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La Tunisie s’apprête à organiser la deuxième phase du Sommet mondial de la Société de l’Information (SMSI) du 16 au 18 Novembre. Ce sommet organisé par l’Union International des Télécommunications (UIT) sous l’égide de l’ONU.
Le but déclaré de cette manifestation est de réduire la fracture numérique entre les pays développés et le reste du monde. Pas une mince affaire. Et vu le déroulement des préparatifs tout indique qu’il s’oriente plus vers un show commercial qu’un vrai dialogue entre société civile mondial et acteurs sur la scène numérique mondial. Il n’y a qu’à voir la liste des sponsors qui s’allonge sur le site officiel du SMSI Tunis. Triste spectacle.
Mais avant d’aller plus loin dans les circonstances de l’organisation de ce sommet, j’aimerai tout d’abord éclaircir d’emblée ma position et la position de tant de citoyens qui se battent pour les libertés individuelles en Tunisie. Le Tunisien et plus généralement le peuple tunisien mérite ce sommet. Là-dessus il n’y a pas d’ambiguïté. Plusieurs font la confusion entre notre combat contre la dictature pour revendiquer plus de liberté d’expression et notre dénonciation de l’organisation de ce sommet par ce régime. Je comprends très bien que ce sommet honore le peuple tunisien qui mérite tant mais pas ce gouvernement tyrannique. Ben Ali et sa clique ne mérite pas sommet. L’ONU ne devait octroyer ce sommet à un régime aussi liberticide. Comme la machine ne peut plus faire marche arrière, j’ose espérer que les instances organisatrice de ce sommet (ONU + UIT) feront acte de courage pour ne pas designer le Général Ben Ali comme président de ce sommet. Dans le cas contraire ça sera une insulte contre le peuple tunisien.
Mais au fait comment la Tunisie a obtenu l’organisation de cette manifestation ?
Qui ne connaît pas tous les efforts de la dictature pour faire de la propagande sur la réussite du modèle économique à la tunisienne. Cette propagande s’est extrapolée dès la fin de 2002 au domaine de l’informatique et comme credo : la réduction de la fracture numérique. Un slogan qui plaisait tant a l’ONU qui cherchait à organiser un sommet mondial en deux phases sur le thème. Une phase dans un pays civilisé et un pays en voie de développement. Les chiffres avancés par la Tunisie dans le domaine de l’informatique ont penche en sa faveur. La dictature se targuait d’un taux d’utilisation de 51,5 habitants sur 1000, faisant d’elle la deuxième nation sur le continent africain après l’Afrique du Sud (chiffres 2003). D’où viennent ces chiffres ?

Un article paru dans le journal Les Echos sous le titre « La Tunisie, pionnière africaine de l’informatique », dans l’édition du 23 Octobre 2003 (n° 19016), et passé inaperçu nous donne pourtant un début d’explication. L’auteur de l’article, Matthieu QUIRET, explique que la Tunisie s’est résolument placée au front de la lutte contre la fracture numérique. Il relate d’ailleurs l’intervention du Premier ministre Mohamed Ghannouchi lors du congrès mondial des ingénieurs sur ce thème au mois d’Octobre 2003, « Les technologies de l’information sont une orientation fondamentale de notre pays. Grâce à la réforme que nous avons entreprise dans ce secteur depuis quelques années, il connaît désormais une croissance de 21 %. » Ghannouchi expliquait à l’époque que les initiatives pour câbler le pays ont permis de doubler en deux ans le nombre de lignes de connexion à 30 lignes pour 100 personnes. Derrière ces chiffres, la réalité est plus complexe. Un diplomate français en poste à Tunis souffle que les statistiques de 100 % d’étudiants connectés correspondent plutôt à celui d’écoles possédant un ordinateur relié à Internet. Un scientifique tunisien rappelle que, s’il existe désormais de 1 à 2 millions d’internautes africains, l’Afrique du Sud en compte à elle seule la moitié. On est loin des chiffres avancés par l’ATI et par le Ministère des Communications.
D’ailleurs, en faisant un saut rapide sur les statistiques énoncées sur le site de l’ATI on peut tout de suite avoir un aperçu de la manipulation des chiffres. On peut trouver actuellement sur le site, les statistiques du mois de Juillet 2005 avec 905,000 utilisateurs. Tant d’utilisateurs pour seulement 68,170 contrats, ça fait plus de 13 internautes par contrat !!! J’imagine les queues d’attente pour avoir accès au clavier.
Moins d’un an auparavant ils n’étaient que 771,000 en Octobre 2004 (voir ici). Fulgurante progression. Surtout quand on sait qu’un mois avant et sur le même site de l’ATI, les chiffres étaient juste un peu au dessus de 800,000 utilisateurs. Doit on comprendre que le SMSI a donne une nouvelle dynamique à l’internet dans notre pays ou que le tunisien est tellement heureux de cet événement qu’il décider de faire le saut de l’ère numérique ? Dommage que l’ATI ne laisse pas les traces des anciennes statistiques pour voir l’étendu de la manipulation. Mais, ne désespérons pas. Heureusement il y a le Ministère de la Communication.
En effet, dans son effort de transparence, la dictature tunisienne a mis en ligne les statistiques de son Ministère. Et elles ne coïncident pas avec celles de l’ATI. Un comble pour un Ministère de la Communication, qui communique mal ! Le plus marrant, c’est quand on regarde les chiffres de plus près.
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1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
2004 |
| Nombre d’abonnés au réseau INTERNET |
111.0 |
2407.0 |
9592.0 |
22290.0 |
36657.0 |
59551.0 |
76711.0 |
91787.0 |
121000.0 |
| Nombre d’utilisateurs actifs du réseau INTERNET |
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150000.0 |
260000.0 |
410000.0 |
505500.0 |
630000.0 |
835000.0 |
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On ne peut que se réjouir de cette progression constante du nombre d’abonnes et du nombre d’utilisateurs actifs. D’ailleurs on se demande comment on fait les autorités pour recenser ce nombre d’utilisateurs. On pensait qu’ils comptaient tous les étudiants des universités et lycées du moment qu’ils sont équipés d’au moins un ordinateurs, mais ce n’est pas le cas ! En effet, on découvre en faisant le rapport utilisateurs/abonnées on trouve un chiffre toujours proche de 7 !!! Quelle surprise, le miracle tunisien a encore frappé ! Inutile de chercher comment la Tunisie à fabriquer les chiffres pour arriver à décrocher l’organisation de la 2éme phase du SMSI.
La propagande de la dictature tunisienne a fait des prouesses mais elle est assez mauvaise pour laisser des traces de son délit. La médiocrité à l’état pur. Tout à l’image de cette dictature stupide.
Résolument le peuple tunisien mérite ce sommet mais pas cette dictature. |