|
 Ce qui fait le plus mal, ce n’est pas tant de voir comment partout, on annonce la victoire sans coup férir de Zine El-Abidine Ben Ali à la prochaine présidentielle tunisienne, c’est de noter combien on occulte à quel point ce régime est dictatorial, combien on occulte le crime constitutionnel qui a été réalisé pour permettre au président sortant -même âgé et malade- de se pérenniser au pouvoir, enfin combien on tente de décrédibiliser les opposants dans la presse. Cela nous fait incontestablement penser à ce qui se passe dans nombre de pays africains dont le nôtre. Tout est mis en oeuvre au plan médiatique pour faire croire que le régime a la plus large caution populaire et pour justifier au fond, l’injustifiable. Cette interrogation d’un Tunisien extraite d’un article intitulé " Un scrutin en question " dans Jeune Afrique l’Intelligent : " Pourquoi chercher à promouvoir un pluralisme de façade quand la société ne demande qu’à être confortée dans son unanimisme de fait ? ", comme elle doit faire mal aux opposants réels puisque là-bas, c’est comme un peu partout en Afrique, il y a les opposants à Ben Ali et les opposants de Ben Ali. Pourtant, comme ils en auraient à dire, ces vrais opposants, sur le régime injuste de Ben Ali. A ce propos, on peut lire avec intérêt des articles sur certains sites interdits par le pouvoir tunisien. Des explications fort intéressantes y sont fournies sur la façon dont s’enrichit le clan Ben Ali, par chantage, intimidation et ce, au multiple plan du commerce international, du secteur du transport aérien, de l’agroalimentaire, du tourisme, de l’immobilier, des finances, des marchés publics, de la grande distribution, bref de tous les secteurs de la vie économique. Si après une telle lecture détaillée, on n’est pas édifié sur ce qui se passe réellement dans ce pays, si le mot mafia ne vous vient pas à l’esprit, c’est qu’on n’a pas bien lu l’article. Ces sites n’hésitent pas à nommer le président Ben Ali lui-même comme le parrain en chef de tout le système. Et il est rappelé que toute la fortune des dirigeants au plus haut niveau est " d’origine criminelle, le fruit d’un banditisme d’État. Racket organisé, transgression des lois du pays et celles du marché, extorsion, trafic d’influence, telle est la panoplie des outils d’acquisition de cette fortune. " L’ insatiable rapacité des hommes qui gouvernent la Tunisie y est décortiquée et nous fait penser à celle qui a lieu dans nos contrées et dans bien d’autres sur le continent. "L’État, ses rouages et ses institutions sont ouvertement et cyniquement instrumentalisés pour mettre les richesses du pays en coupe réglée ", selon un professeur d’économie qui évidemment garde l’anonymat. Et il souligne : " Quel banquier oserait en effet leur (NDLR : les gouvernants) refuser un crédit, au montant toujours faramineux, sur simple présentation d’une carte de visite ? Quel ministre ou chef d’administration se hasarderait à leur rejeter une demande de quelque autorisation ou de quelque permis que ce soit ? Et quel maire ou conseil municipal commettrait l’imprudence de s’opposer à leur céder, pour des prix symboliques, un terrain - toujours rare - sur lequel ils auraient jeté leur dévolu ? " Quel langage différent de celui que tente de nous faire avaler dans la presse favorable à Ben Ali et pour qui, tout va très bien Madame la Marquise, comme qui dirait : le parti au pouvoir, le RCD, a une très forte assise électorale, les partis d’opposition sont d’une faiblesse inouïe, le plus souvent confrontés à des crises internes et bien évidemment, cerise sur le gâteau, incapables de proposer un programme crédible. Enfin, on avance l’argument " tarte à la crème " : les citoyens vont là où il y a la sécurité, la stabilité et une certaine prospérité. Pourtant, on aurait pu mieux mettre sous les feux de la rampe " L’ Initiative démocratique ", montrer l’espoir qu’elle peut représenter pour le peuple. Au lieu d’être saluée, elle est presque annoncée comme un " machin " qui ne va pas changer pas la donne. Le professeur Mohamed Ali Halouani, le candidat d’Ettajdid (parti de la Rénovation) et de l’" Initiative démocratique ", qui a déposé son dossier de candidature et qui apparaît aux yeux la majorité des Tunisiens comme un vrai candidat d’opposition, n’est pas n’importe qui. Cet homme né en 1947, docteur en philosophie de l’université de Paris I - Sorbonne et à la faculté des lettres de Sfax, démocrate de gauche, pourrait apporter un souffle nouveau à la Tunisie, ce pays qui recèle tant de potentialités. L’homme politique, qui a déjà été arrêté, jugé pour ses activités politiques, qui a même purgé près de cinq mois dans les geôles tunisiennes, est un homme qui s’entend très bien avec les jeunes qui le lui rendent bien. On le décrit par ailleurs comme un homme très attaché aux principes républicains, mais ouvert au dialogue, sachant défendre ses positions mais sans jamais hausser le ton. On a compris que le Professeur Halouani inspire la confiance et la sérénité. Hélas, comme souligné, les médias ont peu parlé de lui et les régimes occidentaux n’ont d’yeux que pour le président sortant qui fait bien -on le suppose- leurs affaires. Bref, il faudra se résoudre à faire avec un Ben Ali, qui a déjà trois mandats à son " actif " et qui a verrouillé tout le système électoral qui ne permet évidemment pas d’élections démocratiques et transparentes ! Et il faudra se résoudre à cela peut-être jusqu’en 2014 ! Et vive la démocratie !
V.T. - 26 Septembre 2004 © San Finna - Burkina Fasso |