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Elle fait parler d’elle, cette petite dame blonde mais qui a tout d’une femme tunisienne de la génération Bourguiba, a défrayé la chronique pendant le tsunami médiatique qui a envahit la Tunisie à la faveur du sommet mondial de la société de l’information. Tantôt citée par initiatrice de la cyber-manifestation de la Tunisie profonde sur la toile (Yezzi !), tantôt comme étant la première femme depuis Al Kahina a être une meneuse d’hommes, fondant le premier parti politique tunisien de l’ère nouvelle, elle agace ou elle fascine mais elle ne laisse pas indifférent. Nous avons alors décidé de la rencontrer pour l’interroger, rendez-vous donné dans un café libanais non loin de la place de l’Opéra à Paris. Interview !
Mercure bonjour Madame, merci de me consacrer un laps de votre précieux temps, les tunisiens d’en bas ont une envie irrépressible de vous connaître
NCH :et moi donc ! c’est avec plaisir cher Mercure, pour vous j’ai tout mon temps
M :merci, c’est chouette cet endroit, vous y venez souvent ?
NCH :à chaque fois que je viens à Paris, c’est ici que je reçois, vous comprenez ça me tient à cur d’aider un tant soit peu l’économie d’un autre pays arabe, en l’occurrence le Liban, où j’ai passé une partie de mon enfance.
M :vous avez défrayé la chronique dernièrement, pendant le SMSI et la grève de la faim des huit, on ne parlait que de vous, j’ai compté, vous avez même été citée plus souvent que SBS, que c’est-il passé ?
NCH :j’ai tout simplement été moi même, j’ai sauté sur tout ce qui bougeait, sous ma teinture blonde se cache une brune qui ne compte pas pour des prunes, vous voyez moi aussi je sais faire de l’humour, comme d’habitude et contrairement à d’autres, moi j’étais sur le terrain, j’ai toujours été au contact des tunisiens virtuellement sur la toile, en ce qui concerne les grévistes que je salue, je leur ai rendu visite régulièrement et je leur ai même proposé de casser la croûte chez moi à la fin de leur grève .
Pour ce qui est de l’AFP, c’est une erreur de m’avoir citée comme initiatrice de Yezzi, que je me suis empressé de rectifier, alors que d’autres auraient sauté sur l’occasion pour se mettre en avant. J’ai toujours assumé mes positions et j’ai toujours répondu aux questions même ceux provenant d’anonymes sur la toile.
M :beaucoup vous ont reproché d’être proche du régime, que c’est-il passé pour que vous deveniez l’égérie de l’opposition ?
NCH :selon la formule bien consacrée, une dictature ne se dévoile jamais (...)
M :excusez moi de vous couper mais c’est une formule de MY, faut-il le rappeler !
NCH :les phrases appartiennent à ceux qui les prononcent, MY l’a écrite et moi je la prononce, j’en ai assez qu’on me parle de plagiat,
M :revenons , parlez moi de votre 7 novembre à vous, comment vous l’avez vécu ?
NCH :durant les premiers mois suite au changement du 7 novembre, la Tunisie a connu un vent de liberté, un printemps démocratique. On peut bien sûr se demander si ce changement vécu émanait d’une réelle et sincère volonté des nouveaux maîtres de la Tunisie ou si c’était un simple calcul politico-stratégique qui permettrait d’asseoir la nouvelle autorité. Bien que favorisée en ce qui nous concerne par l’ancien régime, nous pouvions sentir les brises de ce vent frais qui a emporté le peuple tunisien. Mes employés qui étaient depuis venus plus conciliants, plus souriants, l’ambiance dans la rue et dans les souks où les gens étaient moins crispés et parlaient de la chose publique dans la place publique sans crainte. Bientôt rassurés sur le fait que nous allions rester des privilégiés, nous avons épousé le 7 novembre avec autant de sincérité que l’ancien régime.
M :que s’est-il passé ensuite ?
NCH : au bout d’un certain temps la chape de plomb s’est rabattue sur le pays. Peut-on jamais renoncer à sa liberté ?
M :encore une formule qui ne vous appartient pas.
NCH :m’en fout, c’est la question oh combien épineuse que tout tunisien conscient et s’intéressant un temps soit peu à la gestion du pays se doit de se poser, pourquoi le peuple tunisien a-t-il accepté de nouveau et au bout de quelques années, après ce vent nouveau, le retour de la chape de plomb.
M :je vous le demande, pourquoi ?
NCH :nous avons tous en mémoire les images des attentats, des islamistes s’entraînant au karaté, de l’atelier de fabrication d’explosif. Ces images étaient l’alibi du pouvoir pour reprendre ce qu’il avait donné car malheureusement cette latitude de liberté ne fut pas arrachée à force de travail ou grâce à une révolte mais bien grâce à la décision d’un homme, d’une équipe d’hommes qui ont décidé de reprendre en main le devenir de la Tunisie. Les procès furent organisés et les peines prononcées, la Tunisie les a oubliés et tout fut fait pour qu’il en soit ainsi. Une amnistie collective s’est instaureé, les prisons sont comme dans un trou noir qui n’appartient pas au reste de la Tunisie. Le secteur de l’information allait être organisé de tel sorte que la circulation de l’information allait contourner ce trou noir.
M :et bien ! permettez-moi de vous dire que vous m’étonnez, vous êtes de plus en plus virulente avec le régime. A votre avis qui est responsable ?
