » avait été refusé par la SNED avant de connaître un extraordinaire succès de librairie, une fois édité en France chez Laffont. Beaucoup d’écrivains ont été obligés d’éditer leurs oeuvres à l’étranger. Des ouvrages furent carrément censurés comme le recueil de poésie (en arabe) de Abdelali Rezagui, « Pérégrinations d’un homme nommé Abdelali ». Un journaliste d’Algérie-Actualité est allé jusqu’à réclamer l’interdiction d’un ouvrage du poète en langue arabe, Mostafa Ghomari, parce qu’il ne correspondait pas, selon lui, à la charte nationale. « Babor Eghraq » de Benaïssa est censuré comme d’ailleurs « Antigone » de Sophocle parce qu’elle pose le problème du pouvoir. Quand Allouache avait tourné « Les Aventures d’un héros », Rédha Malek lui aurait demandé s’il pouvait enlever le cigare (que fumait le héros) parce qu’il faisait penser à Boumédiène. Même un ouvrage de Mohamed-Salah Yahiaoui, « El Massira » (La marche) fut carrément censuré après avoir été écarté de la responsabilité du FLN, lors du fameux congrès extraordinaire de ce parti. Des listes noires d’écrivains algériens interdits de média et d’édition circulaient depuis les années 70. Y figuraient Boudjedra, Bourboune, Kateb Yacine, Bennabi...

3. De très nombreux universitaires arabes lisent une réalité concrète à partir de grilles extérieures, confectionnent des études souvent peu marquées par l’expérience concrète et proposent des éclairages atrophiés. Mais le problème qui se pose également, c’est celui de la formation de nos chercheurs en lettres et en sciences sociales qui reproduisent souvent les « thèses » de leurs « patrons » (directeurs de recherche) sans les soumettre à un examen critique et à la réalité du terrain. Cette manière de faire pousse d’ailleurs beaucoup d’universitaires à produire des exposés en restant prisonniers d’outils « conceptuels » proposés par des chercheurs étrangers sans s’interroger sur la viabilité de ces « grilles » appliquées à une réalité différente. Aussi, avons-nous beaucoup plus affaire à des exposés généraux qu’à des travaux pointus, ciblés, marqués par le terrain. Les travaux sur le mouvement social sont trop peu nombreux comme si la société algérienne se réduisait à un assemblage d’appareils. C’est ainsi qu’il est souvent donné à voir par des chercheurs algériens une réalité « disjonctée », éloignée des véritables préoccupations du terrain. Sans être fermé aux travaux des autres, le chercheur est appelé à apporter sa propre lecture en confectionnant sa méthode, qu’il ne faut pas confondre avec méthodologie (« partie de la logique qui étudie a posteriori les méthodes des différentes sciences et leurs types de connaissances ») à partir des réalités concrètes. Ce n’est qu’ainsi que nous aurons des lectures quelque peu sérieuses, sans tomber dans le piège de l’extrapolation idéologique et des généralisations abusives, ni dans l’embastillement dans des grilles et des démarches à plaquer pouvant s’avérer non opératoires et peu pertinentes.

4. On ne sait pourquoi des universitaires algériens excluent tout apport étranger pouvant amener une sérieuse contribution au développement de l’université algérienne encore trop pauvre et ayant beaucoup à gagner des contacts avec des universitaires étrangers devant, bien entendu, avoir de sérieuses références. Cette position frileuse est inexplicable. Ces derniers temps, de nombreuses universités ont connu de sérieux problèmes : rentrée retardée, manque d’enseignants de rang magistral, de très nombreux cas de plagiat restés tragiquement sans sanction, encadrement de mémoires de magister ou de doctorat souvent inadéquat, publications trop peu performantes, cours souvent non actualisés. La dimension intellectuelle semble dramatiquement absente. Cet apport étranger n’exclut pas le recrutement des titulaires du magister. Il faut signaler que de nombreux étudiants de magister et des doctorants aimeraient bien être dirigés par des professeurs étrangers de haut rang. C’est une réalité. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas un certain nombre de compétences algériennes. Les deux entités (algérienne et étrangère) pourraient être complémentaires. Mais il faut savoir qu’à l’université, on continue à attribuer des bourses de « recyclage » pour les enseignants de rang magistral (maîtres de conférences et professeurs) qui, théoriquement, bénéficient de ces allocations pour se « recycler » à l’étranger, reconnaissant implicitement l’importance de l’apport de professeurs étrangers de qualité à l’enseignement supérieur algérien.

Ahmed Cheniki
Le Quotidien d’Oran
28 - 10 - 2004

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