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En France, il n’existe que trois cimetières musulmans à part entière et quelque 70 carrés confessionnels inclus dans les cimetières communaux alors que les besoins sont immenses, selon une étude menée par des chercheurs spécialistes de l’islam. Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman (CFCM), estime qu’à peine 10% des besoins en matière de cimetières musulmans sont satisfaits. "Un millier d’agglomérations ont un besoin urgent de cimetières musulmans’, a-t-il indiqué à l’AFP. En France, le principe de neutralité confessionnelle des cimetières communaux est inscrit dans la loi et les maires, seuls à détenir l’autorité en matière de funérailles, ont la possibilité de regrouper les sépultures des défunts de même confession (dans des "carrés") sans en avoir l’obligation. Dans une étude menée pour l’association des amis de la médina - association d’études sur l’immigration - et financée par le FASILD (Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations), plusieurs chercheurs dressent un état des lieux. Il n’existe que trois cimetières musulmans à part entière : deux établis sur l’île de la Réunion et celui de Bobigny, dans la région parisienne, ouvert en 1937 avec un statut dérogatoire. Mais il y a 70 carrés réservés aux musulmans dans différents cimetières. L’Île-de-France en regroupe le plus grand nombre (23) et le plus important se situe à Thiais (banlieue sud de Paris). Le Nord Pas-de-Calais compte une quinzaine de carrés tandis que, souligne le rapport, la Basse-Normandie est la région qui a ouvert récemment le plus grand nombre de places. La Moselle se signale par une absence totale de carré et les enquêteurs rapportent que le maire de Toul (Meurthe-et-Moselle) n’a pas voulu "médiatiser" l’octroi d’un carré musulman "de peur de la réaction de la population". Ce qui caractérise le carré musulman par rapport au reste du cimetière, souligne l’un des auteurs de l’enquête, Hakim el Ghissassi, "c’est l’orientation des tombes vers La Mecque". Le premier cimetière musulman de France est le "carré" du cimetière parisien du Père-Lachaise, crée pendant la période haussmanienne à la demande du sultan ottoman désireux de faire inhumer selon les préceptes de l’islam les musulmans résidant ou de passage en France. Le besoin de lieux de sépultures est criant compte-tenu de la population musulmane, souligne M. el Ghissassi. En l’absence de recensement officiel sur l’appartenance religieuse, les musulmans de France sont généralement estimés à quatre ou cinq millions. Les comités régionaux du culte musulman nouvellement installés ont été chargés de recenser exactement les besoins mais ne sont pour l’instant pas en mesure de livrer des estimations. En attendant une extension de ces "carrés", les familles sont encore trop souvent obligées de faire rapatrier à grands frais les dépouilles des défunts dans leurs pays d’origine, regrette Dalil Boubakeur. "Le lieu de sépulture, soulignent les auteurs du rapport, est une des clefs pour l’intégration des immigrés d’origine maghrébine à la société française".
Agence France-Presse 30 - 10 - 2004 |