NCH :nous le sommes tous, prenons les médias, d’accord ils furent muselés, condamnés au mieux à l’encensement du nouveau régime, forcés ou par lâcheté, il apparaît que les choses sont en général plus complexes qu’elles ne le sont en apparence. Notre point de vue est que si le pouvoir ne peut gérer au millimètre près les colonnes de la presse, il se trouve toujours des hommes et des femmes qui par arrivisme, qui par lâcheté poussent la machine dans le mur par pur zèle.
M :ça me rappelle quelqu’un
NCH :soyons sérieux, l’autorité est responsable de la mise en place d’un système qui le permet d’accord et dans une certaine mesure l’encourage d’accord aussi mais ces hommes et ses femmes sont aussi responsables car à tout moment ils ont le choix entre la résistance pure et simple, la participation tout en faisant leur possible pour limiter les dégâts ou au contraire la fuite en avant par pure médiocrité.
M :mais madame je ne vous reconnais pas, c’est bien vous que je lis sur Internet ? vous avez changé d’architecte ? vous me donnerez son adresse.
NCH :hahah mais mon cher Mercure, méfiez-vous des apparences, je fais comme tout le monde, en Tunisie je fais attention à ce que je dis, ma marge de manuvre est réduite, je veux aider à l’instauration de la démocratie mais je ne suis pas non plus suicidaire.
M :oui mais vous savez que tout ce que vous dites sera reproduit ?
NCH :oui et je l’assume pleinement, les temps changent
M :bien, c’est vous qui voyez, continuons, vous parliez de trou noir
NCH :la Tunisie hors ce trou noir pouvait elle se consacrer pleinement à son chantier, chantier décidé pour le nouveau régime : le développement économique. Dans ce domaine d’un côté le régime se vante et revendique des réussites et des réalisations, pendant que ses opposants crient au mensonge et dénoncent la corruption. Ici aussi la complexité règnent, le régime avance les chiffres et les brevets de bonne conduite des institutions internationales, pendant que l’opposition crie elle à la manipulation.
M :et vous ? vous en dites quoi ?
NCH :je ne suis ni plus riche ni plus pauvre qu’avant le 7 novembre
M :non mais je parle du pays en général
NCH :l’apparence est dite trompeuse mais elle est là, du point de vue de l’infrastructure, mes visiteurs, même les américains, sont frappé par le développement rapide qu’a connu la Tunisie, les routes, les façades, les tours qui poussent comme des champignons. Privée d’information à ce sujet ou tout simplement de compétence, l’opposition fait black-out sur la question économique, aucun programme, aucune argumentation dans la contestation de cette réussite économique à part la mise à l’index de la corruption, malheureusement pour elle la Tunisie est loin d’être l’un des pays les plus corrompus. Malgré les crises qui traversent le monde, l’augmentation des prix de l’énergie et les turbulences dans des secteurs clés comme le textile la Tunisie est encore debout et même arrogante et fière d’organiser le plus grand sommet jamais organisé par l’ONU et de montrer les signes de ce succès comme l’ouverture de grandes surfaces. La Tunisie est en plein boom consumériste.
M :vous n’êtes plus satisfaite du régime, l’opposition n’est pas encore parfaite, qu’allez-vous faire ?
NCH :je vais faire ma route, mettre en place une équipe pluridisciplinaire qui travaillera pour la Tunisie, que l’opposition ou le régime se servent de nos idées, cela ne nous dérangera pas, tant que c’est pour le bien de la Tunisie. L’opposition par manque d’arguments ou, comme nous l’avons déjà supposé, par manque de compétence abandonne le champ économique au régime. Les uns finissent par ne plus s’intéresser qu’aux frasques des caciques du régime, des clans et de leurs familles, les autres, les années passent et eux palabrent sur des sujets de pure théorie, nous n’irons pas jusqu’à dire qu’il pratiquent de la masturbation intellectuelle.
M :mais maintenant l’opposition s’est revigorée, on ne peut lui reprochez d’avoir été molle face à une répression qui était très dure.
NCH :en effet, force est de constater que l’opposition a fini par m’écouter. Maintenant au lieu de la politique du tout ou rien, l’opposition se concentre donc sur le point faible du régime tunisien, l’information et la liberté d’expression, je l’ai toujours dit. Au bout de longues années de confrontation globale et frontale, l’opposition toutes tendances confondues semble finir par passer du concept de la révolution à celui de l’évolution, d’ailleurs le chantre du premier concept, Moncef Marzouki, a disparu de la scène, mis à l’écart ? ou lassé ? plus personne n’invoque les questions de la légitimité, de l’illégalité de la révision de la constitution ou tout autre revendication globale. Est-ce que ce changement d’attitude est sincère de la part de l’opposition, est-ce qu’elle veut la liberté et seulement la liberté d’expression et pour tous, islamistes, laïques, partisans du 7 novembre, libéraux libertaires ? ou est-ce un calcul stratégique qui doit préparer le terrain à d’autres revendications mises de côté, dans un trou noir ? Est-ce qu’elle parie sur la thèse de l’auto-transformation ? ou est-ce qu’elle parie sur une guerre d’usure avec le pouvoir en concentrant toute son énergie sur ce point faible ?
M :c’est moi qui pose les questions, vous buvez quelque chose ?
NCH :okidoki, je prends un araa libanais ! |