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Les deux principaux prévenus du procès des "écoutes de l’Elysée" ont déclaré mardi devant le tribunal de Paris que le président François Mitterrand avait ordonné personnellement la surveillance des lignes téléphoniques de plusieurs journalistes, dont Edwy Plenel, du Monde. "(L’écoute de) Plenel, le président me l’avait demandée. J’en avais parlé à M. Hernu (ministre de la Défense). On m’a donné le numéro de téléphone, c’est tout", a déclaré Christian Prouteau, ancien chef de la cellule antiterroriste de l’Elysée, au cinquième jour du procès où comparaissent 12 personnes. Gilles Ménage, ancien directeur de cabinet du président Mitterrand, a expliqué que celui-ci lui avait fait une demande semblable en 1983, en vue de "brancher" l’hebdomadaire d’extrême droite Minute : "J’ai été convoqué à plusieurs reprises par le président et il m’a clairement dit qu’il fallait trouver un moyen pour régler cette question et, au besoin, au moyen d’écoutes téléphoniques." Gilles Ménage s’est élevé contre les affirmations de plusieurs proches du président socialiste, décédé en 1996, selon lesquelles les écoutes téléphoniques illégales, qui auraient concerné au total 150 personnes, se seraient faites à l’insu de François Mitterrand. "C’est impossible de l’imaginer (...) Le président de la République a été informé régulièrement de ce qui se faisait", a-t-il affirmé. Il a précisé qu’il lui avait directement rendu compte des écoutes concernant Edwy Plenel. L’ex-secrétaire général de l’Elysée Jean-Louis Bianco, qui a parlé en 1995 de "délire" et de "dérapage" à propos des écoutes, était lui aussi informé, a-t-il ajouté.
"L’Élysée n’écoute rien"
Selon l’accusation, Edwy Plenel, aujourd’hui directeur de la rédaction du Monde, a été placé sur écoutes d’avril 1985 à mars 1986 parce que ses articles dérangeaient le pouvoir. Il s’était penché sur le scandale des "Irlandais de Vincennes", une manipulation organisée par la cellule antiterroriste de l’Elysée, et sur l’attentat des services secrets français contre le navire amiral de Greenpeace, le Rainbow Warrior, en Nouvelle-Zélande en juillet 1985. Les prévenus, notamment Gilles Ménage, expliquent que son placement sur écoutes était justifié par ses articles antérieurs sur un agent français infiltré au sein du KGB, "Farewell". Le journaliste du Monde se serait, selon eux, fait manipuler dans cette affaire. C’est la ligne téléphonique au nom de la compagne d’Edwy Plenel, Nicole Lapierre, qui avait été placée sur écoute et les agents de l’Elysée ont donc surpris à maintes reprises les conversations du couple. Il semble, selon le dossier, que François Mitterrand était également intervenu directement pour demander le "branchement" de la ligne de l’écrivain Jean-Edern Hallier, qui menaçait de révéler l’existence de sa fille cachée, Mazarine Pingeot. Sur les relevés de certaines écoutes figure une mention de la main du président, "vu", et parfois des observations. Gilles Ménage a confirmé que François Mitterrand lui avait dit à propos de ces écoutes : "Si manquement à la déontologie il y avait, je ne les couvrirais pas". "Que voulez-vous qu’un président dise d’autre ?", a commenté l’ex-directeur de cabinet en soupirant. Deux journalistes belges avaient recueilli en 1993 les seules déclarations de François Mitterrand à ce sujet. "L’Elysée n’écoute rien, il n’y a pas de système d’écoutes ici, il ne peut pas y en avoir", leur avait affirmé le président.
Reuters - Paris 23 - 11 - 2004 |