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Condamné à la prison à vie par Israël, Marwan Barghouthi symbolise plus que quiconque l’Intifada aux yeux des Palestiniens et, à ce titre, reste pour beaucoup d’entre eux le successeur naturel de Yasser Arafat. En faisant connaître jeudi son intention de se présenter à l’élection présidentielle palestinienne prévue pour le 9 janvier, ce populaire chef du Fatah en Cisjordanie défie la vieille garde et pourrait ainsi devenir le principal rival du nouveau chef de l’OLP, Mahmoud Abbas, 69 ans, lors de ce scrutin. Condamné en juin à cinq peines de prison à vie, Barghouthi, 45 ans, a vu monter en flèche sa popularité, notamment du fait de son emprisonnement, au point d’apparaître comme un successeur potentiel du chef historique des Palestiniens Yasser Arafat avant même que celui-ci ne meure. "Il est important de rester fidèle aux principes et valeurs nationales établis par notre leader martyr qui a consacré sa vie à les mettre en oeuvre. Nous devons conserver notre unité nationale, notre engagement à poursuivre la lutte, à une réelle démocratie, et à l’établissement de l’ordre et de la loi" a avait-il affirmé peu après la mort d’Arafat. Les autorités israéliennes avaient tenté sans grand succès de faire du procès de M. Barghouthi, le procès du terrorisme, mais lui s’était présenté avec sa verve habituelle comme un accusateur, s’efforçant d’en faire le procès de l’occupation. En fin de compte, il avait été reconnu coupable d’implication directe dans quatre attentats anti-israéliens ayant coûté la vie à cinq personnes depuis le début du soulèvement palestinien en septembre 2000. Mais il avait été innocenté pour une série d’autres attaques. Indifférent à la lourde peine qui venait de lui être infligé, il avait aussitôt proclamé que l’Intifada se poursuivrait."L’Intifada triomphera" avait-t-il clamé en faisant le "V" de la victoire. Député au Conseil législatif palestinien (parlement), cet homme de petite taille et au visage rond barré d’une moustache, a été propulsé sur le devant de la scène par l’Intifada. Lorsqu’éclate le soulèvement en septembre 2000, il n’est alors qu’un des chefs de file de la "jeune garde", c’est-à-dire la nouvelle génération de dirigeants palestiniens issue de la lutte contre l’occupation dans les territoires occupés, par opposition à la "vieille garde" de l’OLP qui entoure Arafat depuis les années 1960. Arrêté par l’armée israélienne au printemps 2003, Barghouthi est considéré comme l’un des inspirateurs de l’Intifada et il n’a jamais caché son soutien à la lutte armée tout en se déclarant opposé à des attentats aveugles en Israël. Titulaire d’une maîtrise en sciences politiques de l’Université de Bir Zeit, près de Ramallah, M. Barghouthi, marié et père de quatre enfants, a passé plusieurs années dans les prisons israéliennes, où il a appris l’hébreu, avant d’être exilé en Tunisie en 1987, au début de la première Intifada (1987-1993). Revenu en Cisjordanie après les accords d’Oslo de 1993, dont il est alors un fervent partisan, il est élu député lors du scrutin qui suit l’établissement de l’Autorité palestinienne. Mais le blocage du processus de paix après l’échec du sommet de Camp de David de juillet 2000 en fait un "déçu d’Oslo", bien qu’il reste partisan d’une solution reposant sur la coexistence pacifique de deux Etats, israélien et palestinien. Après le début de l’Intifada, il acquiert vite la réputation d’un opposant résolu à l’occupation israélienne capable de mobiliser les foules par sa fougue oratoire, son sens de la formule et un humour décapant. Le président israélien Moshe Katzav n’a pas exclu a priori la possibilité de le gracier, si une requête en ce sens lui était présentée. "Barghouthi est un assassin qui a été condamné à la prison à vie. Si une demande de grâce est présentée, je l’examinerai", a dit M. Katzav dans un entretien publié jeudi par le quotidien Maariv.
Agence France-Presse Ramallah - 25 - 11 - 2004 |