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Le fils aîné de l’ancien président, Jean-Christophe Mitterrand, sera jugé mardi devant le tribunal correctionnel de Paris pour "fraude fiscale". Dépressif, Jean-Christophe Mitterrand n’était pas venu au tribunal lors d’une première audience le 15 septembre, demandant à ses avocats de plaider en son absence. Le tribunal, qui a refusé cette possibilité, a renvoyé l’audience et lui a ordonné d’être présent cette fois-ci. Il lui est reproché de n’avoir pas déclaré au fisc 1,25 million d’euros en 1998 et 1999, ce qui représente un impôt non payé d’environ 630.000 euros hors pénalités. Outre le remboursement des sommes, il encourt jusqu’à cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende. Les poursuites ont été déclenchées par la mise en examen de Jean-Christophe Mitterrand en décembre 2000 pour "complicité de commerce illicite d’armes, trafic d’influence et recel d’abus de biens sociaux" dans l’enquête sur des ventes d’armes en Angola. Le juge d’instruction Philippe Courroye a découvert que deux millions d’euros avaient été versés à Jean-Christophe Mitterrand dans les années 1990 en Suisse par Pierre Falcone, maître d’oeuvre présumé de ces ventes d’armes. Pour la fraude fiscale, les avocats de Jean-Christophe Mitterrand plaideront la relaxe en expliquant qu’entre 1996 et 2000, leur client ne résidait pas en France mais en Mauritanie, où il possédait une société de pêche. Il estime donc qu’il n’avait aucune obligation vis-à-vis du fisc français. Jean-Christophe Mitterrand, brièvement écroué fin 2000 dans l’affaire angolaise et remis en liberté en échange d’une caution de 762.000 euros, clame son innocence dans le dossier Falcone. Ancien journaliste de l’Agence France Presse (AFP) en poste en Afrique de l’Ouest dans les années 1970, Jean-Christophe Mitterrand a été conseiller de son père à l’Elysée pour l’Afrique de 1986 à 1992, ce qui lui a valu le surnom de "Papamadi" sur le continent. Ses ennuis judiciaires l’auraient plongé dans une profonde dépression, selon ses proches. Il a été hospitalisé à Paris à la mi-octobre et sa mère a récemment vendu aux enchères peu après les meubles familiaux, dans le but supposé de faire face aux échéances financières de la famille.
Reuters - Paris 01 - 11 - 2004
De l’Élysée à la prison de La Santé
Il a d’abord pris du poids. Beaucoup de poids. Puis il s’est laissé pousser la barbe.
Et les cheveux. Ces derniers mois, le fils aîné des Mitterrand, traînant rue de Bièvres sa longue démarche chaloupée, avait davantage des allures de vieux pirate égaré cherchant l’île de la Tortue que de fils distingué d’un ancien président de la République. « Je n’en peux plus, je veux pouvoir travailler, aller à l’étranger, en Afrique. A mon âge, j’en ai assez de devoir vivre chez ma mère. » « Papa m’a dit » s’époumone dans le vide. « Il a tout tenté, assure l’un de ses proches, et d’abord la contre-attaque judiciaire. Mais rien n’a marché. Il a glissé dans la déprime. » Pour Jean-Christophe Mitterrand, la longue descente aux enfers échoue à l’hôpital. La grande époque de l’Elysée. Si son père n’avait jamais été élu président, son fils aîné serait peut-être toujours journaliste de l’Agence France Presse, naviguant de poste en poste en Afrique. Mais dans la foulée de la vague rose, Jean-Christophe, l’enfant chéri de sa mère, se retrouve à l’Elysée, d’abord comme adjoint de Guy Penne, le Monsieur Afrique, ensuite comme « conseiller » du président aux affaires africaines. Il y restera neuf ans. « Il vivait comme un pacha, adorait cette vie facile dans les capitales africaines », se souvient un ancien cadre d’Elf qui l’a souvent croisé sur le continent noir. Jean-Christophe y gagne un surnom « Papa m’a dit » et surtout une mauvaise réputation d’enfant gâté de la