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L’opinion publique arabe est partagée entre sa colère devant les images d’un "marine" américain achevant un blessé à Falloudja, et sa consternation provoquée par l’utilisation par les insurgés irakiens de mosquées comme champs de bataille. Nombreux sont dans les pays arabes les téléspectateurs convaincus que ces images, diffusées en boucle sur les chaînes arabophones, alimenteront le sentiment antiaméricain. "Je ne suis pas un djihadiste", confie Abdallah, un ingénieur basé à Doubai. "Je suis un simple musulman mais ce genre de scène ne fait que me pousser vers le Djihad." "C’est pas le genre de chose que nous attendons de la part des représentants de la démocratie". "Il ne s’agit que d’une chose que nous avons vue à la télévision. Dieu seul connaît la quantité de crimes qu’ils ont commis et que nous n’avons pas vus". En Arabie saoudite, beaucoup en veulent aux rebelles irakiens d’avoir porté les combats dans les mosquées. "A la place des soldats américains, j’aurais tué tous les insurgés car ils ne sont que des mercenaires", s’emporte Zaher al-Saleh, un enseignant saoudien de 32 ans. "Ils ont transformé les mosquées en champs de bataille et ils tuent des civils".
"Ils entrent dans des eaux dangereuses"
Mais plusieurs mouvements islamistes appellent à la vengeance en dénonçant en outre la passivité des dirigeants musulmans pro-américains. "Ô Dieu, tes ennemis ont tué tes fidèles dans l’une de tes maisons. Aide-nous à nous venger", peut-on lire sur un site internet islamiste. Certains musulmans ont jugé "insultant" de voir des "marines" traîner l’arme à la main dans une mosquée de Falloudja. Pour eux, les soldats n’ont fait que "souiller le sol avec leurs bottes" en un lieu où personne n’est en droit de pénétrer sans s’être déchaussé. "Ils entrent dans des eaux dangereuses. Ils se trompent s’ils croient se débarrasser de la sorte de terroristes. En fait, ils en créent davantage qu’ils n’en suppriment", estime Abdallah. L’armée américaine a ouvert une enquête pour déterminer si le "marine" qui a été filmé par NBC en train d’abattre un blessé a agi en état de légitime défense, s’il a enfreint les règles de l’armée ou s’il est responsable d’un crime de guerre. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme considèrent que cet événement, qui relève pour elles du crime de guerre, souligne la nécessité d’expliquer davantage aux militaires américains les règles de la guerre. "Si ce crime reste impuni", avertit quant à lui le journal Al-Ittihad, des Émirats arabes unis, "il créera un dangereux précédent dans les politiques américaines et détruira toutes les bonnes choses qui ont pu être faites pour l’Irak". Cette affaire vient entamer un peu plus la popularité des États-unis auprès d’une opinion arabe déjà traumatisée par les images des sévices pratiqués dans la prison irakienne d’Abou Ghraïb. "Que les forces américaines violent les lois et commettent des crimes n’est pas nouveau", affirme Chehab al-Ahdal, rédacteur en chef du journal yéménite al-Nahar. "Ce que l’on voit n’est qu’une partie de tout ce à quoi sont confrontés les Irakiens".
Samia Nakhoul Reuters - Doubai 17 - 11 - 2004 |