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Un imam marocain a échappé de peu à la mort, dans la nuit de vendredi à samedi, à Sartène, où des inconnus ont tiré plusieurs coups de feu sur la porte de sa maison servant aussi de lieu de culte. Vers 02h30, "j’ai entendu quelqu’un qui frappait très fort à la porte, j’étais couché. Je suis allé vers la porte, ils criaient +les Arabes dehors+. C’était la voix de quelqu’un de jeune", déclare à l’AFP Mohamed El Atrache, encore très choqué. "Et ils ont tiré ! Je me suis plaqué contre le mur et je les ai entendus partir tout de suite après", poursuit l’imam, âgé de 53 ans. Sur l’épaisse porte de bois du lieu de culte, situé en contrebas de la rue principale de Sartène, dix impacts de balles sont visibles. Tous à hauteur de tête et de poitrine. Dans le couloir qui mène à deux salles de prière, une porte vitrée est trouée en deux endroits, et l’un des projectiles de 9mm tirés par les inconnus s’est fiché dans le mur de la cuisine, à une dizaine de mètres de là. Le procureur de la République d’Ajaccio, José Thorel, qui estime que la victime aurait été "criblée de balles" sans ses réflexes, a saisi les gendarmes d’une "enquête de flagrance pour tentative d’assassinat". En haut d’une volée de marches menant à la route, une croix gammée et l’inscription "Arabi Fora" ("les Arabes dehors", en langue corse) peinte sur le goudron a été recouverte de sable. Parmi la dizaine d’habitués de l’"Association culturelle musulmane de Sartène" venus soutenir l’imam, l’émotion est vive. "Il y a un an, la même porte avait été arrosée d’essence et incendiée. Une enquête a été ouverte mais elle n’a jamais abouti", rappelle l’un d’entre eux, qui souhaite garder l’anonymat. "Ici, le problème, c’est qu’on n’a pas d’ennemi en face pour tenter de s’expliquer avec eux (...) Nos gosses sont nés ici, on est intégrés et on n’a pas de problème avec les gens d’ici", déclare un autre. "Je n’ai jamais eu de menaces, confirme M. El Atrache, je suis ici depuis douze ans, c’est la première fois que ça arrive, maintenant j’ai peur". "Mais je ne crois pas qu’ils étaient venus ici avec l’intention de me tuer. C’est un peu comme à Bastia, Ajaccio ou ailleurs, des jeunes qui n’ont rien à faire", estime-t-il. Le préfet de Corse, Pierre-René Lemas, a condamné l’"attentat" et indiqué que le ministre de l’Intérieur, Dominique de Villepin, "a confirmé ses instructions de fermeté à l’égard de tous actes xénophobes ou racistes." Depuis une dizaine de jours, 21 interpellations ont été effectuées dans le cadre d’enquêtes sur des actes de violence à caractère raciste, donnant lieu à 14 mises en examen à Paris parmi des jeunes soupçonnés d’appartenir au groupuscule armé Clandestini Corsi, qui a revendiqué sept attentats anti-Maghrébins en Corse. L’île a connu depuis plus d’un an une recrudescence de ces actes, qui vise quasi-exclusivement la communauté maghrébine. "C’est dommage, parce que c’est toujours une infime minorité qui fait ça et ce sont tous les Corses que l’on stigmatise", commente un des membres de l’association visée.
Agence France-Presse 27 - 11 - 2004 |