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Le 25 janvier, des élections législatives auront lieu dans les territoires occupés palestiniens. Quelque 1,3 million d’électeurs, en Cisjordanie et à Gaza, sont appelés à désigner les 132 membres du prochain Conseil législatif palestinien (CLP). Une chaude lutte oppose le parti au pouvoir, le Fatah, au Mouvement de la résistance islamique, le Hamas. Du côté de la communauté internationale, l’hypocrisie est toujours de mise. Les États-Unis et l’Union européenne conditionnent leur appui politique et leur aide économique à une hypothétique victoire du Fatah. Comme si les Palestiniens n’étaient pas assez mûrs pour choisir librement leurs représentants.
Le vote de mercredi est de nature mixte, mélangeant un scrutin à la proportionnelle et un autre par circonscriptions. Ainsi, chacun des votants devra glisser deux bulletins dans l’urne. Le premier bulletin désignera une des 11 listes en compétition. Le second servira à choisir un candidat de la circonscription électorale, à titre individuel. Six sièges sont réservés à la minorité chrétienne et un nombre minimal de candidatures féminines est exigé pour chacune des listes.
Ces derniers jours, les différents sondages réalisés par les instituts de recherche palestiniens indiquent que le Fatah et le Hamas sont au coude à coude. Le parti au pouvoir est crédité de 35 à 42 % des votes, alors que le mouvement islamiste disposerait de 26 à 35 % de voix. Faute de majorité absolue pour l’une ou l’autre des formations, la liste de gauche conduite par Moustapha Barghouti (19,48 % lors des élections présidentielles de janvier 2005) pourrait devenir incontournable pour la constitution d’un gouvernement de coalition.
La transformation du Hamas
Contrairement aux législatives de 1996 et aux scrutins présidentiels de 1996 et de 2005, le Hamas participera à ces élections. Opposé au processus de paix, initié à Oslo au début des années 90, le Mouvement islamiste avait toujours prôné le boycott.
La recherche de la reconnaissance internationale, la popularité du Mouvement depuis le déclenchement de la deuxième Intifada et la terrible répression exercée par l’armée israélienne sont autant de raisons qui peuvent expliquer ce choix. Conscients que l’opposition éternelle à l’Autorité palestinienne est une option stérile, les dirigeants du Hamas sont tentés par le jeu démocratique.
Le Mouvement sait qu’il peut compter sur un fort appui à Gaza, où une majorité d’habitants sont convaincus que l’évacuation des colons israéliens, à l’été 2005, fut la conséquence directe de la résistance armée, incarnée par les islamistes. Même si personne au sein de la formation ne l’admet ouvertement, la disproportion des forces entre la puissante machine militaire israélienne et les moyens dérisoires du Hamas a achevé de convaincre ce dernier que la solution passait par la politique et non par les armes.
Notons que cette participation inédite oblige les candidats islamistes à certaines contorsions. La référence à la destruction d’Israël, qui figure dans la charte du Hamas, n’a pas été reprise dans les discours électoraux. D’éventuels pourparlers avec l’État hébreu ont été évoqués. Alors que la tête de liste nationale, Ismaïl Haniyeh, assurait que "la négociation avec l’ennemi sioniste (n’est) pas sur le programme (du Hamas)", son colistier Mohammed Abou Tir indiquait, au journal israélien Ha’aretz, que le Hamas "négociera avec Israël", advenant son entrée au CLP.
D’aucuns accusent le Hamas d’adopter un double langage selon la clientèle visée. Un discours pragmatique destiné à la communauté internationale et un autre plus dogmatique pour la consommation interne. En réalité, la proposition de négociation n’est pas nouvelle. Cheikh Ahmed Yassine - le chef spirituel du Mouvement, assassiné par l’armée israélienne en mars 2004 - n’avait-il pas proposé une "trêve de 30 ans", dès 1997 ?
Le Fatah en proie aux dissensions
Du côté du Fatah, le tableau est peu reluisant. Le parti n’a pu présenter une liste unifiée qu’à la dernière minute. La lutte ayant opposé la jeune et la vieille garde du parti a tourné à l’avantage des premiers. C’est Marwan Barghouti - condamné à perpétuité et emprisonné dans les geôles israéliennes - qui conduira la liste. Une éventuelle victoire du Fatah remettrait sur le devant de la scène la question de la libération du très populaire Barghouti.
Ceci dit, l’Autorité palestinienne et le Fatah, qui lui est fortement associé, traînent une image de corruption financière et d’échec dans les négociations de paix. Le contraste avec la réputation de probité des leaders du Hamas pourrait produire un vote-sanction.
Entre-temps, le chaos sécuritaire prend des proportions inquiétantes. Des bandes armées, vaguement associées au Fatah, sèment la terreur à Gaza. Des rapts de journalistes et de militants étrangers ont eu lieu ces dernières semaines, donnant une image détestable de la cause palestinienne.
Une démocratie naissante
Ces élections devraient confirmer la vitalité de la vie politique palestinienne. Selon les sondages, la participation pourrait se situer autour de 80 %, un taux qu’envieraient les vieilles démocraties occidentales.
Il faut également mettre au crédit de Mahmoud Abbas son acharnement en vue de s’assurer de la participation du Hamas au processus électoral. Le président palestinien s’est mis à dos une partie de la communauté internationale pour garantir la présence de ses farouches opposants. Dans le monde arabe et musulman, cette exception palestinienne mérite d’être saluée.
Même si cette échéance est importante pour la reprise d’un processus de paix moribond, il convient d’en relativiser la portée.
D’un côté, le régime politique palestinien est présidentiel. S’il est admis que M. Abbas ne pourra pas ignorer les recommandations du CLP, comme le faisait régulièrement son prédécesseur Yasser Arafat, tout le monde sait que le dernier mot appartient au pouvoir exécutif. D’un autre côté, la reprise des négociations dépend aussi des Israéliens qui s’apprêtent à désigner un nouveau Parlement, le 28 mars prochain.
Finalement, la communauté internationale aurait avantage à arrêter ses tentatives contre-productives visant à influencer le vote libre des Palestiniens. Elle serait mieux inspirée si elle contraignait Israël pour qu’il cesse son occupation militaire et si elle offrait aux Palestiniens des perspectives économiques viables. C’est la condition sine qua non pour en arriver à une paix juste dans la région. |