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Ben Ali, le quatrième président tunisien après lui-même, vient de gagner encore une fois les présidentielles tunisiennes avec un taux esthétique de 94,48%. Soit presque 10% de plus que notre Bouteflika qui le félicita chaleureusement quand même, le club des plus de 80% de voix étant un club fermé. Dire que ce taux ne reflète que l’artifice politique auquel est contraint ce pays voisin et n’y reconnaître qu’une sorte de référendum ou une formalité collective après un dressage de plus de dix ans, est une platitude. Le régime tunisien est connu et bien connu pour être un vaste commissariat qui veille sur les touristes comme sur les doses de sa démocratie monographique.
Ce qui serait plus intéressant, c’est de voir comment va réagir cet Occident qui distribue les bons points et les avertissements.
Comment va-t-on faire pour signifier en douce que la Tunisie est une formule souhaitée par beaucoup pour contrôler les turbulences arabes, en fixer les populations loin des courants d’immigration, en contrôler l’islamisme et l’anti-sionisme, sans toutefois heurter l’évidence d’un régime de matraque, juste un peu plus propre, un peu plus riche et un beaucoup moins armé et vantard que la Corée du Nord ? Comment va faire l’Occident pour sauver sa morale et sauver les élections tunisiennes et sauver les apparences ? La réponse nous intéresse car nous les Arabes hors du Pouvoir nous aimons bien collectionner les embarras des plus forts qui se croient les plus justes.
Pour les opinions des pays arabes, l’embarras face à la routine d’un Ben Ali qui accouche à chaque fois de lui-même, est d’une autre nature. La Tunisie nous gêne parce que c’est un pays qui a les mains derrière le dos, qui est ligoté, dont la prise de parole est doublée par la voix officielle, dont la liberté est celle de la couleur des vêtements mais qui reste un pays bien payé, bien vu et bien fréquenté. Nous ne savons pas s’il faut en saluer la posologie économique ou en vomir la séquestration politique.
En conclusion et lorsqu’on veut bien y réfléchir, la formule tunisienne est une bonne formule pour l’Occident. Elle le sauve du mauvais voisinage et des risques d’instabilité de palier.
Pour nous autres Arabes, c’est une formule qui trompe énormément : elle ne garantit que le présent de quelques-uns et ne répond pas à l’avenir. Il faut en saluer la gestion des hôtels, mais pas la solution miraculeuse. La Tunisie est presque un pays qui a réussi à éviter les problèmes, mais pas à les résoudre. Un 4ème Ben Ali est le signe de la stabilité et l’évidence d’une crevaison de route dans ce pays.
Kamel Daoud Le Quotidien d’Oran 27 - 10 - 2004 |