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La commission indépendante nommée par le secrétaire général de l’Onu pour enquêter sur les ventes de pétrole irakien à l’époque de Saddam Hussein a refusé de communiquer des documents au Sénat américain qui les lui demandait, selon une lettre rendue publique mardi. Dans cette lettre, le président de cette commission, Paul Volcker, affirme que ses services, mis sur pied par M. Annan pour enquêter sur les allégations de corruption concernant l’ancien programme "pétrole contre nourriture", publieraient le résultat de leurs recherches le moment venu. Mais il a ajouté que les Nations unies devaient "maintenir l’équilibre entre le désir d’une enquête transparente et publique avec leurs responsabilités envers tous les Etats membres et la nécessité de conserver leur confidentialité à leurs délibérations internes". Deux sénateurs américains, qui dirigent une enquête de leur gouvernement sur des détournements liés au programme avaient demandé à M. Volcker de leur communiquer les documents recueillis jusqu’ici par son enquête. Dans sa réponse, M. Volcker a réitéré que sa commission rendra publiques "toutes les informations" pertinentes, tout en soulignant que le moment n’était pas venu. "Ce qui semble faire problème principalement, c’est le choix du moment de telles révélations, a-t-il dit. Notre position constante est que nous le ferons mais d’une manière qui soit compatible avec notre responsabilité d’enquêteurs". "Le but est d’éviter de rendre publiques des informations potentiellement incomplètes ou trompeuses qui pourraient handicaper la poursuite de l’enquête, déformer la perception du public et violer les droits des personnes éventuellement mises en cause", a ajouté M. Volcker. Plusieurs organismes parlementaires américains et l’Onu enquêtent sur le programme "pétrole contre nourriture", en vigueur de décembre 1996 à novembre 2003 et qui visait à atténuer l’impact des sanctions internationales pour la population irakienne. Ce programme autorisait l’Irak à vendre une quantité limitée de pétrole pour acheter des produits alimentaires et humanitaires. Mais il a débouché sur le plus grand scandale d’aide humanitaire dans l’histoire de l’Onu. Selon les critiques, Saddam Hussein avait corrompu le programme en offrant des bons d’achat de pétrole en pots-de-vin à des centaines de responsables de différents pays, en partie dans l’espoir d’obtenir la fin des sanctions contre son pays. M. Annan avait chargé M. Volcker, un ancien président de la banque centrale américaine, d’enquêter sur ces allégations, y compris sur une liste de récipiendaires présumés de ces pots-de-vin publiée en janvier par un journal de Bagdad. Le chef des inspecteurs américains en Irak qui a enquêté sur l’arsenal militaire irakien, Charles Duelfer, avait également repris ces accusations sur un vaste système de corruption organisé par le régime de Saddam Hussein pour tenter de faire lever le régime de sanctions pesant sur son pays, dans un rapport publié début octobre à Washington. M. Duelfer montrait du doigt des responsables français et russes, mais aussi des Américains, comme bénéficiaires de "bons de pétrole". L’ancien directeur du programme "pétrole contre nourriture", Benon Sevan, dont le nom est apparu parmi les prétendus bénéficiaires des largesses de Saddam, a toujours démenti toute implication. Un journal de New York a affirmé récemment que le fils de M. Annan, Kojo Annan, faisait l’objet d’une enquête d’un procureur américain, liée au programme.
Agence France-Presse 16 - 11 - 2004 |