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 Les peuples du Moyen-Orient, à l’exception des Israéliens et de certains Iraniens, réagissaient mercredi avec une déception résignée aux résultats du scrutin présidentiel américain, qui laissent prévoir un nouveau mandat de quatre ans pour George Bush. D’aucuns se consolaient en disant avoir placé peu d’espoir dans le démocrate John Kerry, qui a critiqué la conduite de l’occupation de l’Irak sans pour autant annoncer les initiatives qu’attendent les Arabes dans le conflit israélo-palestinien. Beaucoup, enfin, exprimaient la crainte qu’un second mandat de Bush n’entraîne un surcroît de tensions et d’effusions de sang au Moyen-Orient. Pour quelques-uns, le maintien de Bush est préférable parce qu’il connaît désormais la région et aura le temps d’y adapter en partie sa politique, voire en raison de ses pressions en faveur de réformes politiques dans le monde arabe. "Ce n’est pas une bonne nouvelle pour le Moyen-Orient. Bush pourrait y voir le signe que sa politique étrangère dans la région est un succès et qu’il peut durcir ses positions. Il y aura d’autres tueries, d’autres effusions de sang", estime Djassim Ali, analyste du Bahreïn. "Quatre ans de plus, cela signifie qu’il se montrera implacable dans la lutte contre le prétendu terrorisme. D’autres innocents deviendront des victimes. S’il ne s’entoure pas de gens plus sobres, je ne sais pas ce qui se passera", renchérit Khaled Maïna, rédacteur en chef du journal saoudien Arab News. "Tous les Saoudiens que j’ai rencontrés sont déçus. Nous avons parlé à plus de trente personnes. Elles sont déçues que Bush ait remporté la victoire", ajoute Maïna. Le premier commentaire officiel est venu du Yémen, qui coopère avec Washington contre les extrémistes islamiques malgré ses réserves au sujet de la politique globale des États-unis.
"Meilleure connaissance de la région"
Le Yémen continuera de coopérer "quel que soit le vainqueur", a déclaré à Reuters le ministre yéménite des Affaires étrangères Aboubakr al Kirbi. Il a cependant ajouté : "Après le 11 septembre, il y a eu malheureusement eu violation des droits des Arabes et des musulmans en Amérique, et Washington n’a rien fait devant le sang qui coule dans les territoires palestiniens, ce qui a suscité de la colère à l’égard de l’administration Bush, en plus de la guerre d’Irak qui s’est révélée totalement injustifiée." Que le pouvoir soit assumé par les républicains ou les démocrates, tous "chercheront à renforcer l’hégémonie américaine militairement et économiquement", estime Kirbi. L’administration Bush s’est aliéné de nombreux Arabes par son invasion de l’Irak et sa négligence du problème palestinien. Sa campagne pour les réformes et la démocratie au Moyen-Orient a elle-même été mal reçue parce qu’on y voit un moyen d’imposer les intérêts américains dans la région. Des sentiments favorables à Bush s’expriment en Israël, le plus proche allié régional de Washington, et paradoxalement aussi en Iran malgré un quart de siècle de tensions bilatérales. Pour Silvan Shalom, chef de la diplomatie israélienne, "il ne fait aucun doute qu’il existe de solides affinités (entre Bush et Ariel Sharon) et que le président Bush a fait preuve de beaucoup d’amitié. C’est une chose qu’on ne peut pas lui dénier : sa position aux côtés d’Israël a été très claire". "Mais pour ce qui est du président Bush et du candidat Kerry, il n’y a pas de différence majeure concernant leur chaleureux soutien à Israël", a ajouté Shalom. Mohamed Ali Abtahi, conseiller du président iranien Mohamed Khatami, a jugé une victoire de Bush préférable à celle de son adversaire malgré ses choix politiques "erronés". "Du fait des erreurs qu’il a commises au Moyen-Orient, il a une meilleure connaissance de la région que Kerry, qui aurait besoin de temps et d’argent pour parvenir aux conclusions de Bush", a déclaré Abtahi.
Inquiétude palestinienne
Dans une interview au quotidien italien La Repubblica, le Premier ministre irakien Iyad Allaoui déclare : "Le vainqueur, quel qu’il soit, sera notre ami. Les États-unis nous ont libérés d’un dictateur, d’une longue période de guerre et de souffrances. Nous serons toujours reconnaissants à l’Amérique de ce qu’elle a fait et continue de faire." En France, où est hospitalisé Yasser Arafat, la représentante de l’Autorité palestinienne Leila Shahid a déclaré qu’une éventuelle réélection de Bush l’inquiétait. "Je suis inquiète parce que le président Bush est depuis quatre ans le responsable de l’administration américaine qui a mené plus une politique de guerre qu’une politique de paix, qui a décidé de mettre le processus de paix un peu dans un congélateur depuis quatre ans", a-t-elle dit sur LCI. "Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de différence entre le candidat Bush et le candidat Kerry sur les questions du Proche-Orient, mais (...) il n’y a pas dans le discours de Kerry le même unilatéralisme qu’il y a dans le discours des conseillers néo-conservateurs du président Bush, il n’y a pas l’appel au clash des civilisations", a-t-elle ajouté. Selon Shahid, Arafat souhaiterait en tout état de cause un changement de la politique américaine.
Jonathan Wright Reuters - Le Caire 03 - 11 - 2004 |