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De toute évidence notre pays court vers sa propre destruction et pour être pessimiste, ni nos cris sur le net, ni nos protestations si virulentes soient elles ne pourront rien y changer. L’observateur de la scène politique arabe ne peut que se rendre à l’évidence celle du « déterminisme islamiste » que la dictature et ses défenseurs concourent à favoriser l’émergence. Aujourd’hui c’est l’Egypte et demain ça sera le tour de la Tunisie. Il suffit de pointer devant n’importe quelle mosquée y compris dans les quartiers les plus chics de la capitale et de ses banlieues pour se rendre compte de la vague de jeunes qui trouvent dans la mosquée une réponse à toutes leurs frustrations, ils y trouvent réconfort et compensation. Pourquoi un tel déferlement sur les mosquées.
La réponse tient davantage du psycho-politique que du social. L’enfermement politique que vit le pays, l’absence d’horizon et l’absence d’espace d’expression et principalement la frustration qui se mue en désespoir ont donné lieu à un fatalisme que seul la religion peut combler tout en apportant au Tunisien une bonne conscience par rapport à sa lâcheté et son inaction. Dans la mosquée il retrouve l’humanité que la police lui a enlevée. Dans la mosquée il sent qu’il existe et qu’il a une perspective. Dans la mosquée il affirme son renoncement à changer quoique ce soit en se donnant des objectifs dans l’au-delà. Dans la mosquée il renoue avec des valeurs humaines et sociales que 20 ans de Benalisme ont réussi à inverser (la bandit, le voyoux, le malhonnête devient dans le monde terrestre de Ben Ali, l’homme à apprécier celui qui sait se débrouiller (nsellik ha) alors que l’honnête est considéré comme une dupe (doghfa).
Dans la mosquée le spectre d’une lutte pour ses droits se transcende et se mue en une quête spirituelle celle qui ne le privera pas de manger, de bronzer et de conduire sa voiture populaire. La Mosquée vient au secours de la dictature. Oui c’est la mosquée qui sauve Ben Ali car elle fait diversion, elle réactualise la supposée menace islamiste sur laquelle le régime a bâtit toute sa légitimité aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Les femmes se ruent sur le voile, les jeunes se prosternent et Ben Ali respire. Ce fond de commerce intéresse aussi bien Ben Ali que Ghannouchi, tous deux convoitent les mêmes personnes mais à des fins bien différentes et en attendant, tous deux cherchent le pourrissement l’un pour un retour triomphale porté par la déferlante islamiste (Ghannouchi) et l’autre pour enclencher à nouveau le cycle de la répression au nom de la lutte contre « le terrorisme » qui lui donnerait à lui et à ses successeurs une nouvelle légitimité pour quelques décennies encore. Entre temps les démocrates laïques seront pris en sandwich, entre deux rouleaux compresseurs faisant face à l’indifférence de l’autre frange de la population qui ne veut ni de l’islamisme ni du Benalisme mais adepte de l’égoïsme et inconsciente des enjeux qui se trament sous leurs yeux. Mais hélas comment pourront-ils voir alors que leurs priorités se résument en une échelle de valeur qui placerait, la parabole, la voiture, le portable, et le lablabi bien au-dessus de la liberté, la justice, la solidarité. C’est un constat amer, je le dis avec la douleur de l’impuissance.
C’est la Tunisie d’aujourd’hui et celle de demain ne sera pas dans un meilleur état. |