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"Ces élections sentent le faux"
On va reparler de la Tunisie. A l’occasion des élections présidentielles et législatives du 24 octobre. Certes, les jeux sont faits : depuis 1989, le président Zine el-Abidine Ben Ali n’a jamais réussi à passer sous la barre de 99%. Pourquoi dérogerait-il à la règle, se demandent les mauvaises langues. Parmi les figures de l’opposition fort éclatée, un homme va prendre un risque à cette occasion. Moncef Marzouki, médecin, ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et l’un des "poils à gratter" du régime tunisien, rentre au pays cette semaine, après deux ans d’exil. Mais pourquoi ce risque ? " J’ai été sous pression pendant 20 ans, nous dit l’intéressé : Prison, harcèlements, menaces, interdiction de voyage, de travail, etc. J’ai voulu souffler, réfléchir, mais je n’ai jamais eu l’intention de demander l’asile politique en France. Le 24 octobre aura lieu une bataille entre la démocratie naissante et une dictature décidée à durer. Je me devais d’être de cette bataille, puisque j’ai eu l’honneur d’être au centre du premier rang dans toutes celles qui ont précédé." Le régime du président Ben Ali a pris soin, comme chaque fois, de cadenasser les scrutins. Pas questions, par exemple, de laisser un Marzouki concourir. Dès lors, ce dernier prône le boycott et s’en explique : " Les élections, dans les pays démocratiques, couronnent un débat public, qui dure pendant tout l’intervalle d’une législature sur les diverses solutions aux problèmes d’un pays proposées par des partis indépendants et organisés. Or ces "élections"-ci ont été précédées par la domestication des forces politiques, la guerre à la liberté d’expression. De plus, comme tous les dictateurs arabes, M. Ben Ali a modifié lors d’une parodie de consultation populaire la constitution, qu’il avait lui-même instituée en 1988, avec trois mandats au maximum. Depuis 2002, il s’est ainsi donné le droit de se présenter un nombre illimité de fois, plus... l’immunité à vie. En outre, il a organisé une pluralité télécommandée. Tout cela sent le faux, l’arnaque, la manipulation des mécanismes de la démocratie et l’insulte à la dignité et à l’intelligence des citoyens. Il s’agit de mettre un masque démocratique sur le vieux et laid visage de la dictature. Seule réponse : le boycott actif par la dénonciation et le refus de reconnaître le résultat de montages aussi grossiers ". Une attitude aussi décidée peut être prise par le pouvoir comme un affront. Moncef Marzouki persiste et signe : " Je compte m’adresser aux Tunisiens, directement et sur le terrain, alerter l’opinion internationale sur le drame d’un peuple livré pieds et poings liés à une dictature "soft", largement soutenue par la démocratie occidentale au prétexte fallacieux qu’elle est une alliée contre le terrorisme. Quand de tels gouvernements comprendront-ils qu’ils prennent les pyromanes pour les pompiers ? " L’ex-président de la LTDH prend la mesure du risque encouru : " Je suis condamné à un an de prison avec sursis. Je m’attends à tout de la part d’un pouvoir que je connais très bien. Mais ma devise dans la vie est qu’il est idiot de vouloir changer le monde, mais criminel de ne pas essayer. "
Baudouin Loos © Le Soir - Bruxelles 28 septembre 2004 Envoi de : Foued Nejm |