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 Les Palestiniens ont donné une leçon de démocratie aux régimes arabes avec l’élection du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, scrutin dont le seul résultat contraste avec les scores proches des 100% que s’attribuent habituellement les chefs d’Etat arabes. La caricature de ces scrutins présidentiels, le plus souvent taillés sur mesure dans les services des ministères de l’Intérieur, avait été l’élection du dictateur irakien déchu Saddam Hussein qui avait atteint 100%, peu avant l’entrée en guerre des Etats-Unis en Irak, en mars 2003. Mais des résultats variant entre 80 et 99% des inscrits ont été enregistrés en Egyte, en Syrie, en Tunisie et en Algérie, tandis qu’à Tripoli, le colonel Mouammar Khadafi, au pouvoir depuis 35 ans à la suite d’un coup d’Etat, s’est exonéré de tout suffrage, considérant qu’il n’assume pas les fonctions électives de chef d’Etat, mais ceux de "Guide de la Révolution Libyenne". M. Mahmoud Abbas, qui briguait la succession de Yasser Arafat, a recueilli officiellement 62,32% des voix lors du scrutin présidentiel de dimanche, avec un taux de participation de 65% des inscrits. Son prédécesseur et compagnon de route avait été lui même élu en 1996 dans des conditions qualifiées de démocratiques. "Les Palestiniens viennent de donner à tous les régimes arabes une belle leçon de démocratie, dans des conditions qui, en théorie, ne favorisaient pas la démocratie : occupation militaire et absence de consensus entre fractions palestiniennes", a souligné Amr Elchoubaki, chercheur au centre d’études stratégiques d’Al Ahram. Rappelant qu’il existait au sein de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) une "tradition de débats démocratiques, sans laquelle l’organisation aurait explosé", Elchoubaki estime que le "processus démocratique palestinien ne sera pas achevé sans l’intégration des factions islamiques". Relevant que "les Palestiniens ont toujours sû éviter la guerre civile, malgré la pression israélienne et la violence de leurs divergences", il regrette que le Hamas n’ait "pas encore produit le discours politique indispensable à son intégration dans des institutions démocratiques". Il rappelle que "la démocratie israélienne a réussi parce qu’elle a su intégrer les extrémistes dans ses institutions". L’exemple palestinien fera-t-il tâche d’huile dans le monde arabe ? Elchoubaki n’est pas optimiste : "Si l’on se refère aux réactions officielles, on remarque que ce qui a été retenu n’est pas le caractère démocratique de l’élection, mais l’opportunité qu’elle offre pour la reprise du processus de paix avec Israël, ce qui est un autre sujet". "Il s’agit d’une réelle victoire de la démocratie, puisque Abbas a obtenu moins de 99%, à la différence des autres dirigeants arabes", titrait dès lundi en Une le grand journal libanais An-Nahar. Le quotidien de l’Autorité palestinienne, Al-Hayat Al-Jadida, estime mardi que "sans être historique", l’élection palestinienne "diffère des +festivals+ démocratiques mensongers dans notre entourage arabe". Al-Ayyam de Ramallah publie une caricature montrant une pierre tombale gravée comme suit : "Ci-gît 99,9%, enterré en Palestine le 9/1/2005", allusion aux scores irréels que s’adjugent les dirigeants arabes. Pour Nabil Abdel Fattah, autre chercheur du Centre d’études stratégiques d’Al Ahram, "Les Palestiniens ont compris que le monde ne peut plus accepter la violence comme moyen de résolution des conflits". Après avoir plaidé en faveur de la "lutte contre la corruption dans les rangs palestiniens" et "la mise sur pied d’institutions solides" afin de "consolider cet "acquis démocratique", M. Abdel Fattah affirme que "tout dépendra désormais d’Israël" pour que "l’essai de dimanche soit transformé ou pas".
Agence France Presse Le Caire - 11 - 01 - 2005
La presse allemande juge exemplaire l’élection palestinienne pour les Arabes
Plusieurs journaux allemands jugeaient mardi exemplaire pour le monde arabe le déroulement des élections palestiniennes, tout en se montrant plutôt sceptiques sur la marge de manoeuvre du futur président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. "Rien que la façon dont s’est déroulée l’élection donne une raison d’espérer", note Die Welt (conservateur). "Pour la première fois, les Palestiniens se sont choisi leur président par un scrutin vraiment libre - sans combines ou sournoiseries dans le choix des candidats", sans référence à une "dynastie", ajoute le quotidien. "Aucun autre pays arabe n’a réussi à en faire autant", écrit Die Welt qui ajoute : "Cela est curieux : il semble qu’au Proche-Orient, des élections libres ne soient possibles que dans les Etats qui se trouvent sous occupation, israélienne et américaine". "Ce changement de pouvoir pacifique et démocratique est une formidable performance de la part des Palestiniens. Cela pourrait être un exemple pour l’ensemble du monde arabe", renchérit le quotidien économique Financial Times Deutschland (FTD). M. Abbas a recueilli 62,32% des voix lors du scrutin présidentiel de dimanche, deuxième du genre dans les territoires palestiniens, devançant largement son principal rival, l’indépendant Moustapha Barghouthi (19,8% des suffrages). Tout en plaçant beaucoup d’espoirs dans le futur président de l’Autorité palestinienne, de nombreux journaux émettaient des réserves sur son avenir politique. "Malgré sa claire victoire, Abbas n’est pas un homme fort. Il n’est juste arrivé au pouvoir que comme une solution provisoire du Fatah", juge la Sueddeutsche Zeitung (centre-gauche). "Le Hamas et le Jihad, qui mènent l’opposition islamique radicale, n’ont de toute façon pas d’intérêt à ce qu’il réussisse", selon le journal. Enfin, dans un éditorial intitulé "Un président de passage", le quotidien taz (gauche) écrit pour sa part qu’"un véritable changement politique" n’est pas à attendre de Mahmoud Abbas, "un apparatchik qui a de l’expérience" et "un profiteur politique en aucun cas au-dessus de tout soupçon de corruption".
Agence France Presse 11 - 01 - 2005 |