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La situation des droits de l’Homme en Tunisie a "empiré" en 2003, a estimé jeudi à Tunis le président de la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH), Mokhtar Trifi, qui présentait deux rapports de son association sur les libertés et les prisons. "La situation des libertés a empiré en 2003 avec l’adoption en décembre d’une loi anti-terroriste", a affirmé Me Trifi, estimant qu’elle "porte atteinte à des droits essentiels du citoyen, de la société civile et des partis politiques ainsi qu’à la liberté de la presse". "Avec cette loi, plusieurs libertés ont été bafouées au nom de la lutte contre le terrorisme", a-t-il ajouté, évoquant la condamnation de huit jeunes internautes à de lourdes peines de prison "sous prétexte d’accès à des documents sur Internet". Les autorités tunisiennes avaient indiqué que ces jeunes lycéens originaires de Zarzis (sud) faisaient partie d’un "groupe terroriste intégriste" ayant cherché à établir des contacts avec Al-Qaïda. Me Trifi a estimé à "environ 600 le nombre de prisonniers d’opinion" dans le pays, tandis que les autorités tunisiennes ont toujours affirmé qu’il n’y a aucun détenu d’opinion et que tous les prisonniers le sont pour des délits de droit commun. Selon le rapport de la LTDH sur les prisons, l’effectif des prisonniers en Tunisie s’élèverait à plus de 23.000, ce qui place le pays au 4e rang mondial pour le nombre des prisonniers par rapport à la population générale, derrière les Etats-Unis, la Russie et l’Afrique du Sud. Intitulé "les murs du silence", le rapport estime que la prison en Tunisie est un "espace cloisonné, hypertrophié et privé de droits" et dénonce un "fossé entre les procédures et la pratique". Le président de la LTDH a affirmé que malgré l’annonce par les autorités de mesures pour améliorer les conditions de détention dans les prisons, celles-ci se "détériorent et font l’objet d’un black-out total". Il a dénoncé la "torture, la promiscuité, les négligences sanitaires" et un "traitement spécial des prisonniers politiques", dont une quarantaine vivent "en isolement continu depuis plusieurs années", a-t-il dit. Me Trifi a déploré que les défenseurs des droits de l’Homme ne puissent visiter les lieux de détention, faisant état de "quatre cas de décès suspects" en 2003. Malgré l’augmentation de 53,82% du budget annuel des prisons en Tunisie entre 1999 et 2003, le budget quotidien par prisonnier ne dépasse pas 1,2 dinar (0,8 euro), a-t-il indiqué. Me Trifi a dénoncé enfin les "brimades continues contre les militants des droits de l’Homme, individus et associations", ainsi que le "harcèlement" de son association, évoquant le blocage par les autorités tunisiennes de financements européens (100.000 euros) destinés à la LTDH.
Agence France-Presse Tunis - 07 - 10 - 2004 |