|
Tunis le 30 septembre 2004
Conférence de presse Texte introductif
Mesdames et messieurs,
Je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation. Nous souhaitons vous entretenir, aujourd’hui, des derniers développements concernant les élections du 24 octobre.
1) Les élections présidentielles :
 | Nejib Chebbi |
Comme vous le savez, le PDP a décidé de présenter la candidature de son Secrétaire Général aux élections présidentielles du mois d’octobre prochain. Le parti a adressé, à cet effet, deux lettres ouvertes aux parlementaires tunisiens les exhortant à adopter les réformes constitutionnelles et législatives propres à garantir la libre participation et l’égalité des chances. Malheureusement, la chambre des députés ne l’a pas entendu de cette oreille et a procédé à une réforme constitutionnelle qui a aboli la limitation du nombre des mandats présidentiels et consacré un système de filtrage des candidatures de manière à ce que seuls les partis gravitant autour du pouvoir puissent présenter des candidats. Le PDP a dénoncé en ces réformes un coup de force contre la constitution et les principes républicains. Par ailleurs et pour mieux dévoiler le caractère exclusif du système politique en place, il a adressé des demandes de parrainage à toutes les personnalités investies de ce droit, à savoir les 368 présidents de municipalités et les 182 parlementaires. Aucun d’entre eux n’a répondu favorablement à cette requête, pas même les représentants des partis prétendument d’opposition, prouvant par là que, pour mériter leur cooptation prochaine au parlement, ils s’en tenaient aux limites strictement tracées par le pouvoir. Le Comité Central du PDP a tiré, lors de sa 7ème session tenue à Tunis le 19 septembre 2004, les conclusions qui s’imposaient à lui : les prochaines élections présidentielles ne réunissent aucune condition d’une libre consultation, tant sur le plan constitutionnel que juridique et politique. Elles ne peuvent que reproduire un pouvoir personnel concentrant entre les mains du chef de l’exécutif la réalité de tous les pouvoirs. Elles ouvrent la porte à une nouvelle présidence à vie, déjà expérimentée et unanimement rejetée par les tunisiens. Le PDP ne peut que boycotter ces élections et appeler le peuple tunisien à les boycotter à son tour.
2) les élections législatives
Les élections législatives se déroulent selon une loi inique, obsolète, héritée d’une autre époque, celle du scrutin de liste à un tour. Lorsque l’on sait, de surcroît, que les circonscriptions électorales sont de la taille d’un gouvernorat tout entier, que les bureaux de vote sont éparpillés à l’extrême, que l’administration ne connaît pas le sens de la neutralité politique et que les médias sont monopolisés par le parti au pouvoir on comprend aisément comment ce parti peut-il, depuis cinquante ans, rafler sans discontinuer la totalité des sièges en compétition et se targuer d’un score de plus de 99%. Ces réalités sont à la base de la désaffection générale à l’égard des élections. Malgré cela, le PDP a décidé de participer à la prochaine échéance électorale. A travers cette participation, le PDP vise trois objectifs : mener une campagne politique active contre le despotisme et pour les réformes dans notre pays, apparaître comme une force de proposition à travers le programme politique qu’il compte présenter dans les prochains jours et accroître son implantation dans les régions. Il a présenté, à cet effet, des candidats dans 21 des 26 circonscriptions que compte le pays. Il espérait constituer à cette occasion un front politique avec les autres formations du mouvement démocratique tunisien mais toutes ces formations ont préféré boycotter les élections. L’administration n’a pas fait preuve de neutralité à notre égard. Elle a refusé de nous délivrer les récépissés définitifs dans six circonscriptions et non des moindres : celles de Tunis I et Tunis II, de Ben Arous, de Sousse, de Sfax II et de Béja. Nous avons aussitôt entamé des recours au près du Conseil Constitutionnel. Ce Conseil ne jouit pas de la neutralité que suppose sa mission, mais notre philosophie consiste à prospecter toutes les voies légales avant de tirer les conclusions politiques qu’exige la situation. En décidant de participer aux élections, le PDP n’envisageait point d’apporter sa caution à un simulacre électoral, il visait à saisir l’occasion de ce rendez-vous politique pour exercer un droit, le défendre contre toutes les exactions, mener une campagne politique active et renforcer ses structures régionales. Si le parti pris de l’administration venait à entraver la réalisation de ces objectifs minimums, le PDP se verrait contraint de réviser sa position et envisager le boycott des élections législatives également. Nous attendrons les décisions du Conseil Constitutionnel, nous observerons la conduite de l’administration et consulterons nos chefs de liste dans les régions avant de prendre une décision à cet égard. Dans tous les cas la participation du PDP ne préjuge point des conclusions qu’il tirera au lendemain du scrutin, car ces conclusions ne sont pas déterminés par les objectif partisans de quelque formation que ce soit mais par les conditions générales, constitutionnelles, juridiques et politiques dans les quelles se déroulent les élections et qui dès aujourd’hui nous permettent de prévoir que le peuple tunisien sera encore une fois ravi de son droit de choisir ses représentants et que le pouvoir monolithique en place depuis l’indépendance va purement et simplement se reproduire le 24 octobre 2004. Je vous remercie de votre attention et suis prêt à répondre à vos éventuelles questions. |