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- Déclaration préliminaire de M. Mohamed Ali Halouani, candidat de l’Initiative Démocratique à la Présidence de la République tunisienne
Mesdames et Messieurs,
En mon nom personnel et au nom de l’Initiative Démocratique, je tiens à vous remercier pour avoir accepté notre invitation à cette conférence de presse, consacrée à notre analyse des élections présidentielle et législatives tunisiennes de 2004 et des résultats qui viennent d’être communiqués par le Ministère de l’Intérieur.
Nous savions que ces élections seraient, dans une large mesure, une répétition des précédentes. Nous ne sommes donc pas surpris par les résultats qui viennent d’être publiés. Ce qui choque l’opinion, c’est l’ampleur, aujourd’hui, de la manipulation qu’ils expriment : nous pensions qu’ après les résultats de 1994 et 1999 qui avaient fait de notre pays la risée du monde, le pouvoir veillerait à donner une image moins grossière. Cela n’est pas le cas : qui croira un taux de participation de plus de 91 % ? Qui croira que le candidat sortant à la présidence de la République a obtenu 95 % ? Qui croira que les autres candidats qui le soutiennent ont obtenu 4 % et que le seul candidat d’opposition que je suis n’a pas obtenu 1 %, mais 0,95 % ? Le changement par rapport aux élections précédentes, c’est qu’on a quitté la plage des 99 % pour "se limiter" à 95 %, mais si l’on tient compte des 4 % obtenus par les autres qui soutiennent le président sortant, on reste toujours dans les 99 %.
Qui croira que les listes de Ettajdid - Initiative Démocratique ont obtenu les scores dérisoires que les résultats officiels leur attribuent ?
Je reviendrai tout à l’heure sur les détails des irrégularités flagrantes qui ont entaché la journée d’hier ; je veux tirer les enseignements politiques de ces élections et des messages que le pouvoir veut faire passer à travers la campagne électorale et le jeu d’écriture que constituent les résultats.
La politique délibérée que le pouvoir a menée tout au long de la campagne et même bien avant a consisté à dégoûter les gens de la politique. Par la saturation et la monopolisation de l’espace médiatique par le candidat sortant, par la marginalisation et l’occultation de ma candidature et de l’Initiative Démocratique comme mouvement et comme liste aux élections législatives, par les violations répétées et systématiques du code de la presse, par les atteintes flagrantes à l’essence même de la compétition électorale, on a voulu faire entendre aux électeurs que rien n’a changé et que rien ne changera. La volonté de maintenir une atmosphère de passivité et de résignation est l’objectif majeur recherché par le pouvoir. C’est précisément contre ce phénomène que l’Initiative Démocratique s’est constituée ; son slogan central est « non à la résignation, oui à l’alternative démocratique ».
Le deuxième message qu’il veut livrer, c’est que les élections sont un instrument de récompense et de représailles. Récompense vis-à-vis de ceux qui sont dociles ; représailles contre les vrais opposants, précisément contre les candidats de l’Initiative Démocratique que l’on a tenté de marginaliser et même d’éliminer comme cela est le cas de M. Mohamed Harmel, tête de liste de Tunis II et Secrétaire général du mouvement Ettajdid. Je tiens à vous affirmer que durant les treize jours de la campagne électorale, c’est l’Initiative Démocratique qui a occupé le terrain dans presque toutes les régions de la Tunisie ; nous n’avons guère rencontré les militants des autres partis. Nombre de nos observateurs ont été empêchés de jouer leur rôle, mais nous avons les résultats de quelques dizaines de bureaux de vote : dans aucun d’entre eux, nous n’avons connu des taux de participation de plus de 60 % ; les taux que nous avons enregistrés varient entre 30 % et 60 % ; dans tous les bureaux de vote, notre liste recueille toujours, de très loin, plus de voix que celles des autres listes, R.C.D. non compris ; elle recueille, très souvent, autant, voire plus de voix que toutes les autres listes réunies.
A nos yeux, ces élections de 2004 sont une occasion perdue pour la Tunisie et pour le pouvoir. Celui-ci pouvait se ressaisir et redonner toute leur valeur et tout leur sens aux élections et montrer, ce faisant, un respect à la libre expression et au libre choix du peuple. Il ne l’a pas fait, bien au contraire. C’est grave pour la Tunisie, c’est grave pour sa stabilité. Le divorce qui existe entre les aspirations et les attentes du peuple et la réalité du système politique est dangereux. De même que le hiatus entre le large écho rencontré par nos propositions pour sortir le pays de l’impasse, d’une part, et la surdité des autorités aux appels de la société, d’autre part. Cela rend encore plus cruciale la nécessité, pour notre pays, de poursuivre l’Initiative Démocratique et de faire triompher le respect de l’État de droit et de la volonté populaire, fondements essentiels de la République.
Conférence de presse tenue à Tunis, le 25, et publiée sur le web, le 26 - 10 - 2004 |