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Dans un cubicule à moitié sombre, l’image de la Tunisie se dessine dans sa tête, l’objectif ne s’arrête pas sur les détails car il n’y a pas de détails. Il rode et atteint les pénombres, les coins et les recoins de l’espace, tel un ouvrage d’un artiste qui cherche à dévoiler une idée qui lui échappe. Une image mentale, une représentation se dessine mais demeure fragile. N’appartenant ni au réalisme ni au surréalisme ni même à l’art gothique.
Première touche, deuxième retouche, la couleur ne prend pas de couleur, le pinceau se fige et la main tremble, le coeur tremble, l’aquarelle refusant l’eau, se mélange aux larmes de tristesse d’un artiste en sanglot. Un peintre dont le coeur crie de rage, dont le génie est en naufrage. Il étouffe comme étouffe son peuple et regarde dans le vide comme regarde une mère attendant, à la porte de la maison, le retour de son fils qui ne rentrera pas. Il essuie les larmes d’un détenu qu’on a violer et à qui on a enlevé le sourire. Il pleure comme pleure un enfant qui a faim. Il se tient la tête comme une épouse démunie, appauvrie et qui a perdu son mari. Il tombe comme tombent les ambitions des jeunes en ruines.
Que représentera-t-il du réalisme morose ? La page est encore blanche d’un blanc pâle comme le visage d’un homme qui attend son tour de torture. Il reste figé tel un vieillard n’ayant plus rien à attendre de la vie. Quel art va-t-il mettre sur sa toile ? Même le génie s’en va, trop de détresse, trop ! L’art se fige, l’artiste perd son don, perd son talent, on a tué son âme, on a tué son esprit. Que fera-t-il de son sort ? Il dessine, il sculpte, il écrit, mais personne ne regarde son art. L’art engagé d’une Tunisie moderne qui perd sa valeur, son essence. L’art ne dit plus rien s’il n’est pas éloge de l’unique. L’art en perte de vitesse s’il ne flatte pas son altesse.
L’art est mort et les artistes présents aux funérailles.
14-06-2005 05:04
Mkarriz |