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La Direction de la sûreté du territoire (DST) a mis au jour un réseau de financement du terrorisme islamiste en France et à l’étranger, grâce à l’arrestation d’un ancien employé de la Brink’s, a confirmé à Reuters le ministère de l’Intérieur. Cet employé de l’entreprise de convoyage de fonds, Hassan Baouchi, 23 ans, avait organisé le 1er mars dernier son faux enlèvement et le faux braquage des distributeurs automatiques de billets de six banques de Seine-Saint-Denis, dont il était chargé d’assurer la maintenance. "Le 18 novembre 2004, Hassan Baouchi a été interpellé par la DST en région parisienne, ce qui a permis à la DST de mettre à jour une importante affaire de financement du terrorisme", a déclaré le ministère de l’Intérieur, confirmant des informations révélées ce week-end par Le Monde et le Parisien. Selon ces quotidiens, Hassan Baouchi, dont le frère, Moustapha Baouchi, avait été arrêté avec plusieurs autres islamistes début avril, a été mis en examen vendredi pour "association de malfaiteurs" et "financement du terrorisme". "Arrêté dans le cadre d’une information judiciaire pour financement du terrorisme, ouverte par le parquet de Paris le 17 novembre 2004, Hassan Baouchi, est toujours en garde à vue dans les locaux de la DST, où les investigations se poursuivent", a pour sa part précisé le ministère de l’Intérieur. Le 1er mars 2004, Hassan Baouchi, alors employé de la Brink’s, avait déclaré avoir été pris en otages par plusieurs hommes qui l’auraient contraint par la force à remettre le contenu des distributeurs de six banques de Seine-Saint-Denis. Plus d’un million d’euros avaient ainsi été dérobés. Selon le ministère de l’Intérieur, "c’est en poursuivant son enquête sur les filières marocaines en France, sous la conduite des juges antiterroristes, que la DST a obtenu des informations précises sur les conditions dans lesquelles ce vol s’est opéré". La DST enquêtait sur les activités en France du Groupe islamique combattant marocain (GICM), à l’origine d’attentats meurtriers à Casablanca le 16 mai 2003 (45 morts). Les enquêteurs ont établi que Hassan Baouchi avait organisé son propre enlèvement et le vol des distributeurs "en relation avec des individus, pour certains incarcérés depuis dans une autre affaire de terrorisme - les filières tchétchènes". "L’argent dérobé était destiné à financer les activités des réseaux terroristes en France et à l’étranger", ajoute-t-on Place Beauvau.
Licencié pour faute professionnelle
Le million d’euros dérobés n’a jamais été retrouvé, a pour sa part dit à Reuters, Eric Ehrsam, porte-parole de la Brink’s. Il a précisé que l’entreprise avait licencié Hassan Baouchi pour "faute professionnelle" et "non respect des procédures de sécurité" - "en gros, pour ne pas nous avoir prévenus" - à la suite des vols du 1er mars. "L’affaire nous avait paru louche parce qu’on voyait mal comment on pouvait vider en une matinée six distributeurs sous prétexte, avait-il dit à l’époque, que sa femme et ses enfants étaient menacés", a expliqué Eric Ehrsam. "Il avait donc été fortement soupçonné mais on n’avait pas de preuve. La police nous avait fortement conseillé de ne pas le garder." "Depuis six mois il a probablement été sous la surveillance de la DST", a ajouté le porte-parole de la Brink’s. "Il apparaît qu’on a eu raison de ne pas le garder." Selon Le Monde et Le Parisien, le frère de Hassan Baouchi, Moustapha, a effectué au moins deux séjours en Afghanistan et était considéré comme le chef de la cellule du GICM démantelée en France en avril. La DST estimerait que cette cellule a apporté un soutien logistique aux auteurs des attentats du 11 mars à Madrid. Plusieurs islamistes arrêtés dans le cadre de l’affaire des filières tchétchènes et du démantèlement de cette cellule sont originaires d’Aulnay-sous-Bois. Selon Le Monde et Le Parisien, c’est l’arrestation en début de semaine d’un responsable de l’Association culturelle des musulmans d’Aulnay-sous-bois, un Antillais converti à l’Islam, Fred G., en relation avec les Baouchi et les milieux islamistes, qui aurait permis à la DST de boucler le dossier de l’ancien employé de la Brink’s. Cet homme aurait désigné Hassan Baouchi comme un participant actif des vols de distributeurs. Selon Le Parisien, l’ancien employé de la Brink’s aurait bénéficié de la complicité de trois personnes - deux militants islamistes et un homme "connu pour des faits de droit commun. L’un des deux militants islamistes, désigné sous le nom de Nasser B. par Le Parisien, a été interpellé il y a un mois en Algérie avec 40.000 euros. Le second serait un des principaux suspects dans le dossier des filières tchétchènes. Eric Ehrsam a mis en cause un manque de coordination entre la DST et les Renseignements généraux, qui doivent donner leur feu vert à l’engagement d’un nouvel employé par une entreprise de transport de fonds : "Les Renseignements généraux nous ont permis d’embaucher Hassan Baouchi à l’époque mais il est clair qu’ils n’étaient pas au courant de tout ce que fait la DST."
Reuters - Paris 21 - 11 - 2004 |