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L’appel pathétique lancé par Moncef Marzouki sur Tunezine le 22 courant, invitant les Tunisiens à descendre dans la rue pour manifester leur raz le bol de la situation qui prévaut aujourd’hui en Tunisie et exiger un changement radical au sein du pouvoir, nécessite plusieurs remarques et impose quelques clarifications. Il est d’abord heureux qu’un éminent reponsable d’un parti ( CPR, Congrès pour la République ) non reconnu de l’opposition radicale reconnaisse que le temps des slogans, des tracts et des réunions dans les cafés par une partie de l’élite tunisienne est révolu et qu’il faut maintenant s’occuper des problèmes concrets d’une grande partie de la population. Que Marzouki ait passé près de vingt ans à user de la même stratégie qu’il dénigre aujourd’hui pour changer le pouvoir et instaurer les libertés, les droits de l’homme et une vie meilleure pour l’ensemble des Tunisiens, on ne lui tient pas rigueur pour tout ce temps perdu et ce réveil trop tardif. Mais là où cet appel aux citoyens à manifester massivement manque totalement de consistance et de rigueur, c’est que Marzouki n’a fait que répondre à ses fantasmes en ignorant superbement les conditions objectives qui permettent une mobilisation des couches opprimées d’un peuple pour réussir un changement, pour ne pas dire une révolution. En effet, l’Histoire nous a enseigné que tout changement sociétal radical et tout soulèvement contre un quelconque pouvoir absolu, corrompu et répressif ne peut se réaliser que suite à une situation de souffrance aigüe (famine, massacres, absolutisme,etc..) et à un travail organisationnel à long terme d’une opposition unie, qui bénéficie d’un programme, d’une stratégie, d’une volonté de sacrifice, d’une représentativité et qui défend en premier lieu les intérêts urgents de la majorité du peuple.
Or, aujourd’hui, en Tunisie, toutes ces conditions que nécessitent toute mobilisation populaires s’avèrent absentes depuis longtemps. Les premiers responsables de cet échec sont les leaders de l’opposition, toutes tendances confondues. Le peuple tunisien n’a pas l’habitude de manifester en masse pour un changement démocratique. Il n’est intéressé ni par les droits de l’homme ni par la pratique démocratique. Il ne pense qu’à pouvoir consommer dans le sens le plus large de ce concept. Quarante ans de paternalisme bourguibiste l’ont complètement immunisé de toute forme de revendication radicale. L’opposition tunisienne, avec con élite intellectuelle, n’ a jamais analysé l’histoire récente ( 1956 - 2005 ) du pays et de ses différentes effervescences. Confinée à la capitale Tunis ou émigrée en Europe, elle ignore totalement les conditions de vie du petit peuple mais parle et revendique pourtant en son nom. De la même manière, Marzouki appelle les citoyens à descendre manifester sans avoir préparer les conditions objectives de mobilisation et de conscientisation pour une pareille action. Le résultat est là.Lamentable et misérable.
Houcine Ghali, Genève |