République. « Il adorait les parties de pêche au gros », se souvient l’ancien cadre d’Elf. La rumeur lui prête déjà mille turpitudes. Son père les couvre toutes. Quand viendront l’affaire Elf et les premières enquêtes judiciaires sur la France et l’Afrique, le prénom de Jean-Christophe sera cité une première fois dans nos colonnes (16 juin 1988) et sa cagnotte suisse démasquée. Mais à l’époque, la justice parisienne ne bouge pas. L’arrestation. C’est une autre affaire qui va provoquer sa chute. En enquêtant sur la société de Pierre Falcone, soupçonnée de trafic d’armes avec l’Angola, le juge Courroye déniche chez une secrétaire, cachées sous l’escalier, des disquettes informatiques. Bingo. Elles contiennent les noms de ceux qui auraient touché des fonds occultes. Parmi eux, le romancier Paul-Loup Sulitzer, des proches de Charles Pasqua, Jacques Attali, l’ancien sherpa de Mitterrand, et son fils Jean-Christophe. Le juge Courroye redécouvre le compte suisse, la cagnotte de 2 millions de dollars, non déclarée au fisc, et établit que le fils aîné de l’ancien président touchait les Assedic en France... Mauvais genre. Noël 2000, Jean-Christophe le passe à la Santé. Sa mère Danielle rameute les amis de la famille à la recherche des 5 MF de la « rançon » comme elle appelle la caution, pour sortir son fils de prison. Jean-Christophe y commence un livre sur sa vérité de l’affaire. « Finalement, il s’est fait son nom sur cette histoire, admet un de ses proches, et au départ cela a même paru l’aider. Son livre lui a même permis de régler quelques comptes post mortem avec son père. » Pour la première fois, il évoque Mazarine. Posant pour tous les magazines, il est encore long et mince. Et son livre sur ce « clan » des Mitterrand passionne les Français. La contre-attaque. Gonflé à bloc, le fils aîné va d’abord s’avérer un redoutable combattant. Alors qu’il n’est finalement qu’un des nombreux mis en examen de l’affaire Falcone, il est celui qui décide le premier d’engager un bras de fer direct avec le juge Courroye. D’autres, comme Jacques Attali, ou même Sulitzer dans ce dossier, ne cherchent qu’à se faire oublier. Lui, il cogne. Offensif, il prend comme avocat M e Jean-Pierre Versini Campinchi, un des rares « mangeurs de juge » du barreau de Paris, toujours prêt à en découdre. Ses deux auditions, en juillet 2001 et septembre 2002, sont des face-à-face glacials avec le « juge qui sue la haine ». Remettant un dossier complet au juge, Jean-Christophe Mitterrand affirme que l’argent de Falcone rémunérait de véritables « conseils » et que l’argent était destiné à monter une usine de pêche en Mauritanie. Offensif, Me Versini dépose deux demandes de non-lieu. Rejetées. A quatre reprises, il réclame une demande de levée du contrôle judiciaire, permettant à Jean-Christophe Mitterrand d’obtenir son passeport pour une période donnée. Rejetées. Il dépose enfin une demande de règlement du dossier judiciaire pour un jugement rapide devant le tribunal. Rejetée encore. Jean-Christophe Mitterrand, discrètement, ira même déposer un courrier à l’Élysée, à faire porter... à Jacques Chirac. Les coups dans l’eau succèdent aux coups dans l’eau. La chute. Au printemps dernier, nouvelle tuile. Première trahison. Son ancien associé mauritanien va raconter au juge Courroye que l’usine de poisson cachait d’autres détournements de fonds. Une deuxième enquête, ouverte pour blanchiment, est confiée au juge Courroye. A ce jour, Jean-Christophe Mitterrand, après une perquisition rue de Bièvres, n’a été entendu que comme simple témoin dans ce second dossier. Et à ce jour, aucune perspective de règlement. « L’angoisse naît de l’incertitude, admet son avocat. Je ne sais pas combien de temps tout cela va durer, des mois, des années peut-être... »
L. V. - Le Parisien Mardi 19 octobre 2004 |