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Les ministres européens discutent la proposition de créer des camps de demandeurs d’asile hors de l’UE
L’été 2004 fut particulièrement meurtrier sur les côtes de la méditerranée. D’innombrables clandestins africains tentant la traversée du désespoir. Des naufrages, des drames. Véritable "porte d’entrée" du continent européen, l’Italie est en première ligne et est bien décidée à réagir. En 2004, plus de 9.000 immigrés clandestins ont été constatés sur les côtes de la péninsule. Résultat : le ministre de l’intérieur italien Giuseppe Pisanu, en compagnie de son homologue allemand Otto Schily, a relancé le projet de créer des camps pour demandeurs d’asile en Afrique du Nord. Réunis de mercredi à vendredi à La Haye (Pays-Bas) pour un conseil informel, les ministres européens de la justice et de l’intérieur se pencheront sur une proposition pour le moins controversée.
Pression de la France
L’idée de créer de tels camps hors des frontières de l’Union n’est pas neuve. La proposition avait été lancée en 2003 par le ministre britannique de l’intérieur David Blunkett. La proposition britannique allait jusqu’à prévoir la possibilité de déporter les demandeurs d’asile vers ces camps. A l’époque, sous la pression notamment de la France et de la Suède accusant la proposition d’enfreindre le droit international, l’idée avait été abandonnée. Seulement voilà : un an plus tard, l’Allemagne et l’Italie ont eu le soin de retoucher légèrement le concept, si bien que des pays comme l’Espagne et les Pays-Bas notamment y seraient favorables. La proposition débattue cette semaine semblerait en effet davantage destinée à empêcher les clandestins de quitter le sol africain avant que leur dossier n’ait été examiné.
Trafic d’êtres humains
Aujourd’hui, la France déclare "devoir encore être convaincue", une formule diplomatique pour faire savoir que Paris ne bloquera pas la proposition. Ainsi, l’issue la plus probable de ce conseil des ministres serait une coopération entre quelques pays de l’Union seulement, avec l’approbation des autres. Quant aux pays qui accueilleront les camps, on parle surtout de la Libye, mais aussi de la Tunisie, de l’Égypte et de l’Ukraine. Du côté des organisations de défense des droits de l’homme, les critiques fusent. Amnesty International s’est dit "particulièrement préoccupée par les récentes initiatives de certains pays membres qui consistent à mettre en place des partenariats avec des pays tiers, tels que la Libye, présentant de piètres bilans en matière de droits humains". Et de rappeler l’Union européenne à ses "obligations (...) en matière de protection des réfugiés". De même, des observateurs craignent que ces camps deviennent des plaques tournantes pour le trafic d’êtres humains.
© Tiscali 29 septembre 2004 |