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Initialement programmé aux Journées cinématographiques de Carthage (JCC), puis déprogrammé dans des circonstances confuses, avant d’être finalement reprogrammé sous pression, le film du cinéaste syrien Omar Amiralay « Déluge au pays du Baas » n’en finit pas de faire couler de l’encre avant même l’ouverture, vendredi à Tunis, de cette manifestation biennale, la plus ancienne en Afrique et dans le monde arabe. Perçu comme un réquisitoire contre le parti au pouvoir en Syrie, ce documentaire de 46 minutes, réalisé en 2003, dévoile les « ravages » de 35 ans de règne du Baas et la marque de son idéologie sclérosée. Produit par la chaîne franco-allemande Arte, l’oeuvre de ce cinéaste âgé de 60 ans, qui a étudié en France et y a longtemps séjourné, a remporté le prix du meilleur court métrage du cinéma arabe de l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris. Programmé à l’origine dans la compétition des films vidéo des JCC, il a suscité des commentaires hostiles dans la presse tunisienne. Dans une virulente critique, le journal « Achourouk » qualifie le film de « provocateur », l’accusant de faire le jeu de « la campagne lancée depuis quelques mois contre la Syrie » et de « renfermer des démonstrations sionisantes ». Du coup, la direction des JCC décide de le déprogrammer en raison de son « parti pris » nécessitant la présence du réalisateur, selon la directrice des JCC, Nadia Attia. Cette mesure, considérée comme de la censure, a suscité une vive réaction d’une cinquantaine de cinéastes arabes, dont les Egyptiens Youssef Chahine et Yousri Nasrallah, et d’autres réalisateurs libanais parmi lesquels Nizar Hassan et Anne-Marie Jasser, qui ont menacé de retirer leurs films des JCC. « Nous refusons catégoriquement que des festivals et des rencontres à caractère culturel et artistique se transforment en plate-forme pour que des régimes répressifs règlent leur compte avec leur opposition intellectuelle », indique un communiqué signé par ces cinéastes. Retour de manivelle : cédant à la pression, la direction des JCC décide de reprogrammer le film objet de polémique, mais hors compétition. Dans une conférence de presse à la veille de cette 20e édition, Mme Attia a nié avoir invoqué des motifs politiques à la déprogrammation du film en question. Selon elle, cette décision était uniquement motivée par l’absence de Omar Amiralay qui, « pour des raisons personnelles, nous a informé qu’il ne pourrait pas être parmi nous ». La présence du réalisateur était considérée d’autant plus impérative que « Déluge au pays du Baas » est jugé comme étant « le film par excellence qui pourrait susciter le plus de débats et de discussions passionnés ». « Il fallait qu’il soit là pour assumer ses responsabilités devant les cinéphiles », a ajouté Mme Attia.
Bouazza Ben Bouazza © The Associated Press Tunis - 30 - 09 - 2004 |